LE PECHE
Je parle ici de l'amateur — chasseur, et chasseur actif, qui ne s'en rapporte qu'à lui-même et pour qui le libraire expert est un ennemi naturel dont il se défie.
Celui-ci , voyez-le au matin de chaque vacation d'une vente, retourner, ouvrir, feuilleter avec une curiosité fébrile cliacun des volumes exposés. Rien
lO LE PECHE.
ne lui échappe, ni une tache, ni une mouillure, pas même une simple piqûre, pas même un raccord dans le titre ou une rognure d'un demi-millimètre. Le libraire chargé de la vente le regarde avec mauvaise humeur; car il sait que de lui il n'y a pas de commission à attendre. Voilà le véritable amateur : tel vous le retrouverez le soir, à la vente, enveloppé dans son manteau, le collet relevé sur sa moustache, le chapeau rabattu sur son nez, caché dans un coin, et se dissimulant de son mieux pour ne pas éveiller l'attention de ses ennemis les libraires, car il sait qu'ils sont capables, par esprit de corps, de se coaliser pour lui enlever un volume.
Le moment venu , il se faufile en se courbant derrière ses voisins et se glisse jusqu'à l'oreille du crieur, auquel il souffle son enchère. On en a vu d'assez subtils pour se faire accompagner d'un ami