‹ L'enfant perdu et retrouvé ou Pierre Cholet [microforme]Chapitre 23 sur 26 · S III · texte numérisé non relu

S III

À la maison paternelle.

Nous couchâmes à mi-chemin, cher le père de madame Robidoux. La route me paraissait interminable. Je m'informais de mon vieux père, de ma vielle mère, de leur âge, de leurs moyens d’existence, J'en sus long, M. Gauthier me

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dit: Votre vrai nom n'est pas Louis Marin, mais Pierre Cholet, votre père s'appelle Hyacinthe Cholet; et votre petit cousin s'appelait, lui, Pierre Doucet dit Cayen.—En effet, repris-je, j'ai petite souvenance que, sur le vaisseau, un jour on nous dit: Toi, tu t'appeleras.

dorénavant, Pierre Marin, toi, Louis Marin, et toi, Toussaint Marin. — C'est tout naturel, remarqua M. Gauthier, ces.

gens-là voulaient effacer toute trace de votre origine ; et comme vous étiez élevés sur mer, ils vous ont appelés Marin.

Et voilà pourquoi, ajoutai-je, toutes mes recherches ont avortées, je m'adressais à mauvaise enseigne.”

Nous arrivâmes chez M. Hamelin, le lendemain, vers midi. La maison est bâtie loin du chemin, sur une petite hauteur; nous laissâmes la voiture à la barrière, et nous montâmes la côte à pied.

Quand les petits enfants nous aperçurent venir, ils s’écrièrent en se frappant dans les mains : “ Maman, voici M.

Gauthier avec notre oncle Polycarpe.”

1] paraît que nous avons la même taille, la même mine et le même marcher, Sans le savoir, ces petits enfants de cinq et six ans venaient de témoigner fortement en faveur de mon identité.

Polycarpe est le plus jeune de mes frères :

Ma sœur, en entendant le son de ma VOIX, Se trouva saisie, elle tomba presque “Évanouie, Mon beau-frère sortit au devant de nous, et nous dit : « Veuillez ne pas Entrer maintenant, ma femme ne Se trouve pas bien, l'émotion la surmonte.” Il nous €Mmmena à un arpent de distance, à l'ombre, derrière sa grange, et là assis sur une grosse bûche de Pin, je commencai mon histoire dès son Premier commencement. J'avais pour auditeurs, d'abord M.

Gauthier, M. Hamelin et son homme engagé, puis bientôt ma Sœur avec une femme du Voisinage, qui se tenaient cachées en dedans de Ja grange ; m Entendais soubpirer, car elles on tout le temps.

Je parlai deux heures. ME. Ham-lie, me dit : “ Votre récit, mon

ais je les t pleuré

ami, est plein de

bon sens, et vous n'avez pas l'air d'un imposteur.” Ma sœur sortit de la batterie, et vint se jeter dans mes bras, en disant :

“ Je vous prends pour mon frère. Vous l'êtes; car, en vous voyant, j'ai été trop frappée.”—Puisque vous me reconnaissez pour votre frère, conduisez-moi chez nos parents; je m'en remettrai à leur Jugement, et j’en passerai par ce qu'ils diront.—Avec le plus grand plaisir, reprit monsieur Hamelin, mais vous allez être obligé d'attendre quelques jours. Le reste de mon grain est à terre, il me faut le serrer avant de partir, je ne voudrais pas le laisser exposer à la pluie—Mon cher monsieur, prenez le temps qu'il vous faudra, je serai trop heureux de vous aider à faire vos récoltes.

Je remerciai monsicur Gauthier de m'avoir emmené. Mon beau-frère lui dit :

‘Comme c’est vous qui l'avez découvert, vous viendrez avec nous chez mon beaupère, sans cela la fête ne serait pas complète.—C'est bon, dit-il, quand vous serez pour y aller, vous n'aurez qu'à m'avertir ;

je n'ai jamais refusé une belle promenade.”

