MOREL, CLAIRE, M"« DURAND, GUSTAVE
CLAII\E.
Gustave , voulez-vous une tasse de llié ?
(ÎISTAVK.
Oui, Claire, je le veu\ bien...
MOREL, à Gervais qui 6tc un couvert.
Que fais-tu là ?
GERVAIS
J'ôte le couvert de M. Justin... On a sonné le déjeuner comme à l'ordinaire, si M. Justin avait été au château, il eut entendu la rioche... MOiiKL, avec liunicur.
Tu desserviras tout à la lois.
GERVAIS
Cette idée ! vouloir qu'un couvert reste devant une place vide...
MOUEL, de mùmc.
Qu'est-ce que ça te lait?., je le veux...
m""' DURAND.
AU ça î ne nous laisserez-vous pas déjeuner tranquilles, (iervais? Vous voyez (jue voir»» niaitre a de l'Iuinieur... Apres toul, je le ronrois. et c'est bien lait pour ça!., une absence de quatre jours!..
CLAinE.
Il aura été à Nantes.
GISTAVE.
Mais pourquoi ne pas prévenir qu'il doit rester à Nantes, s'il est à Nantes?
Oui , oui , il est à Nantes... il y va souvent, à
•iiÔ» MOREL.
Tais-toi !..
m"* DIRAND.
Mon cher beau-frère , vous conviendrez . rependant, qu'une pareille absence cache un m\stère , et quoique vous cherchiez à nous le dissimuler, vous êtes iiKjuiet , et je le comprends !.. A Nantes, ville populeuse, il y a tant de «jens sans aveu !.. on y renconHe de belles dantes, des jeunes fous...
GERVAIS
Oui, par exemple, votre parent BeauJieu...
m"" DURAND.
Ah ! n'en dites pas de mai... c'est un gareon charmant... il n'a plus rien , c'est son plu.> i;ran(l tort... mais il doit aller à tout...
GEIWAIS.
Fort empressé, dit-on. auprès des dames, c'est lui qui , sîuis doute...
UOUEL.
Silence!.. Claire, n'en croyez rien.
m"' ni i;\M).
Peut-on se llatter ainsi d'illusions !
MOREL, a\cr e.
Ma chère belle-sœur... iiî oui, pour-
quoi vous le tairais-je ?.. Je m'alanne , parce que je connais à mon lils... à Justin... un naturel im- |)ressionnable... facile à manier... parce qu'il se Uiissi» aller au bien comme au mal...
m"* uuuvnd.
Je prévois que cet enfant là vous causera bien du chagrin !.. lîeau résultat de 1 ne
vous lui avez di>ij:jee !.. Vous l. «or
Nonlcs.,,et Dieu siiil ce qu'il y fait, à .Nantes.., «^dans un collège.,. Vous avci voulu va lairc un
savant, un élénrant surtout... au point même "#=> à plaindre, vraiment! On en fait des million"
qu'il se trouve déplacé au milieu de nous... il rougit presque de sa famille !
CLAIRE
Non, Mademoiselle, il n'en est rien... je vous assure que Justin est un excellent fils , un bon frère, un brave garçon...
m"' DURAND.
Voyons , pourquoi ne fait-il pas de Gustave sa société habituelle ?
GUSTAVE
Ça, c'est vrai... mais je ne suis peut-être pas assez monsieur pour lui...
MOREL , se levant de table.
Gustave, vous avez tort... c'est un mauvais sentiment.
J'en étais sûre !.. encore une accusation contre ce pauvre Gustave...
MOREL
Non, non... mon affection est la même, croyez-le bien , pour mes deux ehfans... Mais j'ai long-temps tremblé pour la vie de Justin après la mort de sa mère... Il tenait d'elle, une organisation délicate... Fruft d'un second mariage, le ciel me l'accorda, quand le fils de votre sœur, mon fils aîné , était déjà dans l'âge où la raison est un guide, et j'ai mis à protéger l'enfance du nouveau venu tout ce qui me restait de forces , dans l'espoir qu'il serait à son tour le soutien de mes derniers pas...
m"* DURAND.
Joli soutien! Et comment répondit-il à votre amour ?
CLAIRE
Croyez , Monsieur, qu'il vous chérit, qu'il vous aime plus que tout au monde, i-. ^
GUSTAVE
Oubliez-vous que je suis là , mon père ?
MOREL
Je ne doute pas de votre tendresse, mais vous Cites marié, vos intérêts vous obligent à vivre loin de moi...
GUSTAVE
Je n'ai d'autres plaisirs et d'autres distractions que de venir vous voir, mon père.
GEiwAis , à part.
Le bon apôtre î
IVi"'^ DURAND.
J'en ai la preuve... Avant-hier, il est entré chez moi brusquement : « Allons , ma tante , m'a-t-il dit, parlons; il y a long-temps que je n'ai vu mon père, venez!.. » Et nous nous sommes nîis en route... Les six lieues étaient bientôt faites !
MOREL
Je vous en remercie, Gustave... Mais vous vous devez à votre nouvelle famille... celle de votre femme... et Justin ne doit pas me quitter. Vous le savez, mon vœu le plus ardent est de le voir heureux... Je dois aussi le bonheur à la fille de mon meilleur ami... un brave militaire, mort sur le champ de bataille.
CLAIRE
Ah! monsieur, je 'm'efforcerai toujours de mériter vos bontés.
m"' DURAND.
naires au berceau... Claire est riche, Justin est riche !.. comment voulez-vous que la tète ne tourne pas... Et le pauvre Gustave est forcé de travailler, lui ! de surveiller les ouvriers, de vivre dans des usines, dans des chantiers... Il n'y a pas de justice !
MOREL
Pour Dieu! ma chère belle-sœur, si c'est pour nous faire entendre de pareilles choses que vous venez ici , vous auriez mieux fait...
M^'* DURAND
De rester chez moi, n'est-ce pas? vous avez raison, et certainement, sans Gustave...
Croyez-le bien , je suis juste dans toutes mes actions... Après avoir fait ma fortune dans le commerce , j'ai donné à Gustave, en le mariant, tous les biens que m'avait apportés sa mère , votre sœur, et même tous ceux que je possédais de mon chef à l'époque de mon second mariage... La grande fortune de la mère de Justin me permettait d'agir de la sorte... Et moi, en réglant ainsi toutesles affaires d'intérêt... qu'il faut compter pour beaucoup dans la vie... j'aimais à penser qu'il n'y aurait plus désormais entre mon fils aîné , vous sa tante et moi , que les liens naturels de l'affection... Il ne me manque donc plus, pour assurer la paix à ma vieillesse, que de marier Justin , et ce mariage se fera.
(Un valet est venu parler à Gervais.) GERVAIS.
Monsieur, je vous annonce que votre notaire vous attend dans votre cabinet.
m"* DURAND.
Le notaire !
MOREL
Je vais le rejoindre... (A claire.) Claire, ma fille , j'aurai plus tard à te parler.
CLAIRE
AiB ;Que le ciel vous conduise. (cocomco.J
Vous servir et vous plaire , C'est tout ce que je veux ; Ici , ma seule affaire, Est de vous rendre heureux.
ENSEMBLE
Me servir et me plaire , C'est tout ce que tu veux; Cliez moi , ta seule affaire , Est de me rendre heureux.
GDSTAVE, m"' DURAND.
Vous servir et vous plaire , Est le but de nos vœux ; Et notre seule affaire , Est de vous rendre heureux.
;Morclsort.)