LES BARRIÈRES
Les maîtres constatent que les enfants à imagination vive ne sont pas, comme on aurait pu s'y attendre, parmi ceux qui réussissent le mieux à l'école. Ils réussissent rarement, ou pas du tout. Personne, pourtant, ne se doute que leur intelligence est déviée ; on pense simplement qu'un esprit créateur ne peut s'adapter à l'existence pratique. C'est la preuve la plus évidente que, chez l'enfant dévié, il y a une diminution (inintelligence, puisqu'il n'est pas en possession de ceUe-ci et qu'il ne peut être maître de son développement. C'est le cas, non seulement quand l'intelligence a fui vers le monde des illusions, mais encore quand elle est réprimée ou éteinte par le découragement ; c'est-à-dire réfugiée au dedans de l'être.
Le niveau de l'intelligence moyenne des enfants déviés est inférieur à celui de l'intelligence des enfants revenus à la normale. La faute en incombe aux déviations qu'on pourrait comparer — imparfaitement — à des luxations ; on conçoit la délicatesse du traitement qui serait nécessaire pour replacer l'enfant dans la norme. On emploie, au contraire, l'agression directe dans l'enseignement intellectuel, aussi bien que dans la correction du désordre. Une intelligence déviée ne peut être contrainte à un travail forcé sans rencontrer, ou même, sans provoquer un phénomène psychologique de défense.
Il ne s'agit pas de cette défense connue désormais en psychologie et qui est rattachée aux actes extérieurs, telle que la désobéissance ou la paresse. C'est, au contraire.