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LES FUITES

Pour arriver à interpréter les déviations, il faut se souvenir que, dans le concept de l'incarnation, l'énergie psychique doit s'incarner dans le mouvement et constituer la personnalité agissante. Si l'unité n'a pu se réaliser à cause de la substitution de l'adulte à l'enfant, ou à cause du manque de motifs d'activité dans l'ambiance, les deux éléments sont forcés de se développer séparément ; il en résulte l'homme déséquilibré.

Si, dans la nature, rien ne se crée, rien ne se perd, il faut bien que les énergies se développent, ce qu'elles font en dehors du but assigné par la nature ; elles se développent en déviant : l'intelligence, qui aurait dû se construire à travers les expériences du mouvement, fuit vers la fantaisie. Elle vagabonde entre des images et des symboles. Les enfants qui présentent ces caractères font preuve d'une mobilité continuelle, irréprimable, désordonnée et sans but ; leurs actions restent incomplètes, parce que l'énergie passe à travers eux sans pouvoir se fixer. L'adulte punit leur turbulence, ou bien la tolère patiemment, mais il admire et encourage cette fantaisie en la considérant comme de l'imagination, de la fécondité, de l'intelligence enfantine. Il faut remarquer qu'une partie du matériel de Frœbel favorise le développement de ce symbolisme. Il incite l'enfant à découvrir dans les petits cubes et dans les barres, réunis de façons différentes, des ressemblances avec des chevaux, ou avec des châteaux ou avec des trônes de princes. En fait, le symbohsme de l'enfant l'amène à

L'enfant — lo.

se servir de certains objets comme de boutons électriques, qui déclenchent le mirage fantastique de l'esprit : un bâton est un cheval ; une chaise est un train, un crayon un avion. Et voilà pourquoi les jouets ofiferts aux enfants ne permettent pas une activité réelle, mais ne font naître en eux que des illusions. Et ce ne sont que des images imparfaites et stériles de la réalité.

Les jouets semblent, en effet, être la représentation d'une ambiance inutile, qui ne peut conduire à aucime concentration de l'esprit et ne présente aucun but. C'est tout simplement donner des objets à un esprit pour favoriser son vagabondage dans l'illusion. Et l'activité des enfants s'éveille aussitôt, comme si un souflBe animateur faisait naître une petite flamme dans un brasier qui couvait sous la cendre. Mais cette petite flamme s'éteint et le jouet est répudié. Les jouets sont pourtant tout ce que l'adulte a trouvé pour l'esprit de l'enfant, en cherchant à lui donner un matériel où il pût exercer librement son activité. L'adulte, en effet, ne laisse l'enfant Ubre que dans ses jeux, et même seulement avec ses jouets. Il est convaincu que ceux-ci constituent l'univers dans lequel l'enfant trouve le bonheur. Et il n'est jamais sorti de là ; l'enfant se fatigue facilement des jouets, souvent, les casse, mais l'adulte est resté généreux et libéral sur ce chapitre, donnant à leur distribution la valeur d'un rite. C'est l'unique Liberté que le monde des adultes ait concédé à l'homme, à l'âge vénérable de l'enfance, à l'époque où devraient se fixer les racines de la vie supérieure. Ces enfants déviés sont considérés, surtout à l'école, comme très intelligents, mais indisciplinés et désordonnés. Dans nos ambiances, ils se fixent tout à coup sur un travail ; alors, le vagabondage d'esprit et le désordre des mouvements disparaissent à la fois, et un enfant calme et serein,

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