‹ L'enfantChapitre 12 sur 31 · RÉCOMPENSES ET PUNITIONS · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSES ET PUNITIONS

eue que le refus des bonbons avait une raison en soi. Les bonbons, c'est-à-dire la gourmandise apportée comme récompense, comme futilité, représentaient un aliment superjflu et irrégulier. Cela me paraissait tellement extraordinaire, que je répétai l'expérience avec insistance. J'apportai donc des bonbons ; les enfants les refusaient. Ils les mettaient dans la poche de leur tablier. Je pensai qu'étant si pauvres, ils voulaient les apporter à leur famille, et je leur dis : « Ceux-ci sont pour toi, et ceux-là, pour emporter chez toi. » Ils les prenaient, mais les mettaient tous dans leur poche et n'en mangeaient aucun. Ils appréciaient pourtant le cadeau, car, une fois, un de ces enfants, retenu au Ut, fut si reconnaissant de recevoir la visite de la maîtresse, qu'il ouvrit un tiroir, en tira un gros bonbon qu'on lui avait donné en classe, et le lui offrit. Le bonbon était resté là, pendant des semaines, et l'enfant ne l'avait pas touché. Ce phénomène fut si général parmi les enfants que, dans les écoles qui s'ouvrirent par la suite, de nombreux visiteurs le constatèrent ; on écrivit, à l'époque, des Uvres sur ce sujet. Il s'agit là d'un fait psychique spontané et naturel. Personne n'a voulu enseigner tout à coup la pénitence et supprimer les bonbons. Il ne pouvait venir à personne la curieuse fantaisie d'affirmer : « Les enfants ne doivent ni jouer ni manger des bonbons ».

Ils refusaient, spontanément, des douceurs extérieures inutiles, tandis qu'ils s'élevaient à la vie spirituelle.

Il arriva qu'un visiteur distribua des biscuits en forme de figures géométriques. Les enfants, au lieu de les manger, les regardaient, intéressés, en disant : « Ça, c'est un cercle ; ça, c'est un rectangle ! »

Une autre anecdote est celle du petit enfant qui regardait sa maman faire la cuisine ; celle-ci, prenant un mor-

ceau de beurre entier : « C'est un rectangle! » s'écria l'enfant. La maman, en coupant un coin, l'enfant lui dit : « Et maintenant, tu as pris un triangle » et il ajouta : « Il reste un trapèze ». Mais il ne lui dit pas la phrase habituelle : « Donne-moi du pain et du beurre ! »

Page 1