‹ L'enfantChapitre 16 sur 31 · LES DÉVIATIONS · texte numérisé non relu

LES DÉVIATIONS

En observant les caractères qui disparaissent dans le retour à la normale, on est surpris de constater qu'il s'agit de la presque totalité de ceux que l'on connaît chez les enfants : non seulement les défauts, mais aussi ce que l'on prise d'ordinaire ; non seulement le désordre, la désobéissance, la vivacité, la gourmandise, l'égoïsme, la dispute, le caprice, mais aussi ce qu'on appelle l'imagination créatrice, le goût des histoires, l'attachement, la soumission, le jeu, etc., et même ce que l'on a scientifiquement étudié et reconnu comme étant propre à l'enfance, tel que l'imitation, la curiosité, l'inconstance, l'instabilité. Cela revient à dire que la nature de l'enfant, telle qu'on la connaissait, n'est qu'une apparence qui en masque une autre : la nature primitive et normale. Cette constatation n'a d'ailleurs rien de nouveau ; la double nature de l'homme a été perçue dans l'antiquité la plus reculée : celle de l'homme à sa création et celle de l'homme déchu.

En effet, la déchéance de l'homme a été attribuée à une erreur qui a affecté l'humanité entière. Et l'on a même souligné que l'erreur en soi était futile, disproportionnée à l'immensité de ses conséquences. Mais elle représentait un éloignement de l'esprit créateur. Éloigné des lois assignées par la création, l'homme est devenu comme une barque à la dérive, sans défense contre les obstacles de l'ambiance, ni contre les illusions de son inteUigence.

Il y a une rencontre curieuse entre cette conception philosophique de la vie et les faits illustrés par l'enfant.

Il faut bien peu de chose pour le faire dévier. Ce qui s'insinue sous les traits de l'amour et de l'aide provient, au fond, de la cécité de l'adulte ; de son égoïsme inconscient qui est véritablement une puissance diabolique déployée contre l'enfant. Mais l'enfant renaît toujours frais, portant intact en lui le plan sur lequel l'homme devrait se développer.

Si le retour à la normale est lié à un fait déterminé et unique, c'est-à-dire la concentration de l'enfant en une activité motrice, qui le met en rapport avec la réalité extérieure, on peut bien supposer qu'à l'origine de toutes les déviations, il n'y a, également, qu'une raison : c'est que l'enfant n'a pu réaliser le plan primitif de son développement à l'âge de sa formation, quand l'incarnation devait faire éclater son énergie en puissance.

La possibiHté de réduire une multitude de conséquences à un fait unique, simple et clair, démontre que leur origine se place à une période primitive de la vie, où l'homme est encore un embryon spirituel ; et l'unique, l'imperceptible cause peut déformer tout l'être qui en dérive.

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