Je restai trois jours chez monsieur Hamelin. Quand nous revenions du champ à l'heure des repas, ma sœur m'entourait de prévenances. Elle ne m'avait jamais connu, elle est plus jeune que moi, étant née dans l'automne qui suivit mon enlèvement ; mais mon nom lui était familier, elle avait souvent entendu parler, par ma mère, de ce pauvre défunt petit Pierre. Déjà elle se trouvait à la tête d'une jolie petite famille, cinq garçons et une fille. Je me privais de parler devant elle de mes malheurs, parce que de suite elle se mettait à pleurer. Tous les soirs les habitants du voisinage venaient veiller pour entendre conter mes aventures ; parmi eux se trouvaient deux de mes oncles, monsieur Etienne St-Amand, le frère de ma mère, et monsieur Latreille, marié à la sœur de monsieur St-Amand. Les questions pleuvaient de tous côtés, je tâchais d'y répondre de mon mieux; personne ne doutait que je ne fusse le garçon du père Hyacinthe.

L'ENFANT PERDU $S IV A la maison paternelle.

Le quatrième jour, vers huit heures du matin, nous partions, ma sœur, mon beaufrère et moi, dans une même voiture, pour nous rendre à St-Polycarpe, chez notre père. En passant nous prenions monsieur Gauthier et sa femme, et mon oncle St- Amand et matante. Les trois carosses se suivaient, soulevant des nuages de poussière, Tout était gai, et nos conversations, et nos toilettes endimanchées, et nos chevaux fringants qui trottaient en se balançant la tête, et le beau soleil d’automne qui nous éclairait de ses doux rayons ; il me semblait que les gens, qui s'arrêtaient dans les champs pour nous regarder passer, souriaitent à mon bonheur.

Mon oncle Latreille avait pris les devants, pour aller avertir de notre arrivée mon vieux père et ma vieille mère; ik

avait peur qu'une surprise trop subite ne leur fit du mal. Il arriva trois heures avant nous, ‘ Hyacinthe, dit-il, ton garçon que tu croyais perdu pour toujours, est arrivé.

— Quel garçon ?— Le plus vieux des deux que tu as perdu, il y a trente ans, Pierre!

— Et l'autre?—I1 est mort, ainsi que le petit Cayen.” Et mon oncie leur raconta en peu de mots notre enlèvement, ma :

désertion et mes longues recherches.

D'abord les deux vieillards crurent à une mystification ; mais, à la fin, monsieur Latreille paraissait si sérieux, il répétait avec un si grand air de vérité : “Je te dis, Hyacinthe, que ton garçon est retrouvé, qu'il s'en vient avec Hamelin, qu'il va être ici dans quelques heures,” qu'à la fin ils se faissèrent persuadés. Alors ils se trouvèrent tout transportés, hors d’euxmêmes ; ma mère pleurait, mon père se promenait dans la maison à pas précipités ; il allait regarder tantôt à une fenêtre, tantôt à l’autre, en disant : “Ils n'arrivent pas encore, qu'est-ce qu'ils font ? Ils mettent bien du *emps.”

M. Gauthier avait dit aux autres, en parlant de moi : “ Laissons-le faire ; ne le lui dites point, quand on arrivera, pour voir s'il va se reconnaître.” Rendus à la maison d'école, à sept ou huit arpents de chez mon père, je leur criai : “ Arrêtez.

Je suis venu à l’école ici, quatre ou cinq fois.” Ils se mirent à rire. “ Vous le supposez, vous ne pouvez reconnaître la maison, elle a été rebâtie depuis.—Ce n'est pas la maison que je reconnais, c’est la croix. Elle a été bénite l’année que j'ai été enlevé, je me rappelle fort bien quand M. le curé est venu pour la cérémonie, il a prêché debout sur le sommet d’une souche.” Cette croix était un cèdre sur son pied, ébranché seulement, auquel on avait ajouté une pièce transversale pour servir de bras. Ces diverses circonstances étaient restées comme endormies au fond de ma mémoire ; elles se réveillaient en se retrouvant sur le lieu de la scène où elles s'étaient passées. “C'est vrai, dit mon oncle St-Amand, la croix a été bénite à peu-près dans ce temps-là.”

