RÉCOMPENSES ET PUNITIONS
En entrant un jour à l'école, je vis, au milieu de la salle, un enfant assis tout seul dans un petit fauteuil, et qui ne faisait rien. Il avait sur la poitrine la pompeuse décoration préparée par la maîtresse.
Celle-ci raconta que l'enfant était en pénitence. Peu de temps auparavant, elle en avait récompensé un autre, en lui accrochant la croix dorée. Mais cet autre enfant, en passant auprès du petit puni, lui avait transmis sa croix, comme un objet inutile, et encombrant pour un garçon qui voulait travailler.
L'enfant puni contemplait ce médaillon avec indifférence, et puis regardait tranquillement autour de lui, sans être accablé le moins du monde par le poids du châtiment.
Ce premier incident anéantissait d'emblée toutes les sanctions. Mais nous voulions pousser l'observation plus avant et ce n'est qu'après une très large expérience que nous en avons admis la confirmation, après que, le fait constamment répété, la maîtresse eut ressenti une espèce de gêne à distribuer récompenses et punitions à ces enfants qui ne faisaient pas plus de cas des unes que des autres.
On ne distribua donc plus rien. Ce qui nous avait le plus surpris avait été le fréquent refus de récompenses. Il y avait un réveil de la conscience, un sens de la dignité qui n'existait pas auparavant.
Bien du temps devait passer avant que je fusse convain-