‹ L'enfant Jésus de Prague [microforme]Chapitre 3 sur 8 · ORIGINE DE CETTE DÉVOTION · texte numérisé non relu

ORIGINE DE CETTE DÉVOTION

PRÈS avoir rappelé brièvement la divine Enfance de Jésus et son amour de prédilection pour les petits enfants, il nous reste à raconter, surtout pour ceux de nos Lecteurs qui lignoreraient encore, comment Notre-Seigneur s'est manifesté, il y a trois siècles, sous la forme d'un gracieux petit enfant, dans la ville de Prague, en Bohême (1).

Comme cette dévotion a pris une si rapide extension, dans ces dernières années parmi nous, nous espérons que les détails qui vont suivre sur la merveilleuse origine de cette dévotion, augmenteront encore, au milieu de nos religieuses popu-

(1) Prague est une ville populeuse, et capitale de la Bohême.

lations, la dévotion déjà si grande envers l’aima-

vict

ble petit Enfant Jésus de Prague. d'a Le 8 novembre 1620, l’empereur d'Autriche gue Ferdinand II, uni à l’Electeur de Bavière, rem- . porta sur les huguenots confédérés la célèbre Fe Ne es Re of victoire de la Montagne Blanche (1), victoire | décisive tant pour le triomphe de la religion ca- | la : tholique en Bohême que pour l’affermissement je de l’illustre maison de Habsbourg. À Pre Avant la bataille, une discussion s'était enga- | che

gée entre les chefs de l’armée de Ferdinand.

C'est alors que le père Dominique, religieux carme d’Espagne,s en réputation particulière de sainteté, et qui était accouru d’Italie à la nouvelle de cette guerre, s’avança au milieu des généraux avec un bâton croisé et une image de la sainte Vierge sur la poitrine et les exhorta à la concorde et à l'attaque. « Kegardez, leur dit-il, en leur présentant l’image de Marie, cette image, que j'ai trouvée dans une maison dévastée d’un pieux catholique, les hérétiques lui ont crevé les yeux ; c'est à vous de venger cet outrage fait au Seigneur dans sa Mère. Je la porterai devant vous et elle combattra pour vous et vous donnera la

(1) Près de la Ville de Prague.

ie

victoire. » Aussitôt les généraux se trouvèrent d'accord et résolurent l'attaque, avec ce cri de guerre : « SAINTE MARIE ! » C'était à midi, le 8 novembre : après une heure de combat, la victoire était aux catholiques (1).

En reconnaissance de la victoire qu’il devait à la Mère de Dieu, Ferdinand II fonda plusieurs monastères de l'Ordre du Carmel. En 1624, Prague eut le sien, auquel on donna le nom bien choisi de Notre-Dame de la Victoire. Aussi longtemps que l’empereur demeura à Prague, il se fit lui-même le pourvoyeur des Carmes qui avaient toujours refusé la riche dotation que leur offrait la munificence impériale. Mais, après le départ de Ferdinand, la communauté tomba dans un dénûment si complet que parfois le pain même

manquait au réfectoire.

En 1628, une pieuse princesse, Polyxéna de Lobkowitz, se sentit inspirée de venir en aide aux religieux. Elle possédait, dans ses souvenirs de famille, la gracieuse statuette que tout le monde connaît aujourd’hui, et dont nous avons placé la gravure, au commencement de cette

(1) Hre. Gén!* de l’Eglise—Rohrb....

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brochure (1). Un jour, la noble dame l’apporta au Prieur des Carmes. « Mon Père, lui dit-elle, je vais vous donner tout ce que j'ai de plus précieux au monde. Æonorez bien cet Enfant Jésus et désormais votre communauté ne manquera de rien. »

La petite statue, richement habillée, fut reçue avec respect et placée dans l’oratoire du couvent. Chaque jour les religieux venaient exposer à l’'Enfant-Dieu les pressants besoins du monastère. On ne tarda pas à voir se réaliser la Prophétie de la princesse de Lobkowitz: l'Enfant Jésuscombla de ses bénédictions la pauvre communauté. Biens spirituels et temporels affluaient au couvent tant qu’on y était fidèle à honorer Jésus Enfant ; mais si la ferveur venait à se relâcher, le divin petit Roi fermait aussitôt son cœur et sa main. C’étuient

(1) L'Enfant Jésus de Prague vient d’Espagne, la patrie de la grande réformatrice du Carmel, Thérèse de Jésus. Encore aujourd’hui, il est authentiquement connu dans la famille Lobkowitz que la princesse Polyxéna reçut à l’occasion de son mariage, comme présent de sa mère Ma rie Manriquez de Laranée, princesse Pignatelli, la charmante statue qui depuis longtemps était vénérée dans sa famille comme miraculeuse, et qu’elle avait été apportée d’Espagne en Bohême.

surtout les novices excités par l’un d’entre eux, % Père Cyrille de la Mère de Dieu, qui montraient le plus de zèle pour le culte du Saint Enfant Jésus.

Deux ans s'étaient écoulés depuis l’entrée de la sainte image dans le monastère de Prague, lorsque la guerre se ralluma en Bohême. Les Carmes jugèrent prudent de transférer leur noviciat à Munich, en Bavière. Le Père Cyrille vint donc tout en larmes se prosterner une dernière fois avec six compagnons devant son cher petit Roi qui perdit ainsi tout à coup ses plus fervents adorateurs.

Au milieu des vicissitudes de la guerre et des alertes quotidiennes, la dévotion au Saint Enfant Jésus tomba dans un oubli complet. Dès lors les Carmes se virent accablés d'épreuves de tout genre. Prague ayant capitulé,les hérétiques se répandirent dans la ville et saccagèrent les églises et les couvents. Quand ils entrèrent dans l’oratoire des Carmes, ils aperçurent la statuette de l'Enfant Jésus qu’on n'avait même pas songé à mettre en lieu sûr. Un huguenot la prit et la jeta derrière l'autel au milieu de la poussière et des débris, en méprisant ce qu'il appelait % jéfiche des papistes.

Cependant en 1631, Prague fut repris par Ferdinand II et les Carmes purent rentrer dans leur

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monastère ; mais dans le désarroi général, personne ne songea à la précieuse statue. La pauvreté du couvent confinait donc à la misère, lorsqu’en 1634 les Suédois revinrent assiéger Prague et portèrent partout le pillageet l'incendie. Uneseconde fois les religieux cherchèrent leur salut dans la fuite. Ce fut la paix de 1635 qui les ramena à Prague. Mais quelle détresse! quel dénûment! que d'épreuves qui se succédèrent sans interruption. On était loin de la prospérité de 1628, année de la venue du petit Roi auquel, hélas ! personne ne songeait plus. Il était là pourtant, Un jour, le novice chargé de l’oratoire retrouva derrière l’autel la statuette toute poudreuse et méconnaissable. Par un manque de respect que l’on explique difficilement chez un novice d’un Ordre aussi saint que celui du Carmel, il la rejeta parmi les débris accumulés en cet endroit. Mais cet acte ne lui porta point bonheur : car, quelque temps après, il donna des signes évidents de non-vocation et l’on fut obligé de le renvoyer de l'Ordre. Quant à la communauté, son état devenait chaque jour plus lamentable : prieurs, maîtres des novices, simples religieux, à peine arrivés à Prague, n’éprouvaient qu’un désir, celui d'aller au plus tôt demeurer dans une autre maison de l'Ordre. Le provincial dé-

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