Er ET os

Nous arrivâmes vers cinq heures du soir. Déjà la nouvelle de mon retour s'était répandue dans la côte, une cinquantaine de personnes remplissaient ou entouraient la maison. J’attendis, pour entrer, qu'on eut attaché les chevaux ; cela me gênait de voir tant de monde réuni. .J’entrai par la porte de la cuisine, le plus parfait silence régnait dans cette foule, tous les yeux étaient attachés sur moi, je me se. tais mal à l'aise. Quelqu'un me poussa une chaise, près d’une petite table ; je m'y assis. Ma mère s’avança, s'appuya les deux mains sur la table, et me dit, avec des paroles entrecoupées :

“ Est-ce bien vrai....que vous avez...

été volé.” À ces mots, elle faiblit sur ses jambes, et elle allait s’affaiser sur ellemême, lorsque plusieurs femmes la saisirent, et la menèrent tranquillement s’'asseoir sur un sofa. Je sortis, j'étouffais, j'avais besoin de respirer le grand air. On m'apporta de l’eau froide, je me lavai le visage, et me sentis mieux. De son côté ma mère reprenait ses sens. Cet incident

imprévu mit toute l'assemblée en émoi:

les hommes jasaient à voix basse, rassemblés par groupes ; les femmes pleuraient à chaudes larmes.

Je rentrai, on me fit passer dans la pièce principale de la maison. Mon père me prit par le cou et m'embrassa à plusieurs reprises. ‘“ Pauvre enfant, dit-il, conte-nous ce quit’est arrivé depuis le commencement, conte-nous ça.” Tout le monde s’assit, la salle était remplie comme un œuf; en dehors la foule grossissait toujours ; les têtes se pressaient à l’embrasure des fenêtres ; toutes les bouches étaient muettes, et toutes les orailles étaient attentives. ‘“ Cher père, chère mère et chers parents, jamais il ne m'a été aussi doux de raconter mon histoire :

cependant je puis à peine parler, l’'émotion me darde au cœur.—Prenez votre temps, me disait-on de toutes parts, prenez votre temps.” Je parlai deux heures durant ; par escousses les sanglots des femmes m'interrompaient, j'en proftais pour reprendre haleine. Alors mon

vieux père me prenait par les mains, me palpait les bras, les cheveux, la figure, en disant : “Est-ce bien toi, Pierre, est-ce bien vrai que tu es revenu. Dis donc, est-ce bien toi?” Ma mère était aussi devant moi, il me semble la voir encore, les deux coudes appuyés sur ses genoux, elle me dévorait du regard.

À huit heures, nous nous levâmes pour nous délasser un peu. Tout le monde disait : “C'est bien lui, c'est bien lui!— Oui, reprit mon père, c'est lui, mon garçon, mon petit Pierre, je le reconnais pour

mon enfant que je pleure depuis si long-

temps.—Ecoutez, leur dis-je, pour dernière preuve, je vais vous faire connaître des marques particulières que nous portions sur nous. Pierre Doucet avait une petite bosse sur la tête ; Toussaint, deux grains de picote sur la tempe gauche, et moi j'ai deux grains de picote aussi dans laine droite.—C'est vrai, dit ma mère. Il n'a pu deviner ces choses secrètes :

Quelle meilleure preuve pouvons-nous demander ? Je n'en doute pas, le bon

Dieu nous a rendu notre garçon.—Oui, le bon Dieu ! reprit mon père, le bon Dieu nous à aimé aujourd’hui, nous allons le remercier.” Sur son invitation, tous tombèrent à genoux, et nous récitâmes à hautes voix les cinq dizaines du chapelet-

Les étrangers se retirèrent, il ne resta plus que les parents et les voisins immédiats. Nous étions une trentaine à table, pour manger le veau gras ; au nombre des convives se trouvait mon petit cousin, Elie Doucet, ecclésiastique, qui est mort prêtre quelques années plus tard. Après le souper, le plaisir s’éleva ; les jeunesses dansèrent au son du violon, jusqu’à minuit.

