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LES ORIGINES DE NOTRE MÉTHODE

de profession. Les conditions très spéciales dans lesquelles nous nous trouvions venaient de ce que nous n'étions pas véritablement « œuvre sociale ». Les enfants n'étaient recueillis que pour préserver la maison des dégradations qu'ils eussent pu lui faire subir. Il ne fallait donc point que le bâtiment eût besoin de réfections fréquentes. Les seules dépenses possibles étaient les dépenses ordinaires d'un bureau. La Maison des Enfants n'était pas une véritable école, mais une espèce de machine à mesurer mise à zéro.

C'est ainsi que, n'ayant pas les moyens de créer l'ambiance avec des bancs d'école, une chaire ni aucun meuble en usage à l'ordinaire, on fabriqua un mobilier comme celui d'un bureau ou d'une maison bourgeoise. Je fis faire en même temps un matériel scientifique exact comme celui que j'avais employé dans l'institut de déficients ; à cause de cette première affectation, personne n'avait jamais pensé qu'on pût en faire un matériel scolaire.

Il ne faut pas s'imaginer que l'ambiance de la première Maison des Enfants fût aimable et gracieuse comme celle que l'on y rencontre aujourd'hui. Les meubles les plus importants étaient une table robuste pour la maîtresse, trônant à peu près comme une chaire, et une immense armoire haute et massive dans laquelle on pouvait ranger toute sorte d'objets ; ses portes solides étaient fermées à clef, et la clef restait entre les mains de la maîtresse. Les tables étaient construites dans un souci de soUdité et de durée. Elles étaient assez longues pour que trois enfants pussent s'y asseoir à la file ; elles étaient placées les unes derrière les autres, à l'instar des bancs d'une école. Les seules innovations étaient les petits fauteuils et chaises individuels très simples. Les fleurs manquaient, qui sont devenues une des caractéristiques de nos écoles i dans la

cour, cultivée en jardin, il n'y avait que de petites pelouses et des arbres. Un tel ensemble ne pouvait me donner l'espoir de faire une expérience importante. Ce qui m'intéressait, pourtant, était de faire une éducation rationnelle des sens, pour éprouver les différences de réactions entre les enfants normaux et les déficients ; et, surtout, pour chercher une correspondance, que j'entrevoyais intéressante, entre les réactions d'enfants normaux plus jeunes et d'enfants déficients plus âgés.

Je n'imposai aucune réserve, aucune obhgation à la maîtresse. Je lui appris seulement à se servir du matériel sensoriel, afin qu'elle pût le présenter aux enfants de façon exacte. Et cela lui parut facile et intéressant. Mais je n'empêchai pas ses propres initiatives.

Je m'aperçus, au bout de peu de temps, qu'elle s'était fabriqué elle-même d'autre matériel : c'étaient des croix dorées qui devaient servir à récompenser les enfants les plus sages. Je trouvai souvent, en effet, des enfants décorés de ces pendantifs inoffensifs. Elle avait aussi pris l'initiative d'apprendre à tous le salut miUtaire, bien que les élèves les plus vieux eussent cinq ans. Mais cela semblait lui apporter une telle satisfaction et je trouvai la chose si drôle qu'elle m'en était indifférente.

Ainsi débuta notre vie de paix et d'isolement. Et, longtemps, personne ne s'occupa de nous.

Les événements principaux de cette époque étaient faits de choses infimes, dignes de ces contes pour enfants qui commencent par : « Il était une fois... » Mes interventions étaient si simples et si puériles, que personne n'eût pu les considérer d'un point de vue scientifique. Leur description complète nécessiterait pourtant un volume d'observations ou, plutôt, de découvertes psychologiques.

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