‹ L'enfer: satire "dans le goût de Sancy"Chapitre 17 sur 20 · DU PAON ET DU COURTISAN · texte numérisé non relu

DU PAON ET DU COURTISAN

Quand le Paon met au vent son pennache pompeux, Il s'admire soy-mesme et se tient pour estrange. Le Courtisan, ravi de sa vaine louange.

Voudrait, comme le Paon^ estre parsemé d'yeux.

Tous deux sont mal fondés. Aussi, de tous les deux. Quand il faut s'esprouver, la vaine gloire change^ Comme le Paon^ miré dans son pennache d'ange^ En desdaiffnant ses piedSy devient moins glorieux.

Encore est nostre Paon au Courtisan semblable^ Que de la voix, sans plus^ Use monstre effroyable; Il descouvre l'ami qui le loge che\ lui)

Il est jaloux de tout, il est sujet aux rhumes.».

lis différent d'un poincty que Vun monstre ses plumes.

Et que Vautre est paré du pennage d' autrui,

P. 3, 1. II. Le feu roy Henri III. ... — « Le mardy 8 aoust (iSSg), le Roy, qui ne pouvoit plus tenir le siège devant Paris, faute d'argent et de munitions, le leva, et prit le prétexte de la conduite du corps du feu Roy à Coitipiègne, où il le laissa en depost à l'abbaye de Sainte-Corneille, son armée l'accompagnant comme pour honorer son convoy. » (L'Estoile), — 11 ne fut inhumé à Saint- Denis que le 23 juin i6io, juste huit jours avant qu'on y apportât les restes de son successeur. L'auteur de VEnfer s'est ici souvenu du sort du pilote Palinure, le premier qui s'offre aux regard d'Énée dans sa visite aux Enfers iJEn., VI. V. 374).

Tu Soygias inhumatus aquas amnemque severum Eumenidum aspicies, ripamve Injussus adibis?,..

P. 3, 1. 19. La despence d'un bal avec Monsieur d*0, ^ François, marquis d*0, avait été, avec Villequier, dont il était le gendre, un des mignons de Henri IIL II devint

grand-maître de sa garde-robe et surintendant des finances (1678), gouverneur de Paris et Ile-de-France. IVAubigné n'a eu garde d'oublier, dans ses Tragiques et dans la Confession de SançXi ^^ compagnon de plaisir de Henri III :

On nous faict voir encor un contract tout nouveau. Signé du sang de cTO^ son privé macquereau.

(TrAOIQUSS^ II, éd. JOUAUST, p. ICI.)

« Si je comptois les épousailles de Quélus, Tautre contract signé du sang du roi et du sang d*0, pour tesmoin^ par lequel il espousoit M. Le Grand (le grand écuyer, Roger de Bellegarde), etc. » {Sancy, chap. 7).

P. 3, 1. 33. Le conseiller de Turm. — Philibert de Thurin, conseiller en la grand'chambre du Parlement de Paris, tt grand justicier, » dit Tallemant des Réauz, c'est-à-dire juge très-honnête, mais aussi original fieffé, connu pour sa brutalité. Voir, dans UEstoile, la façon dont il reçoit et interroge le trésorier de l'épargne Puget, en mai 1607, lors de la recherche des financiers. D'Aubigné lui a fait l'honneur de le citer en belle compagnie dans ses Tragi^ ques, au livre III, lorsqu'il peint la Chicane et la Formalité « qui difforme tout » :

Erreur d'authorité qui, par normes énormes, Ote Vêtre à la chose ^ au contraire des formes. Qui la hait, qui la fuit, n'entend pas le Palais, Honorable reproche à ces doctes Mariais^ De Thouj Gillot, Thurin.,.

P. 4, 1. 7. Le médecin La Rivière. — Premier médecin du roi Henri IV. Cétoit un homme habile doublé d'un charlatan. Il est ainsi drapé par Sancy, en sa Confession (II, chap. 2) : « Je trouve La Rivière, premier médecin, de meilleure humeur que ces gens là. 11 est bon galiéniste et très-bon paracelsiste. Il dit que la doctrine de Galien est honorable, et non mesprisabie pour la pathologie, et profitable pour les boutiques. L'autre, pourvu que ce soit de vrais préceptes de Paracelse, est bonne à suivre pour la vérité, pour la subtilité, pour l'espargne ; en somme pour la thérapeutique. Partant, il fait de son âme comme de

son corps : estant Romain pour le profit, et Huguenot pour la guérison de son flme. »

P. 4, 1. 8. Le petit Marescot. — Médecin par quartier du roi. Il était d'un caractère remuant, et déploya un grand zèle professionnel dans l'affaire d'une possédée, nommée Marthe Brossier, qu'on avait amenée de Loches à Paris en 1599.

P. 5, 1. 6. Lapauvre Bastille ayant fait un gros pet qui, à Vespagnolle, après son premier esclat, s'est tournée enfumée. — La question de la principauté de Sedan, c'est-à-dire du refus du duc de Bouillon de se soumettre à l'autorité du roi, s'étant envenimée^ Sully avait décidé Henri IV à commencer des préparatifs de guerre et à mettre en marche, en mars 1606, une armée de vingt-cinq mille hommes, avec cinquante pièces de canon. Gomme on approchait de Sedan, le duc de Bouillon parlementa et un traité fut conclu le 2 avril. — Le trait a à l'espagnoUe » est bien de ce moment où L'Estoile note que, a pour ce qui est contre l'Espagnol, tout est bon et de mise à Paris, comme estoient il y a quelque temps les livrets qu'on faisoit contre les Huguenots, quelque sots et maussades qu'ils fussent ».

P. 5, 1. 9. Çavoit esté de l'invention du sage Alquife, — Le sage Alquife, enchanteur puissant, personnage des suites de VAmadis, cité dans Don Quichotte, sert ici apparemment pour désigner le roi Henri IV, comme dans Malherbe Alcandre^ et dans la satire de Louise de Conti le Grand Alcandre.