Mon père disait avec le père de l'enfant prodigue : “(C'est bien, réjouissez-vous.

Notre enfant était perdu, il est retrouvé; il était mort, il est ressucité.”

Reconnaissance authentique.

Le soleil à ses taches, le plus beau

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jour ses nuages. Tout le monde, en général, croyait à ma parole ; seul, mon frère, à qui mes vieux parents s'étaient donné à leur pension (1), avait des doutes. 11 leur disait et leur répétait : “ Prenez garde, n'allez pas trop vite, vous avez peut-être affaire à un fin filou, qui veut vous arracher votre butin (2).” Ces paroles les rendaient rêveurs. à

Je répondais à mon frère: “Ne crai- £ ©z rien, monsieur, je ne viens déranger personne, ni exiger une part d'héritage.

Tout ce que je demande, c’est le droit d'appeler les auteurs de mes Jours on Père st ma mère, puisqu’en réalité ils le sont, et qu'enfin j'ai eu le bonheur de les retrouver.” Mon père se taisait, et un certain malaise continuait à régner au milieu de nous.

Le lendemain, après diner, mon père me dit : “Voulez-vous que nous allions

(1) Se donner à sa pension, donner son bien à quelqu'un avec une redevance d’une pension: annuelle, dont les articles, souvent en nature, sont déterminés par le contrat de dona. tion.

(2) Butin au Canada est souvent employé dans le sens de biens.

ensemble chez M. le curé, pour voir ce qu'il pense de notre affaire ?—Bien volontiers, repris-je; prenez toutes les précautions qu’il vous plaira, c'est pour vous une affaire de prudence, c’est pour moi le plus ardent de mes désirs. Je ne dis que la vérité, je ne puis que gagner à ce qu’on fasse passer mes paroles par le creuset de l'épreuve.”

M. le curé, en nous voyant entrer tous les trois dans son bureau, nous montra des chaises en disant : “Eh bien! père Cholet, qu’elle nouvelle ?—La nouvelle qu’il y a, M. le curé, c’est qu'il est arrivé

un grand miracle.--Et lequel ?—Mon garçon qui était perdu depuis trente-cinq ans, je l’ai retrouvé! Tenez, le voici.” Le curé m’écouta longtemps en silence, me fit quelques questions, et à la fin, sans se compromettre, il ajouta : “ Je n'ai aucune raison de douter de la véracité de ce brave homme, d'autant plus qu'il vous ressemble beaucoup. Vous pourriez peutêtre aller chez monsieur Lanthier, lui exposer votre embarras, et vous en rap-

ous 1tra ère elle rivé

on

porter en toute sécurité à sa décision. ”

M. Jacques Lanthier était le représentant du comté de Soulanges à la Chambre fédérale ; c'était un homme d'expérience, d’un jugement peu ordinaire, qui jouissait de la considération générale. Il était occupé à travailler dans sa cour; sa femme l'appela. En entrant, il vint nous donner la main : “Bonjour, messieurs Cholet.” Mon père reprit : “ Qui vous dit que ce jeune homme est un Cholet ?—Qui me le dit? .... mais ....je crois connaître tous vos enfants . ... à l'air de famille du moins, si je ne puis les distinguer tous par leür nom de baptême.—Et, comme cela, vous trouvez que celui-ci à l’air de la famille ?—Sans doute ! Quoi! n'est-ce pas un de vos garçons ?—Oui, au moins je le crois, mais ce n'est pas celui que vous pensez.” Et nous recommençâmes de plus belle l'exposé et l'examen de notre procès.

