‹ L'enfant; pièce en trois actesChapitre 12 sur 14 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Flore. Debon.

Elle ne t'a rien dit?

Rien. Elle m'a dit : « Je te chasse »,tout simplement. Elk toi?

DEBON.

A moi ? Fort peu de chose. Elle commençait à faire du sentiment, elle me parlait de faute monstrueuse, d'oubli de tous les devoirs, de scrupules, de remords; c'était assommant, je l'ai arrêtée tout de suite. Alors, elle m'a dit qu'elle t'avait chassée, que moi je ferais ce que je voudrais, qu'elle ne voulait pas se séparer de moi avec éclat, parce que la coïncidence de cette sépa-

ralion avec ton départ pourrait faire deviner, et qu'elle ne veut pas, pour l'enfant.

FLORE {lentement}.

Alors, reniant, elle l'aime donc toujours...

DEBON.

Puisque tu m'as d't tantôt qu'elle voulait le garder. [HésUanl). Peut-être même ferais-tu mieux de le laisser ici... Il serait toujours auprès de moi...

FLOEE {saisie).

Comment, auprès de toi? Tu vas rester ici? Tu me laisses partir seule?

DEBON.

Que veux-tu? pour l'enfant... elle a raison...

FLORE

Mais lu sais bien que c'est impossible! Comment vt'ux-tu que nous vivions, moi et l'enfant... car je ne veux pas le laisser ici, lu entends!

DEBON.

A moi?...

FLORE

Ni à toi, ni à elle. Je le veux auprès de moi Je suis sa mère, il est à moi, à moi seule. Et il est tout ce que

j'ai, puisque je n'ai plus toi, puisque tu es trop lâche pour me suivre, pour accepter la responsabilité de ce que tu as fait.

DEBON.

De ce que nous avons fait, dis donc.

Tu as été plus coupable que moi, car tu aurais dû me garder au lieu de... et c'est sur moi que retomberait tout le châtiment! je serais toute seule, sans le père et aussi sans l'enfant!... Non, tu peux rester, puisque lu veux garder la paix égoïste de ton hypocrisie. Mais l'enfant est à moi, je l'emporte.

DEBON {Vair ennuyé).

Voilà que tu fais aussi du sentiment ! Il faut pourtant qu'on s'arrange. Moi, je ne demande pas mieux que de voir tout le monde content. Je n'ai jamais cherché qu'à nous faire vivre tous en bon accord. Mais ta mère s'emballe, toi tu t'emballes... H serait pourtant si facile de s'entendre.

FLORE

Comment cela?

DEBON.

Mon Dieu ! en faisant des concessions, en raisonnant avec calme, et avec le désir de rester ensemble, en famille.

FLORE {haussant les épaules).

En famille... Oui, si je me sacrifiais, n'est-ce pas? si je lui faisais humblement ma soumission en te rendant à elle, on me supporterait pour l'enfant. Peut-être même, au bout de quelque temps, reprendrions-nous notre manège, en cachette, les jours où elle t'aurait fait un bon dîner... Et tu trouverais tout pour le mieux dans le meilleur des mondes. Moi, et puis ses pantoufles à elle : c'est ce que tu appelles le canne honnête du foyer, hein... Non, vois-tu, je viens de te le dire, je ne veux plus de mensonges; je suis lasse, lasse, lasse... Situ veux de moi encore, viens avec moi, sinon, je m'en vais. Quant à l'enfant, je l'emporte !

{Elle poursuit V arrangement de ses malles. Dehon ne répond rien. Un silence).

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