P. 5, 1. II. La postérité de Périon et Gaule. — Le texte est fautif, lisez de Gaule. — Périon, roi fabuleux de Gaule (ou plutôt Galle) est le père du célèbre héros du roman de chtYaitnt Amadis de Gaule, qui était alors encore en vogue. On lit dans L'Estoile (au 24 sept. 1608): a La bible du Roy, Amadis de Gaule, ce (disent les médisans) qu'il se faict lire pour s'endormir, par Du Laurens, son premier médecin. » — a On tient que ceste subjection a avancé les jours de Du Laurens^ par les veilles qu'il luy falloit souffrir près le Roy, lequel, quand il ne pouvoit reposer, envoyoit quérir le dit Du Laurens pour luy venir lire, et le faisoit souvent relever en plein minuict. » (VEstoile^ au 3o sept. 1609). — VAstrée de d'Urfé ne vint détrôner V Amadis que vers 1609. Bassompierre raconte dans ses

Mémoires, à cette date» que Henri IV, ne pouvant dormir, tourmenté à la fois par son amour pour Mil^ de Montmorency et par la goutte, se faisoit lire la nuit, par lui (Bassompierre), par Bellegarde et Grammont, qui se relayaient pour cela, le livre d'Astrée^ qui lors étoit en vogue. (De Loménie. Du roman en France. Revue des Deux-MondeSy i«' déc. 1857).^ Une découverte récente a fait enfin connaître avec certitude la date de la première édition de VAstrée^ laquelle est de 1607. [Mém. de Bassompierre, publ. par le marquis de Cbantérac. Paris. 1870, page 397.)

P. 5, 1. 16. L'Amadis la phrase un peufrançoisei

— Avec Calvin, dont V Institution chrestienne est de i535, Herbelay des Essarts, traducteur et amplificateur de lAmadis, dont la première édition parut en 1540, commença à donner à notre langue deux qualités qui lui manquaient encore totalement : le nombre de la période, le choix des mots, c'est-à-dire d'une part l'harmonie, de l'autre l'abondance, l'élégance, la variété. {La Bibliothèque de don Qui" chotte: Amadis de Gaule» par Alph. Pages, 1868, in- 16).

P. 5, 1. i5. Ce prédicateur de Saint-Médéric,^ Il s'agit vraisemblablement des fameuses prédications faites avec fracas, par le beau parleur Du Perron, dans l'hiver de 1596, a lorsque M. le Convertisseur prit la peine de venir prescher et pescher à St-Merry, à la barbe du peuple, là où il prend des grenouilles en dormant, là il presche à diacre et sous-diacre ; son frère et quelques autres de ses apostres, ont un banc chargé de beaux livres devant sa chaire. Ils les ouvrent à la citation des passages, ils les ferment le plus fort qu'ils peuvent, pour resveiller l'assistance; mais tant est douce la polylogie de ce personnage, que la plus part y dorment trois heures, et, comme à la pescherie, y gaignent force rheumes. En quoi la faculté de Théologie apporte des commodités nouvelles à la faculté de Médecine ». (Confession de Sancy, I, ch. 9.) Il s'agissait alors de « déconfire » Tilenus, comme plus tard Du Plessis Mornay. (Voir aussi L'Estoile, juin 1597.)— « M. d'Avoye lui dit (à Du Perron): « Il me souvient que vous preschâtes a à St-Merry. MM. Marion et Arnauid vous furent ouïr, tt M. Marion dit en sortant : Ce n'est pas un homme qui « presche, c'est un ange. » [Perroniana). Aussi Du Perron, répliquc-t-il qu'il a fait à Marion une belle épitaphe, lorsqu'étant à Rome, il a appris sa mort.

P. 7,1. i5. Quelque Rodomont. — Personnage du Roland furieux de l'Ârioste, dont le nom est resté synonyme de fanfaron, et a produit le mot, fort en vogue alors, de rodomontades, pour signifier vanteries de brayache, menaces de fanfaron.

P. 6, 1. 12. De la part du président Jeannin à M. de Guise. — Le président Jeannin avait servi la Ligue. Après la mort du duc de Guise, il s'était donné au duc de Mayenne. Il voulut, du reste, quand la Ligue eut succombé, se retirer loyalement en Bourgogne. C'est Henri IV qui, appréciant son mérite et sachant les services quMl pouvait tirer de lui, l'appela et le retint.

P. 6, 1. 9. Tous les tués au siège de Sedan. — Les gens que vous tue\ se portent asseï bien, dira plus tard le Cliton du Menteur de Corneille (acte IV, se. 11).

P. 7, 1. i5. M. de la Varenne. — Guillaume Fouquet. de piqueur de viandes des cuisines de Madame, devenu marquis de la Varenne gros comme le bras, par la faveur motivée de Gabrielle d'Estrées, était alors contrôleur général des postes et gouverneur de La Flèche, où l'on sait qu^il servit les Jésuites de tout son crédit auprès du roi. Son nom se prononçait La Varanne, suivant le vicieux accent du peuple de Paris, dit Le Duchat. LEstoile l'écrit semblablement.

P. 8, 1. 7. La Chambre Dorée» — La grand'chambre du Parlement, au III» livre des Tragiques:

Encor fallut-il voir cette Chambre Dorée, De justice jadis, d*or maintenant parée^ Par donSy non par raison : là se voit décider La force f el non le droit; là voit-on présider Sur un throsne eslevé V Injustice impudente. . .

P. 8, 1. 1 2 et 20. Le mareschal de Biron en une prison

nommée St-PauL — Biron ayant été amené de Fontainebleau à la Bastille, le 12 juin 1602, son procès fut instruit du i3 au 28 juillet, et le 29 il fut condamné à mort. Le lendemain matin, le chancelier de Bellièvre étant allé, avec le garde des sceaux, à la Bastille pour la notification et l'exécution de l'arrêt, le maréchal ne put se maîtriser et « se dé-

borda^ dit le Supplément à L'Estoile, en injures contre M, le chancelier, rappelant injuste, sans foi, sans loi, statue, image plâtrée, grand nez, qui Tayait condamné iniquement, sans aucune raison, étant innocent et nullement coupable ; qu'il Tajournait à comparaître devant Dieu dans Tan et jour. Et cependant il marchait à grands pas par la chambre, ayant le visage conturbé et affreux . » Quand le moment suprême fut arrivé, il montra aussi beaucoup d'irritation et d'emportement contre le bourreau. Enfin, celui-ci fit son œuvre et la tète fut tranchée d'un coup. Elle tomba à terre, d^où elle fut ramassée et mise dans un linceul blanc avec le corps, qui, le soir même, fut enterré à Saint-Paul. Sur lequel lieu on sema le suivant quatrain :

Biron aimait tant les gens d'armes Qu*avant qu*on eut coupé son col, Il donna son corps à Saint-Pol, Lequel avoit chéri les armes,

P. 8, 1. 20. Rhadamante escrit au chancelier quHl peut mourir. — On vient de voir quelles raisons avait le chancelier de Bellièvre pour ne pas souhaiter de se trouver nez à nez en Tautre monde avec le maréchal de Biron. Sa mort est du 9 sept. 1607.

P. 9, 1. 7. Des estoffes pour des calçons aux dames de Paris. — Je trouve la date précise de l'introduction de cette mode dans une petite pièce de vers : La mode qui court au temps présent (à Rouen, 1604, de l'imprimerie de Jean Petit) :

Pour les Dames et Damoiselles Sont cent mille Modes nouvelles :

PignouerSy tabliers, calessons, Coiffures de cinq cens façons.,.