Sur ces entrefaites, madame Lanthier qui avait tout entendu, sortit du salon et dit: Etes-vous un des trois petits Marin

dont la gazette parlait, il y a quelques années ? — Oui, madame, Marin était alors mon nom.—Elle tira, dans une file de journaux, un numéro vieux de dix ans, et lut l'annonce que j'y avais publiée, de Montréal. J'étais heureux de l'incident ; cette gazette venait à propos confirmer une de mes assertions, et par ricochet donnait du crédit à mes autres avancés.

Quand il eut tout entendu, tout pesé, M. Lanthier s'exprima comme suit : ‘“ Père Cholet, allez-vous-en content. Cet homme, à n'en pas douter, est votre fils. Tout le dit : son histoire, son âge, sa ressemblance avec vous, ce qu'il raconte de son enfance, les marques secrètes qu'il vous révèle, l'air de vérité que comporte tout son récit. Si vous ne le reconnaissez pas pour votre enfant, cessez d'en chercher un autre.— Merci, monsieur Lanthier.— Depuis qu'il est arrivé, je n'ai pas douté un seul instant que le bon Dieu n'eut voulu consoler ma vieillesse en me rendant mon enfant; mais vos paroles me

rassurent. Allons, ma vieille, allons jouir de notre bonheur.

Nous passâmes par l'église, pour remercier Dieu d’avoir, après un laps de temps aussi considérable, retrouvé, mes parents leur enfant, moi, un père et et une mère, La reconnaissance dilate le Cœur ; nous priâmes longtemps, sans trop nous en apercevoir. Le soleil se couchait dans la tête des arbres, quand nous reprîimes le chemin de la maison, heureux, contents, le cœur léger. Nous n'avions qu'un mot pour exprimer la multitude de nos sentiments : Que Dieu est bon!

J'ajoutais : “ pour certain, c’est la Sainte Vierge qui m'a ramené. Si vous saviez comme dans mes nombreux périls elle m’a toujours protégé.—Pour moi, reprenait ma mère, depuis que vous êtes partis, il ne s’est point passé un seul soir, sans que je ne l’aie priée pour mes petits enfants Perdus” Merci, mon Dieu, que votre Saint nom soit béni, à jamais |

$ VI Conclusion.

Le lecteur, qui a eu la patience de me suivre jusqu'ici, sera peut-être curieux de savoir ce qu'il est advenu de moi depuis ; sa curiosité est légitime, je vais le satisfaire en quelques mots.

Je passai d’abord un mois à la maison paternelle, dans une atmosphère de douceur nouvelle pour moi ; à peine pouvaisje croire à la réalité ; chaque matin, à mon réveil, je me disais : encore un beau jour !

Je ne me rassasiais pas de m'entretenir, en des tête-à-tête interminables, avec mes bons parents, et de les appeler du doux nom de père, de mère, de frère, de sœur.

Comme je ne voulais pas leur être à charge, ni passer pour un paresseux, je retournai, au mois d'octobre, travailler à la manufacture de Cornwall. Je fus touché jusqu’au fond du cœur, de la part que la famille Robidoux, mais surtout madame

Sigouin avec ses filles, prenaient à mon bonheur. Quinze jours après, un de mes frères, qui demeure à Ogdensburg et que je n'avais jamais vu, vint me chercher pour m'emmener chez lui; dans cette ville, comme je l'ai déjà dit, j'avais de plus un deuxième frère et trois de mes sœurs. Je passai l'automne tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, choyé, gâté, toujours au fricot. Justine entr'autres, qui était ma marraine, ne voulait pas me laisser partir.

Au jour de l'an, je revins chez nous demander, pour la première fois, depuis l'âge de connaissance , la bénédiction paternelle, manger le beigne d: fête et recevoir mes étrennes. Etant allé me promener chez mon beau-frère Hamelin, le curé de Saint-Raphaël m'engagea comme bedeau. Dans les jours gras de cette même année 1882 je renonçai à la vie de vieux garçon, pour épouser une jeune fille de vingt-deux ans, Anna Levac. La bénédiction du Dieu d'Abraham est descendue dans ma maison; nous avons une

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