‹ L'enfant; pièce en trois actesChapitre 13 sur 14 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le.4 luriucM — Louise.

LOUISE {entrant, l'allure liésitante et s'arrêtant en apercevant Debon).

Ah! vous êtes ici... {un silence) où est Maurice?

FLORE

Auprès delà bonne.

{Debon se lève).

LOUISE

Ah!... que fait-il là?

FLOEE.

Elle l'habille pour nous en aller.

LOUISE [après un nouveau silence). Tu pars... aujourd'hui?

FLORE [toujours occup^e à Varrangement de sa malle). Je crois que c'est ce que vous désirez.

[Un silence),

LOUISE

Où vas-tu ?

FLORE

Je ne sais pas encore; qu'importe!

[Nouveau silence. Debon, dans son fauteuil, a pris une pose indifférente. Tous trois ont Vair contraint).

LOUISE

Et l'enfant? que vas-tu en faire?

DEBON [se levant, timide).

■Mais c'est ce que je lui demande. Avec ce qu'elle a...

FLORE

Ça me regarde, c'est mon enfant, je l'élèverai.

LOUISE {hésitant).

Si lu le laissais ici?...

FLORE

Si je vous le laissais, voulez-vous dire! Non, non, il

était déjà devenu si peu mon enfant ! Aujourd'hui je le reprends. Je suis sa mère, moi ; je l'aime, je l'aime autant que vous. Et je veux qu'il m'aime plus qu'il ne vous aime.

LOUISE

Tu es sa mère, oui. Mais lu as négligé de le lui faire comprendre et de le lui prouver. Il ne suffît pas d'avoir mis un enfant au monde, pour avoir droit à son affection. 11 ne suffit pas de lui avoir donné la vie, il faut la remplir cette vie, l'occuper constamment de sa tendresse et de ses soins. Tu y songes un peu lard et la place est prise. Si nous avons changé les rôles, je crois que c'est toi qui a commencé.

FLORE

Eh ! bien, les rôles, nous les rétablissons.

LOUISE {s' échauffant).

Soit, rétablissons-les donc tout-à-fait. Et rappelle-loi donc que je suis ta mère, moi, et qu'au lieu de me parler avec cette arrogance, tu devrais rougir devant moi, lu devrais avoir honte de me parler de ton enfant, de m'en parler comme cela surtout, avec l'unique sousi de ton orgueil et pas un seul instant celui de son bonheur.

FLORE

C'est vous qui venez me parler. Puisque vous m'avez chassée, laissez-moi.

LOUISE {se calmant).

Oh! ce n'est pas pour toi que je suis venue, et il m'en

coûte assez. C'est pour Maurice seulement. Pense donc quel changement ce sera pour lui. Nous l'avons entouré de tant de caresses, de tant de sollicitude, de tant de bien-ôtre qui lui manqueront. Il est fait déjà à l'aisance, au luxe presque. Il n'aura plus tout cela. Si tu l'aimes, tu dois penser à son bonheur, et il serait heureux ici. Tu veux redevenir sa mère, dis-tu. Réfléchis bien, le rôle des mères est de se sacrifier, de se sacrifier jusqu'au bout.

FLORE

Il est aussi de garder leurs enfants et de se faire respecter par eux. Que lui diriez-vous, à Maurice, plus tard, pour lui expliquer qu'il est resté dans la maison d'oLi l'on a chassé sa mère.

LOUISE

Tu ne penses toujours qu'à toi ! Plus tard, nous verrions. En attendant, il ne faut penser qu'à lui. Est-ce que je pense à autre chose moi? Est-ce qu'en te parlant de lui, je n'oublie pas jusqu'à Tinjure de sa naissance? Est-ce qu'en faisant la démarche que je tente je ne consens pas à être lâche pour lui. Mais loi, tu parles vraiment comme si tu n'étais pas la coupable, comme si toi seule ne devais souffrir d'aucun châtiment pour la faute commise. Tu parles comme si c'était moi qui t'avais fait du mal. Tu veux que ton enfant l'aime et toi tu ne te rappelles même pas que je suis ta mère et que lu m'as outragée. Ah ! lu lui donneras de jolis exemples, à Maurice !

DEBON {qui se ;proniène dans la chambre). Mon Dieu ! tâchons de nous arranger.

FLORE

En m'en allant louie seule, hein ! non! non !

LOUISE {avec un effort).

Ecoule... lu viendrais le voir quand lu voudrais... Et lu le garderais quelquefois chez toi. Tu ne peux pas le condamner, ce pauvre petit, à perdre tout ce qu'il avait ici. Et à toi même, la vie serait plus tacile.

FLORE

.Non, il restera près de moi. L'enfant suit la mère, c'est naturel.

LOUISE {après un nouveau silence, elle semble réfléchir, puis s'approche de Dehon).

Dites-lui, vous... puisque.., puisque vous êtes... le père.

DEBON {enhardi)

Mais je lui ai dit déjà... Si on pouvait s'entendre au lieu de se fûcher et de faire du mélodrame. Est-ce que l'enfant ne pourrait pas rester en même temps auprès de tout le monde? Esl-ce qu'il n'y a pas un moyen?

LOUISE {s' éloignant de Debon).

Oh ! cela non. Ce n'est pas possible ; on ne peut y songer.

FLOEE.

Et l'enfant, seul, ne restera pas. Vous voyez bien que je dois m'en aller avec lui.

LOUISE {(^le réfléchit encore, regarde Flore qui arrange toujours les malles, fouille l'armoire, et Delon qui se promène. Au loutd'un certain temps, a Flore).

Ce sont ses petites robes que tu prends là. Mon Dieu ! si tu savais ce que cela me fait mal de te voir emporter tout cela, toutes ces choses à lui que j'ai faites presque toutes. Cela ne te fait donc rien de me faire souflVir ainsi. Après l'être en allée de moi, après m'avoir meurtrie, voilà que lu veux m'enlever tout ce que j'aime encore et tout ce qui m'aime ; tu veux me laisser seule, toute seule, sans enfant, après avoir été deux fois mère. Pourquoi donc m'en veux-tu ainsi? Qu'est-ce que je t'ai fait, moi ?

FLOEE.

Vous aimez trop ce que j'aime, et je ne veux pas me laisser dépouiller.

LOUISE {après un Imig silence encore).

Eh ! bien, si vous vouliez me promettre tous deux...

FLOEE [emportée).

Promettre quoi? D'être bien sages, n'est-ce pas? pour obtenir mon pardon? Et pour vivre en intruse qu'on tolère, à qui son fils procure une hospitalité humiliante. Non, non, je m'en vais, j'emporte mon enfant, mon enfant [Une pause).

Vous l'aimez donc toujours autant I cela ne vous fais donc rien de savoir ! de connaître son père ! J'avais espéré que vous le haïriez quand vous auriez su que c'était son fils, son fils à lui !

LOUISE

Si je l'aime ! Avant de savoir, j'avais deux enfants et maintenant je n'ai plus que lui. Oh ! je consentirais à tout pour le garder. Mais que veux-tu donc ?

FLORE

Je veux rester ici comme avant, sans conditions.

LOUISE

Non, je ne peux pas, je ne peux pas...

(Avec un mouveinent de révolte elle va vers la porte, lentement).

FLORE

Eh ! bien, cela vaut mieux.

DEBON.

Que c'est désagréable, mon Dieu ! de ne pas pouvoir s'entendre...

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