On comprend que cette mode soit venue à une époque où les femmes, par Tampleur de leurs vertugadins, ressemblaient à des cloches, mais à des cloches ouvertes par le dessous à tous les vents coulis. Les peignoirs (pignouers) avaient bien aussi leur raison d'être, quand il leur conve-^ nait de mettre bas ces carapaces.

P. 9, 1. i5. Ne chevauche jamais que guilledins d'Angle-

terre, ^ Cest Tancien nom d'un cheyal anglais qui va l*amble {JLittré), Bassompierre parle en ses Mémoires (août 1608) de ces cheyauz d'Angleterre que Quinterot avait amenés en France plus d'un an auparavant, qui ont depuis esté cause que l'on s*est servi de chevaux anglais, tant pour la chasse que pour aller par pays, ce qui ne s'u- . soit point auparavant. »

P. 10, 1, i,Les chevaux d^Espagne, — On appelait ge^ nets les chevaux de ce pays. Ils étaient de petite taille, mais bien proportionnés. {Littré.)

P. i2r^ 1. 8. La contemplation,,, des jugements, des peinés,.. — Discite Justitiam, moniti.,, {Enéide^ IV, v. 820.)

P. 12, 1. 22. Pour séparer cette folle jeunesse^ quejejugeay bien du premier coup estre françoise, — Au premier livre de ses Tragiques, intitulé Misères, d'Aubigné s'élève avec force contre la fureur des duels qui décimait la noblesse :

Folle race de ceux qui^ pour quelque vaisselle,.,. Sefaisoient égorger au profit des parents...

On débat dans le pré les contrats, les cédules; Nos Jeunes conseillers y descendent des mules.,. Depuis que telles lois sur nous sont establies, A ce jeu ont volé plus de cent mille vies,,, t

Chacun combat à part, et tous en gros périssent.

(• Un mien ami me dit ce jour (dimanche, 18 mars 1607) avoir entendu dire de M. de Loménie, que depuis Tavénement du roy à la couronne, on falsoit compte de quatre mille gentilshommes tués en ces misérables duels en France, et que c'estoit chose qui avoit esté assurée à Sa Majesté pour véritable. » — Ce jour (7 mars 1609), se battirent en duel, hors la porte St-Antoine, six gentilshommes, trois contre trois, desquels un des plus braves demeura mort sur la place, les autres blessés ; et y en eust ce mesme jour encore un autre au Pré-aux-Clcrcs. — Le mercredi i3 (mars 1609], se battirent en duel, au Pré-aux-Clercs, messieurs de Guitri et Fleuri (Guitri, huguenot, Fleuri, catholique); tous deux aussi bon chrestiens Tun que l'autre. Guitri demeura fort blessé, en danger, ainsi qu'on disoit, de mort; Fleuri blessé aussi, mais légèrement.... « Le

samedi 37 fmars 1609) fut publié au parlement l*édit du roy sur la prohibition et punition des querelles et duels : édit yraiement chrestien, et de tant plus remarquable et rare, que nous n'en avons plus guère entre nous que le nom ; au reste très nécessaire, plein d'équité et de justice, et qui bannit un monstre, lequel depuis yingt ans a dévoré et fait mourir en France de sept à huict mille gentilshommes : car il se yérifiera, par les registres des chancelleries seulement, que depuis l'avènement de nostre roy à la couronne, jusques à la fin de l'an passé (1608), en ont esté scellées et expédiées sept mille grftces. » (L Estoilc^ •— Voir aussi sur les duels et leur répression, le chap. iz, livre I*', des Aventures du baron de Fœneste.

P. 13, 1. 26. Cestoit le jeune comte de Laval. ^Guy de Coligny, comte de Laval, né le 6 mai i585, élevé à Sedan, conformément aux dernières volontés de son père Guy-Paul de Chastillon , le fils aîné de François d'Andelot, frère de Tamiral Coligny. C'était un gentilhomme instruit et plein de vaillance. Circonvenu par les jésuites, il abjura en 1604. Cet événement désappointa les huguenots et fit grand bruit. On va l'entendre exposer lui-même les circonstances et les motifs de sa conversion. — a En ce mois (avril i6o5), dit L'Estoile, se présentèrent deux amples sujets pour exercer les plumes et langues des curieux et médisans de ce siècle, à sçavoir le rasement de la pyramide (élevée en mémoire du parricide de Jean Chastel),qui se devoit faire incontinent en faveur des jésuites; Tautre, la nouvelle catholicité de M. de Laval. A quoi les uns et les autres ne s'espargnoient, et en publièrent force escrits et discours, mais avec peu de fruit, estant bien mal aisé de tirer d'une passion une vérité. » — Il fut tué Tannée suivante (3o décembre i6o5), en Hongrie, à la tête des troupes dont r Empereur lui avait confié le commandement. En lui s'éteignit la branche d'Andelot. — a Peu auparavant, Sa Majesté avoit eu advis de la mort de M. de Laval, tué en Hongrie , jeune seigneur fort accompli , riche de plus de cent mille livres de rente, et de celle de son gouverneur^ M. de Gerges du Faur, duquel M. de Rosni eut la dépouille. » {Suppl. à VE$toile,^n déc. i6o5).

P. 13, 1. 37- Contre le Jils de M. Du Plessis» — On lit dans le Supplément k UEstoile, au mois de novembre i6o5 : '< Vinrent aussi les nouvelles de la mort de M. de Bauves, tué en une rencontre des Pays-Bas. Il estoit fils de M. Du

Plessis-Mornay^ gentilhomme autant accompli et regrettable qu'il y ait eu en France il y a longtemps, tant pour la probité et doctrine que pour la valeur, dont le Roi rendit tesmoignage de sa propre bouche, lorsqu'on lui en apporta les nouvelles.» — Philippe de Mornay, sieur de Bauyes(ou Boyes), était né le 20 juillet 1679 ; il était donc figé de vingtsix ans quand il fut tué à l'attaque de Gueldre, dirigée par le prince Maurice. Cette mort fut vivement sentie; elle accabla le malheureux père, qui, en l'apprenant, s'écria : a J'ai perdu mon fils, donc j'ai perdu ma femme. » Madame Du Plessis-Momay tomba, en effet, en langueur et mourut au bout de quelques mois (i5 mai 1606). Lorsqu'elle avait pu recouvrer la parole, après avoir reçu la nouvelle de la mort de son fils, elle avait dit : « La volonté de Dieu soit faite! Nous le pouvions perdre en un duel, et lors quelle consolation en eussions-nous pu prendre? »

En efifet, à son arrivée à Paris, en janvier i6o5, « un gentilhomme périgourdin nommé La Martonie, despité d'avoir été poursuivi par M. Du Plessis et d'avoir perdu son procès, avoit appelé en duel M. de Bauves, qui, selon l'erreur de la noblesse françoise, ne s'y portoitque trop franchement. Le Roi en ayant pris connoissance, et considérant Tabsurdité de faire appeler le fils au combat pour avoir poursuivi son bien en justice, fit mettre La Martonie en prison au Four-l'Evesque, et ne parioit de rien moins que de lui faire couper la teste; laissa, au contraire, M. de Bauves pour estre gardé en son logis, et peu de jours après luy osta ses gardes. Là, il fut visité de toute l'eslite de la cour, d'une et d'autre religion , comme si cet accident se fût rencontré exprès pour faire voir à tous combien sa vertu en cette jeunesse estoit déjà reconnue. "La fin fut que, quelques mois après, à la prière du duc d'Aiguillon, le Roi accorda la vie et la liberté à sa partie, à condition d'aller expier sa faute deux ans durant en la guerre de Hongrie. Il fut remarqué néanmoins par les plus clairvoyans, et cela affligeoit M. Du Plessis que son fils avoit esté mis en liberté sans finir la querelle, contre toute coustume, pour lui laisser en sa maison cette espine. n {La Vie de M. Du Plessis, par David De Licques. Leyde, Elsevier, in-40, 1647.)

P. i5, l. j et 9. Demandez-en des nouvelles au pauvre

Nantouillet Les bottes du comte de Saulx, ^ « Le di-

manche^ premier de ce mois (février 1609), mourut à Paris

le comte de Saulz, meurtrier du feu baron de Nantouillet, tenu pour un des gallans seigneurs de la cour, et qui mourut aussi d'une gallanterie, ainsi qu'on disoit, à sçavoir d'un excès fait avec une femme, qui est le trait d'un yrai et parfait courtisan... » {VEstoilé). — On lit dans les Mémoires de Bassompierre : « Nous commençâmes l'année 1606 par la foire de Saint-Germain, où Créquy eut quelques paroles avec Haraucourt, et ensuite avec le marquis de Cœuyres (février) dont la querelle dura longtemps, et fut cause de celle du comte de Saulz et de Nantouillet, qui donna la mort à ce dernier. » (Michel Antoine Du Prat, baron de Nantouillet, tué en duel par le comte de Saulz, le 12 mars 1606. L'Èstoilé)*

P. i5. 1. 20. Monsieur de Baummes. — Le manuscrit portait d'abord M. de Beau»ais ; ce nom a été biffé et remplacé par celui de Baummes. Mais c'est encore une mauvaise lecture du vrai nom du fils de Du Plessis-Mornay, qu'on appelait M. de Bauves (ou de Boves)^ comme on l'a vu ci-dessus, p. 84, à la note qui le concerne. Il faut faire partout ici cette correction, et ci-après à la page 53.

P. 17, 1. II. Ce livret, qu* il intitule ses Larmts, — Il

venait de paraître sous ce titre : Les Larmes de Philippe

de Mornay sur la mort de son fils unique {en latin et en

firançois), avec des Méditations sur Prov. lll, 11-12. Sau-

mur, par Th. Portau, 1609, in-12.

P. 16, 1. 19. Madame la mareschalle ma mère, — Anne d'Alègre, veuve de Guy de Coligny, comte de Laval, qu'elle avait épousé en i583, s'était remariée à Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, seigneur de Fervaques, maréchal de France. Elle était de la religion, comme M. de Laval va lui-même le rappeler, et il ne paraît pas qu'elle se soit convertie.

P. 16, 1. 24. De peur que messieurs de Vitré ne V entendissent. — C'est-à-dire messieurs de l'Église réformée de Vitré. Le synode national de i583 s'était tenu à Vitré, en Bretagne, au château du seigneur de Laval. L'abjuration du comte de Laval avait dû molester singulièrement les réformés de Vitré, et les Requiescat in pace marmottés par &a mère étaient de nature à leur porter ombrage.

P. 16, 1. 25. La Consolation que Nervè\e afaiet impri-

mer.— Je n*ai pu retrouver cette pièce qu*à la bibliothèque de TArsenal, où elle est enfouie dans un recueil non catalogué. Elle est intitulée: Lettre consolatoire à madame U mareschale de Fervaques, sur la mort de monsieur le comte de Laval, son fils, tué en la guerre de Hongrie» A Paris, chez Anthoine du Brueil, tenant sa boutique sur les degrez de la sale du Palais. i6o6 (22 p. in-i6). — Cette lettre est en prose, et le sujet, qui ne pouvait échappera la banalité, y est traité avec une certaine élévation de sentiments et en assez bons termes. Elle n'est donc, en réalité, ni plus mauvaise ni meilleure que tant d'autres du même genre. EUeest suiviedeS/ancesàla mémoire du défunt, au nombre de quinze, de six vers chaque. La derrière finit ainsi :

Lavait vis donc heureux dans V empire des anges.,. Si la Parque teprint au plus beau de ton âge Tu fis un grand profit parmi ce grand dommage^ « Car qui meurt pour le ciel vit éternellement. »

Les deux pièces sont signées De Nervè^e. —r Anthoine de Nervèze est Tauteur du temps qui a sans doute le plus produit de ces pièces de circonstance, en vers et en prose, qu'on « criait par les rues et devant le palais ». L'Estoile (qui fait rimer le nom de Nerve\e avec/aie^e) en acheta plusieurs, comme CQllectionneur (16 nov. 1609, une Consolation à M. de Saint-Luc j etc.; i5 mai 161 1, V Anniversaire du roy). — Les Consolations, ou Lettres consolatoires, étaient alors des condoléances en usage; Nervèze, entre autres, en faisait métier.

P. 17, 1. 18. Le père Claude Mathieu est le capitaine, — Supérieur des Jésuites de la province de France, ce père était appelé le Courrier de la Ligue. « On lui donnoit ce titre, dit L'Estoile, parce qu'il a escrit ce qui se passoit à Rome et en France au sujet de la Ligue. » (Sept. iSçi.) Arnauld, dans son célèbre plaidoyer pour l'Université, dit que Claude Mathieu avait été chargé de porter au roi d'Espagne la lettre que les Seize lui écrivirent le 20 septembre 1591.

P. i8, 1. 5. Plustôt entre les mains du cardinal Évreux, et fût-ce à Fontainebleau..,. — Lisez cardinal d' Évreux, — La piété filiale de M. de Bauves ne pouvait avoir rien plus en horreur que la conférence de Fontainebleau, véritable

guet-apens' où Du Plessis-Mornay avait donné, tête baissée, à son grand dam, pour Tunique plaisir et profit du roi et du cardinal Du Perron, son compère.

P. i8, 1. 17. Quelque tableau dissimulé qu^on appelle énigme, dont les Jésuites sont prestres passés, — Occupati o n digne, en effet, des Jésuites, qui étaient, comme on sait, passés mattres dans ces sortes d'amusettes, ou^ comme dit L'Estoile, d'amuse-badauds, fadèzes et balivernes.

P. 18, 1. 22, et p. 19, 1. 2. Un des avocats généraux d'Enfer.». M. Marion... — Simon Marion, de Nevers, avocat général au Parlement de Paris, après avoir brillé longtemps comme avocat, notamment dans son quinzième et dernier plaidoyer contre les Jésuites; aimé de HenrilV, qui dit néanmoins de lui ce mot plaisant, que « certes il avait des lettres, mais moins bien arrangées que celles du messager de Poictiers ». Dans sa plaidoirie pour un avocat à qui un procureur avait déchiré l'oreille, il fit le catalogue de toutes les oreilles déchirées, depuis celles de Malchus. Ces étalages d'érudition oiseuse étaient d'ailleurs dans le goût du temps. Marion faisait l'admiration de Du Perron, — et réciproquement (Perroniana). — « Le mardi i5 (février i6o5) fut mis en terre à Paris l'avocat du roy Marion, homme accort, fin, subtil, desguisé, et qui est mort en réputation d'un des premiers hommes du Palais, des plus habiles et des mieux disans (plus éloquens que pieux, dit quelqu'un ] dont le jugement appartient à Dieu, et non aux hommes. » {SuppL à L'Estoile.) Sa fille Catherine avait épousé, en i585, Ant. Arnauld, le grand ennemi des Jésuites, qu'elle rendit père de vingt enfants.

P. 19, 1. 9. Tout de mesme qu*en France oit les estais se multiplient et la vertu s*accourcist„.. — C'est la plaie et la plainte invétérée: l'ancien et le moderne fonctionarisme. Voir à ce sujet tous ceux qui, depuis le XVI® siècle, ont pensé et écrit avec indépendance et clairvoyance , notamment d'Aubigné et L'Estoile.

P. 20, 1, 2 (p. 21, 1. 20, et p. 40, 1. 9). Père Cotton,qui avoit forcé une fille et le diable qui estoit dedans à luy conter beaucoup de nouvelles qui scandalisoient fort, . . . — « Le grimoire du père Cotton fut mis en ce temps (sept. 1 6o5) sur les rangs à Paris, où il servoit de devis et entretien ordinaire aux compagnies. C'estoit un écrit de sa main,

qui tomba par mégarde entre les mains de quelqu'un qui ne Taimoit pas, ni ceux de sa société, et en fit courir des copies par tout. Il contenoit 71 demandes par articles, qui s'adressoient à quelque démon ou grimoire; et y en avoit de fort plaisans ... 1» (SuppL à VEstoile.) -* On voit par les Mémoires de Sully que le fait remontait à deux ans auparavant. En i6o5, on aToit amené à St-Victor, pour y être exorcisée (comme Marthe Brossier en 1599), une fille de Gerbigny, près d'Amiens, nommée Adrienne du Fresnes, et le père Cotton, tenté du démon, avait emprunté au conseiller Gillot un trai\é de sciences occultes afin de se préparer à Texorcisme et de le bien exploiter. Il avait dressé une liste de questions « qui scandalisèrent fort » lorsqu'elles vinrent à être connues, grâce à l'oubli fait par lui de son papier compromettant, dans le livre que Gillot lui avait prêté. Parmi les questions du père Cotton, il y en avait de pure curiosité jésuitique, oiseuses et fort plaisantes, comme dit le Suppl. à LEstoile ; d'autres fort indiscrètes et suspectes, telles que celles « sur la santé du roy » et a le temps que le roy a encore à vivre » ; d'autres enfin concernant les hérétiques : a Tout ce qui touche de Laval .... Ce qu'il faut que je sache touchant le roi et M. de Rosny.... Ce qui est touchant Lesdiguières et sa conversion. .. . etc., etc. » — Cette affaire fit grand bruit. De l'aveu du père d'Orléans, biographe du père Cotton, on ne parla plus que de cela à Paris. La chose était d'ailleurs indéniable : l'original avait été remis par GillotàSuUy. (Voir notre ouvrage sur Daniel Charnier \ Paris, i858, in-8, p. 294. » ?

Ne dirait-on pas que d'Aubigné songeait à cette aventure lorsque, dans son Baron de Fœnesie (chap. xii du liv. II), il fait dire à Enay, à propos d'un contrat fait par Cayer avec le diable : « J'ai veu entre les mains de monsieur Gillot la pièce originaire » ?

P* 20, 1. 20. La pyramide du Palais et une autre joignant Veschelle du Temple. — En mémoire de l'attentat de Jean Chastel, écolier des Jésuites au collège de Clermont (janv. iSgS), une pyramide avait été élevée devant la grande porte du Palais» au coin de la rue de la Draperie, sur l'emplacement de la maison démolie du père dudit Chastel. qui était drapier ; elle portait sur ses quatre faces l'arrêt ae condamnation du parricide et diverses inscriptions flétrissantes pour les Jésuites. Dès qu'ils eurent obtenu

leur rétablissement (fin i6o3), ils ne cessèrent de solUcîter, par Tentremise de La Varenne et du père Cotton, la démolition de cette pyramide. Le roi finit par la leur accor. der, malgré le Parlement^et elle fut exécutée en mai i6o5. On appelait l'eschelle du Temple une échelle, ou marque de haute justice^ qui se trouvait au coin de la rue du Temple et de celle des Vieilles-Haudriettes. Il y en avait aussi plusieurs autres dans Paris. C'est celle qui subsista le plus longtemps. On en voyait encore un dernier échelon vers le milieu du dix-huitième siècle.

P. 20, 1. 22. Les dettes de M. de Beâumoiif. —Christophe de Harlay, comte de Beaumont, fils du premier président Achille de Harlay et petit-fils de Christophe de Thou. Il fut ambassadeur en Angleterre de 1602 à 1607, et mourut en 161 2. — On voit par une lettre de Henri IV du 9 oct. i6o5 qu'il pouvait rendre de bons services aux pères jésuites, à charge de revanche. — L'Estoile mentionne (au 21 juin 1607) des vers sur la disgrâce du comte de Beaumont, à cause de La Haye^ favorite de Sa Majesté. — La a ferveur de M. le président, son père, pour la Compagnie » semble ici une piquante ironie, car c'est lui qui, en i6o3, fit au nom de sa propre compagnie les plus vives remoqtrances au roi contre le rétablissement des jésuites.

P. 23, 1, 2. Qtt'à la première pluye, comme le temps se brouillera t Montauban montera ici, — (Il faut rétablir ainsi cette phrase). — a Le mardi (3i mars 1604) fut reçu parla Chambre des comptes le trésorier Montauban, receveur de la ville, tailleur de son premier métier, dont on disoit que nostre recette étoit assignée sur la pointe d'une éguille. Il fut reçu à certain tems et par commission seulement, c'est-à-dire tant qu'il plairoit au roy. » ^ a Ce jour (19 déc. 1608), le trésorier Montauban, se sentant un peu pressé chez lui d'un grand nombre de gens de toutes qualités qui s'y estoient assemblez pour avoir de l'argent, les renvoyant rudement, les appela gueuzailles (se souvenant possible de son premier mestier), dont on commença à crier : Aux ciseaux ! au lieu qu'on devoit, dirent quelques uns, crier: A la voirie! pour l'y traîner comme un gueux qu'il estoit premièrement, riche aujourd'hui de trois à quatre cens mille escus, de la substance et sang du peuple. » — Au 17 juillet 1^09, lors de l'arrestation du partisan Largentier, u qui contrefaisolt le prince à Paris »

et « ayoit menasse souTent Montauban de le faire pendre, l'appelant petit maraud et larron », L'Estoile le nomme Moisset, dit Montauban, Il aurait pu citer à ce sujet les deux Ters de Régnier, dont, le 26 janyier 1609, il ayait justement acheté les Satires^ qui Tenaient alors de paraître :

Corsaires à corsaires, Vun Vautre s*attaquanty ne /ont pas leurs affaires.

P. 21, 1. I, (et p. 23, 1. 18). Vingt coups de discipline de M. Varchevesque de Sens. — a En ce mois de sept. 1606, mourut M. de Bourges qu'on appeloit M. de Sens, aagé de 79 ans. Fut enterré à Nostre-Dame sans pompe ne cerimonie. Prélat doué de grftces de Dieu, desquelles il en a bien usé ou abusé: le jugement en est à celui devant le throsne duquel il a comparu, comme nous comparaistrons tous. » {VEstoile,) — La Bibliothèque Montpensier lui prête (no i3) : a Lart de ne point croire en Dieut par M. de Bourges ».

P. 22, 1. 6. Frère Jacques Clément. — Le religieux de Tordre de Saint-Dominique qui assassina Henri III, à Saint-Cloud, le i«r septembre 1589. Il s*étaitfait prendre par les gardes avancées du camp royal et avait été conduit au procureur général, à qui il déclara qu'il était porteur de lettres pour le roi et ne pouvait les remettre qu'à lui.

P. 22, 1. 8 (et p. 5i, 1. 23). M. de la Guesle, — Jacques de La Guesle, né à Paris en iSSy, mort en 161 2. — « Roquelaure, en venant changer les gardes, conta aux compagnons comment le roi venoit de recevoir un coup de couteau dans le petit ventre (bas-ventre) des mains d'un jacobin qui lui avoit esté présenté par La Guesle, procureur général.... Lequel, troublé de desplaisir pour se voir instrument d'une chose tant à contre-cœur, donna de son espée à travers le corps du jacobin et le tua de ce coup seul .... Le coup de La Guesle fut subject à beaucoup d'interprétation et de blasmes, pour le moins justes en cela qu'un procureur général en devoit savoir l'importance et contenir ses mains. » (D'Aubigné, Hist.^ I (1, 181 .) -^ Lors de l'attentat de Jean Chastel, Henri IV ne put s'empêcher de rappeler ce fait à La Guesle. a Quant au procureur général, auquel on en vouloit comme fauteur des Jésuites, le roy lui dit, sur ce qu'il s'excusoit à Sa Majesté

que sans y penser U ayoit esté d'ayis à la v€rité de les laisser à Paris, ne pensant pas que leur demeure y deust causer un tel inconvénient : « Voilà que c'est» monsieur le procureur! Vous fustes cause de la mort du roy mon frère sans y penser ; vous l'avez cuidé estre de la mienne tout de mesme. » {VÈstoile, 27 déc. 169 5.)

P. 24, 1. 19. Mon antagoniste M. de Rohan, — Madame, sœur du roi, avait eu en 1697 Tidée de marier M. de Rohan à la fille de Rosny, Marguerite de Béthune ; puis M. et Mn*« de Fervaques avaient demandé en i6o3 sa main pour M. de Laval, leur fils; et le roi, alors mécontent de Rohan, favorisa d*abord cette demande ; mais il changea d'avis, et le mariage avec Rohan fut décidé et célébré en i6o5. « Le dimanche i3 février, M. de Rohan épousa à Ablon la fille de M. de Rosni. Estant mariée, on lui mit aussitôt, audit Ablon, la couronne ducale sur la teste et lui bailla lors le manteau ducal ; et fut en ceste équipage conduite à Paris par un bon nombre de seigneurs et gentilshommes, à qui M. de Rosni avoit donné à diner audit chasteau d'A> blon. » (Suppl. à UEstoile.) ~ C'est à Ablon qu'était alors le temple des réformés de Paris.

P. 24, 1. 21. Les escus de son beau-père. -^ On sait que le bonhomme Sully, tout en soignant les intérêts du roi et de rÉtat, n'avait nullement négligé les siens propres. Il ne s'était pas lassé de demander au roi, lequel ne s'était pas lassé de lui donner. L'Estoile transcrit (au 23 janv. 1610) la kyrielle de ses titres et seigneuries, qui faisait alors jaser sur son compte.

P. 24, l. 26. Deux moitiés d'une grègue. — Haut-dechausses à la grecque (grœca), dont l'introduction en France commença au 'XVI« siècle.

P. 26, 1. I. C*est le père Cotton qui m'a appris ce terme de théologie (secondairement). — > Quarante-six ans plus tard, Tauteur des Provinciales apprendra des successeurs du père Cotton d'autres termes, tels que ceux de grâce suffisante, de grâce actuelle ^ de pouvoir prochain... qu'il leur fera payer cher.

P. 26, 1. 5. Quand Colas auroit dix mille vaches ^ il n'y en auroit pas as5s\. .. — a Le samedi 10 sept. i6o5, on trompetta des défenses par la ville de Paris de plus chanter

par les rues la chanson de Colas; et ce, sur peine de la hart... Geste chanson avoit esté bastie contre les huguenots par un tas de faquins séditieux, sur le sujet d*une vache qu^on disoit estre entrée dans un de leurs temples, près Chartres ou Orléans, pendant qu'on y faisoit le prèsche ; et qu'ayant tué ladite vache qui appartenoit à un pauvre homme, ils avoient après fait quêter pour la lui payer. Or, à Paris et par toutes les villes de France, on avoit la teste rompue de ceste chanson, laquelle grands et petits chantoient à Tenvi d'un de l'autre, en dépit des huguenots. Et estoit déjà passé en commun proverbe, quand on vouloit désigner un huguenot, de dire : C*est la vache à Colas, d'où provenoit une infinité de querelles et batteries, ceux de la religion s'en formalisant fort et ferme, et estant aussi peu endurans que les autres, qui s'en fussent servis volontiers à faire une sédition, à l'instigation de quelques gens de plus grande qualité qui les y poussoient sous main, et faisant semblant d'esteindre le feu l'allumoient. Cela fut cause des deffenses si estroites que l'on en fit, et aussi que le jour de devant il y en eut près des Cordeliers un qui la chantoit, qui en fut payé d'un coup d'espée par un de la religion, archer des gardes de M. de la Force, qui i'estendit mort sur le pavé, n {Suppl. à VEstoile.)

P. 27, 1. 26. Quel astre pur et sanctifié a si bien establi la Société aux bonnes grâces du Roy? , .. — Allusion au marquis de La Varenne, entre autres, (Voir notes ci-dessus, p. 80 et ci-après, p. 98).

P. 28,1. 20 (et p. 29, 1. 1 1 et 17). Leur collège de Clermont en un bout de la ville, et leur Sainct-Louys en Vautre. — Saint Ignace ayant, en habile homme, recommandé aux siens de s'emparer de l'éducation de la jeunesse, la compagnie de Jésus travailla tout à la fois, sous Henri II (i55o), à se faire recevoir en France et à établir un premier collège à Paris. Ce fut celui de Clermont, fondé par Guill. Duprat, évoque de Clermont, et inauguré en 1564., dans larue Saint- Jacques, plus tard appelé par eux-mêmes collège de Louisle-Grand. Il allait recevoir un grand développement par la faveur de Henri IV lorsque ce monarque périt assassiné. L'Estoilc dit (sept. 1609) que a ces bons pères continuent les grands et beaux bastimens qu'ils font dans le collège de Clermont, et ce par les bienfaits du roi, qui

leur rend le bien pour le m«l. » Un des premiers soins de la régente fut de donner toute satisfaction aux révérends, pères. Dès le mois d'août 1610, trois mois après l'assassinat du roi, ils recevaient des lettres patentes pour l'ouverture de leur collège. — Le cardinal de Bourbon dont les jésuites avaient su capter la faveur, leur acheta en i58o Thôtel de la Rochepot, rue Saint-Antoine, pour y établir la maison professe de leur ordre. Ils y élevèrent aussitôt une chapelle sous le vocable de saint Louis. Bannis, après l'attentat de Jean Chastel, par arrêt du 7 janvier iSqS, ils quittèrent Paris le 8, et n'obtinrent qu'en i6o3 des lettres de rappel qui ne furent enregistrées qu'en 1604. Enfin ils furent remis en possession de leur maison professe en janvier 1606. — On l'appelait aussi leur maison de Saint-Louis. (Voir UEstoilCy au 3i août 1610.)

P. 28^ l. 28 (et p. 29, 1. i). Leur Cotton qui se plie et se manie plus souplement . . . L'humeur de Vhomme plut fort au rojr^ et celle du roy au père Cotton, qui ... — a ... Le père Cotton, qui preschoit devant le roy, fort propre pour une cour, étant doué de toutes les parties requises en un bon courtisan. » (Suppl. à VEstoile, au 12 mars 1604). — « Inter omnes autem jesuistas, magicarum artium péri' lia eminet père Couton, gallus, quem Rex ipse tantifàcit ut regias mensœ adhibeat, etfamiliares cum eo misceat sermones, »(Petit libelle du temps, cité par L'Estoile au 9 janv. 1609.) — En ce temps couroit ce pasquil, rapporté aussi par TEstoile :

J'avais toujours bien ouï dire.

Depuis le temps que f ai vescu.

Que quiconque estoit nostre Sire,

De coton se torchoit le eu ;

Mais nostre Roi, par grand merveille,

De Coton se bouche Voreille.

P. 29, 1. 7 (et p. 35, 1. 26). QuHl ne va plus à la portion que quand il veut faire diette. — Le roi, qui choyait le père Cotton, le faisoit assez souvent dîner avec lui, en sorte qu'il n'avait que faire d'aller au réfectoire. Ceci est pris ici au propre et au figuré.

P. 29, 1. 9. Avoir cinquante mille livres de revenu à La

Flesche^t Vouverture de leurs escholes en la rue St-Jacques, — a  la sollicitation du sieur de La Varenne, le roy fit don de son chasteau de La Flesche aux Jésuites, lesquels s*y establirent et commencèrent d'y fonder un magnifique collège de leur société, n {^Mémoires de Sully.) — a Sur la fin de cet an 1609, les Jésuites ayant obtenu un don du roy de cent mille francs pour parachever le bastiment de leur chapelle à La Flesche, en Anjou, en laquelle le cœur de Sa Majesté doit estre enterré, se retirèrent vers M. de Sully pour en estre dressés et payés . ...» (VEstoile.)

P. 3o, 1. 5. Quelque tragédie desja représentée plus de quinte/ois en Lorraine ou en Savoye, — C'est surtout au collège de Clermont que la tragédie, jouée par les écoliers, brillait dans tout son lustre. Mais on n'y représentait pas seulement des nouveautés : les collèges de Pont-à-Mousson et de Thonon ou de Chambéry en Savoie, lui repassaient leur répertoire.

P. 3o, I. 19. Au docteur Marins Ambosius. — Jacques- Marie d'Amboise, né à Arles, nommé en iSyô professeur [in grœcis litteris) au Collège royal de France, à la recommandation de Jean de La Guesle, dont il avait élevé les fils, il mourut à la maison de Sorbonne en novembre 161 1, âgé de 73 ans.

P. 3o, 1. 21. Voire quand bien M. Casaubon se mettrait de leurcosté. — Isaac Casaubon, le savant profesâbur du Collège royal de France, était protestant et d'une grande piété; mais certains scrupules qu'on lui connaissait et son caractère indécis Texposèrent aux cajoleries intéressées des Jésuites et au soupçon d'être toujours prêt à a se mettre de leur costé i>. Le mot est ainsi à double entente.

P. 3o, 1. 22. // ny a qu'à craindre quHls obtiennent excommunication à Rome contre tous ceux qui sont plus doctes qu*eux, — Il est plus facile, dira plus tard Pascal, de trouver des moines que des raisons.

P. 3i, 1. 24. Le bon père Commelet? — Jacques Commolet (sic)j natif d'Auvergne, jésuite et grand ligueur, présida au conseil des Seize, proclama Jacques Clément un ange, et prêcha contre le roi, dès iSSg, comme un furieux et avec des grimaces de possédé. Le 2 février i593, il cria dans l'église Saint-Barthélémy : a Aod tua le roi des

Moabites. Il nous faut un Aod, fût-il moine, fût-il soldat, fût-il berger ! » (LEstoile,)^ Le 28 octobre i SgS. il dit, au sortir de sa chaire « qu'on ne faisoit que tout brouiller, et que puisqu'on ne vouloit que Dieu nous mist d'accord, que le diable ou le Turcq nous y mettroit. o {LEstoile.)

— La Bibliothèque Montpensier contient (no 79) : a Les Grimaces racourcies du père Commelet, mises en tablature par deux dévotes d'Amiens. »

P. Sa, 1. a 5. Au voyage du Roy à Meti^ y a quatre ans.

— Henri IV s'était rendu à Metz, en mars i6o3, pour y apaiser les discordes qu'avaient suscitées les deux frères Saubole (de Cominges), lieutenants du duc d'Épernon, gouverneur, et remplacer ces deux lieutenants par d'autres qu'il nomma lui-même. Il profita de ce voyage pour observer les princes allemands du voisinage et sonder leurs dispositions envers la maison d'Autriche.

P. 33, 1. aa, La dernière trahison descouverte Van passé contre sa personne et son Estât, — La fameuse conjuration des Poudres (Guy Fawks, etc.), dont l'Angleterre célèbre encore la découverte le 5 novembre. — a Sur la fin de cet an, dit le Suppl. à VEstoile, fut découverte la tragédie^ d'Angleterre, qui étoit une horrible conjuration contre l'État du royaume et la vie de la personne du roy, lequel on devoit exterminer et faire sauter et brûler avec tout son conseil, dans son conseil même, puis tuer tout le peuple, etc. »

P. 34, 1, II. Ceste masle-femme, — Le ms. fournit une variante : male-femme.

P. 34, \. 12. Et un droit. — Corrigez et lisez: au droit,

P. 34, 1. 22. Le père Parson. — Jésuite connu sous le nom latin de Robertus Personius, né en 1547 ^^^^ ^^ comté de Sommerset, et mort en 161 2. Elève distingué d'Oxford, il abjura et alla étudier à Padoue; puis il entra chez les Jésuites, et, après être revenu à Londres comme missionnaire envoyé par le cardinal Allen , il retourna à Rome où il fut fait recteur du séminaire anglais. Il y était lorsque fut découvert le complot des Poudres, dont on l'accusa d'avoir tenu les fils, a Cette damnable menée et conjuration ne regardoit pas seulement l'État d'Angleterre, mais celui de tous les princes voisins et potentats de la chrestiencé. La traînée en estoit longue, et la fusée jet<£e

embrasoit beaucoup de pays, même celui de la France, par l'artifice des jésuites, qui s'y trouvèrent bien avant mêlés (comme ils sont toujours en ces grandes bouleverses et renversemens d'Estats). Ce que le roy sçut bien dire au père Cotton quand il lui parla : « Je ne veux croire celuilà de vous autres , dit-il » ni toucher au général de votre ordre, si ce n'est à Person, qui est à Rome près de Sa Sainteté, lequel je sçais n'avoir ignoré cette pernicieuse menée et dessein. » {Suppl. à VEstoile.)

P, 37, 1. II. Madame sa mère. -> Le cardinal, son fils, était en procès avec elle. — Elle avait favorisé les amours du roi avec Gabrielle d'Estrées, sa nièce, et s'était affichée avec le chancelier Ghiverny. Maîtresse de celui-ci, on l'appelait la roaquerelle de celui-là. Un pasquil, qui courait en mars 1697 sur la cour, lui faisait dire d'elle et de son mari :

Ne suis-je pas un grand docteur?

Au moins je ne suis pas menteur y Car madame la Chancelière Me fer oit fouetter par derrière, Comme un page par son mari.

L'Estoile raconte (nov. 1594) le baptême du fils qu'elle eut alors, et dont chacun désignait le père , au point que Gabrielle d'Estrées, qui était marraine avec le roi pour compère, s'étant écriée, lorsqu'elle vint à lever l'enfant pour le présenter aux fonts: « Mon Dieu, qu'il est gros! — Ventre-saint gris I respondit le roy, ne craignez pas cela, il est bien bridé et scellé. » — a Et une dame qui n'estoit pas loin va dire qu'il ne se falloit point estonner s'il estoit bien pesant, puisqu'il avoit des sceaux pendus au cul. » Le roi lui-même en avait complimenté le chancelier en goguenardant, selon sa coutume. — A quelque temps de là (avril 1595), madame de Sourdis étant allée se plaindre au roide ce qu'il avait cassé quelques compagnies de son mari, et alléguant, avec une présomption qui lui était habituelle, que cela avait « fait tort à M. de Sourdis et à elle du déshonneur beaucoup, laquelle parole le roy relevant forte promptement et de bonne grâce, lui dit que, pour le regard du déshonneur^ jamais personne ne lui en feroit autant que M. le chancelier lui en avoit fait. » — Le pasquil

précité de mars 1 597 lui faisait dire, par allusion au baptême célébré trois ans auparayant :

Je te voue un enfant de dre, Lucine^ mère despouppons.

P. 37, \, i. La teste de Vempereur de VOrient de la Rhétorique. — Sans doute pour le costume d'un empereur d'Orient, dans quelqu'une de ces tragédies tirées de THistoire sainte que les Jésuites faisaient représenter par leurs élèyes de rhétorique.

P. 37» i. 8. La table de M, le cardinal de Sourdis,.. la saincteté du bon seigneur... — François d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux en iSgi, célèbre par toutes sortes de démêlés et d'éclats scandaleux. C'est lui qui s'attira à Rome ce brocard où Pasquin jouait sur son nom et sur son titre : // cardinale Sordido , arcivescovo di Bordello. Sa mère était Isabelle Babou de la Bourdaisière^ tante de Gabrielle d'Estrées, et, grâce à elle, il avait été fait cardinal à la nomination du roi, le 3 mars 1599. Il avait commencé par être écuyer à la grande écurie, et avait donné lieu à une épigramme qui n'est pas omise dans la Confession de Sancy (I, chap. 11 et m). — L'Estoile dit (juillet 1609) : (C Ils (les députés de la religion) obtinrent sentence favorable contre M. le cardinal de Sourdis, avec défenses fort expresses pour servir de bride à ses folies ordinaires, qui estoient telles et en si grand nombre, qu'on n'a point craint en pleine cour de dire tout haut qu'au lieu du bonnet rouge qu'il portoit, on lui devoit donner ung chapeau verd. » — La Bibliothèque de maistre Guillaume contient un livre intitulé: Vembrasement deSodome et Go^ more, en versfrançois, par le S. de la Bourde^ièrej dédié à M. de Sourdis. