‹ L'enfer, s'il y en a unChapitre 4 sur 25 · L'ENFER N’A PAS ÉTÉ INVENTÉ ET N’A PAS PU L’'ETRE · texte numérisé non relu

L'ENFER N’A PAS ÉTÉ INVENTÉ ET N’A PAS PU L’'ETRE

Nous venons de voir que, dans tous les

temps, tous les peuples ont cru à l'enfer.

| Sea seul prouve déjà qu’il n’est pas d’in- \vention humaine.

| Supposons un instant le monde vivant bien tranquille, au milieu des plaisirs, et bandonné sans crainte à toutes les assions. Un beau jour un homme, un hilosophe, vient Lui dire: “Il y a un fer, un lieu de tourments éternels, où EU VOUS punira si vous contiuez à fire le mal ; un enfer de feu, où vous Pülerez sans fin, si vous ne changez de vi ?

Tous figurez-vous l'effet qu’aurait pro-

du\ une pareille annonce ?

abord personne n’y aurait cru. ‘ Que veny-vous nous prêcher là ? aurait-on

, dit à cet inventeur de l'enfer. Où avez | vous pris cela ? Quelles preuves nous er | apportez-vous ? Vous n'êtes qu’un rêveur, | un prophète de malheur.” Je le répète, !

on ne l’aurait pas cru. à |

On ne l'aurait pas Cru, parce que tout, !

dans l’homme corrompu, se cabre ins- | tinctivement contre l’idée de l’enfer. De | même que tout coupable repousse tant |

{ll qu’il peut l’idée du châtiment, de même, |

tn et cent fois plus, l'homme coupable re.

| pousse la perspective de ce feu vengeur,

éternel, qui doit punir si impitoyablement

toutes ses fautes, même ses fautes secrètes.

Et surtout dans une société, comme nous la supposons un moment, où per sonne n'aurait jamais entendu parler d:

l'enfer, la révolte des préjugés serai venue se joindre à la révolte des passion.

Non-seulement on n'aurait pas voulu «@ croire cet inventeur malencontreux, mas on l’eût chassé avec colère, on l’eût lapié, si bien que l'envie de recommencer ne serait plus jamais venue à personne.

Que si, par impossible, on eüt ajaté foi à cette étrange invention ; si, parine impossibilité bien plus évidente enore, tous les peuples se fussent mis à croreà | l'enfer, sur la parole du susdit philosphe, quel événement, je vous le demand! Le nom de l'inventeur, le siècle, le pas où il aurait vécu, eussent-ils pu ne ps être consignés dans l’histoire ? . J

S'IL Y EN A UN 21 | Or, rien de tout ce-la. Quelqu'un a-til | jamais été signalé comme ayant introduit | dans le monde cette doctrine effrayante, si | contraire aux passions les plus enracinées de l'esprit humain, du cœur, des sens ?

Donc l'enfer n’a pas été inventé.

| Il n’a pas été inventé, parce qu'il n’a as pu l'être. L’'éternité des peines de l'enfer est un dogme que la raison ne | peut compiendre; elle peut le connaître, mais non pas le comprendre, parce qu'il est au-dessus de la raison. Ce que l’homme ne peut comprendre, comment voulezvous qu’il ait pu l’inventer ?

C'est précisément parce que l'enfer, l'enfer éternel, ne peut être compris par Ja raison, que la raison s’insurge contre hi, dès qu’elle n’est point éclairée et relévée par les lumières surnaturelles de la foi. Comme nous le verrons plus loin, la raison crie à l'injustice, à la barbarie, et par conséquent à l’impossibilité.

Le dogme de l’enfer est ce que l'on ap- ‘pelle « une vérité innée, » c’est-à-dire une de ces lumières d’origine divine qui luit -en nous, malgré nous ; qui est au fond de ‘notre conscience, incrustée dans les profondeurs de notre âme, comme un diamant noir, qui brille d’un sombre éclat. Per- ‘sonne ne peut l’en arracher, parce que C’est Dieu rième qui l’a mis là. On peut couvrir ce diamant et ses sombres feux ;

L'an L'ENFER

on peut en détourner ses regards et l'oublier pour un temps; on peut le nier en paroles ; mais on y croit malgré soi, et la conscience ne cesse de le proclamer.

Les impies qui se moquent de l'enfer en ont, au fond, une peur terrible. Ceux qui disent qu’il est démontré pour eu qu’il n’y a point d'enfer, se mentent à eux-mêmes et mentent aux autres. C'est un vœu impie du cœur, plutôt qu’une négation raisonnée de l'esprit. Au dernier siècle, un de ces insolents écrivait à Voltaire qu’il avait découvért la preuve métaphysique de la non-existence de l'enfer : « Vous êtes bienheureux, lui répondit le vieux patriarche des incrédules ; moi, je suis loin d'en être là.»

Non, l’homme n'a pas inventé l'enfer.

Il ne l’a pas inventé, et il n’a pas pu linventer. Le dogme d’un enfer éternel de feu remonte à Dieu même. Il fait partie de cette grande révélation primitive qui est la base de la Religion et de la vie morale du genre humain. |

Donc. il y a un enfer.

| iL Y À UN ENFER :

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