‹ L'enfantChapitre 5 sur 31 · LES ORIGINES DE NOTRE MÉTHODE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE NOTRE MÉTHODE

Le 6 janvier 1906, on inaugura une école pour petits enfants normaux de 3 à 6 ans, je ne puis dire avec ma méthode, car celle-ci n'existait pas encore, mais elle devait y naître peu de temps après.

Il n'y avait là qu'une cinquantaine de petits enfants très pauvres et timides ; plusieurs d'entre eux pleuraient. Presque tous étaient enfants d'illettrés.

Le projet initial était de réunir les enfants des locataires d'une maison populaire, pour les empêcher d'errer dans l'escaher, de dégrader les murs et de semer le désordre. C'est à cet effet que, dans la maison même, une salle fut ouverte pour eux. Je fus appelée à prendre soin de cette institution « qui pouvait avoir un bel avenir »... Je sentais confusément qu'une œuvre de grande envergure allait naître.

Je croyais être comme une paysanne qui avait mis de côté la bonne semence, et à qui on était venu offrir une terre féconde où la semer hbrement. Mais il n'en fut pas ainsi : à peine avais-je remué les mottes de cette terre, que je trouvai de l'or à la place du grain. Les mottes cachaient un trésor précieux. Je n'étais pas la paysanne que je croyais être.

En fait, mon action sur les enfants normaux m'apporta une série de surprises. Il est bien certain que des moyens, qui avaient réussi auprès d'enfants déficients, devaient constituer une véritable clef pour faire éclore le développement d'enfants normaux ; tout ce qui avait remporté

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un succès dans le traitement d'esprits faibles, dans le redressement d'intelligences fausses, contenait les principes d'hygiène intellectuelle capables d'aider les esprits normaux à croître forts et droits. Tout cela n'a rien d'étonnant, et la théorie sur l'éducation qui en est issue est ce qu'il y a de plus positif et de plus scientifique pour persuader les esprits équiUbrés et prudents. Mais il faut avouer que les premiers résultats me jetèrent dans le plus grand étonnement et, souvent, me trouvèrent incrédule. Ces objets, que je présentais aux enfants normaux, n'avaient pas du tout le même effet que celui qu'ils avaient eu sur les déficients : tandis que ces derniers étaient tout de suite séduits par les objets, il me fallait toute ma force de persuasion pour inviter les enfants normaux à s'en occuper. L'enfant normal était attiré par un objet, fixait sur lui toute son attention et se mettait à travailler, à travailler sans répit, avec une concentration étonnante. Il semblait, ensuite, satisfait, reposé et heureux. C'est une impression de repos qui émanait de ces petits visages sereins, de ces yeux d'enfants brillants de contentement, après qu'ils avaient accompli un travail spontané. Les objets du matériel étaient comme la clef d'une pendule : quand on a remonté celle-ci un instant, elle continue à marcher toute seule. L'enfant était plus fort, plus sain d'esprit après avoir travaillé. Il me fallut longtemps pour me convaincre que je ne me faisais pas une illusion. Je restai longtemps incrédule, en même temps que saisie,

émue et tremblante.

C'est ainsi que le hasard me les fit rencontrer. C'étaient des enfants plaintifs, peureux, si timides que l'on n'arrivait pas à les faire parler. Leurs figures étaient sans exprès-

sion, leurs yeux égarés. En fait, c'étaient de pauvres enfants abandonnés, grandis dans des maisons délabrées et sombres, sans soins, sans stimulants. Ils étaient visiblement sous-alimentés. Ils avaient un besoin urgent de nourriture, d'air et de soleil. C'étaient de vraies fleurs étiolées, moins la fraîcheur des boutons ; des âmes cachées dans des enveloppes hermétiques.

Quelles furent donc les conditions qui permirent l'apparition d'enfants nouveaux, dont l'âme se manifesta avec une splendeur telle, qu'eUe dispensa sa lumière dans le monde entier?

Ce devaient être des conditions singuUèrement favorables, pour qu'elles aient pu réaliser la « Ubération de l'âme de l'enfant »! Il faut que tous les obstacles répressifs aient été supprimés! Mais qui aurait jamais pu soupçonner ce qu'étaient ces obstacles répressifs, quelles étaient les circonstances favorables, nécessaires pour extérioriser une âme ensevehe? Bien des conditions, qui étaient les nôtres, eussent semblé contraires à un but aussi élevé.

Ces enfants appartenaient aux classes sociales les plus basses ; les parents n'étaient pas de véritables ouvriers, mais des gens qui cherchaient, au jour le jour, une occupation passagère et qui, par conséquent, ne pouvaient s'occuper de leurs enfants. La plupart d'entre eux étaient illettrés.

Il n'était pas possible de trouver une véritable maîtresse pour un pareil poste. On s'adressa donc à une personne qui, ayant fait, jadis, quelques études pour entrer dans l'enseignement, travaillait actuellement comme ouvrière. Elle n'avait, par conséquent, aucune ambition en tant que maîtresse, pas de préparation ni d'idées préconçues, ce que l'on aurait fatalement trouvé chez une enseignante

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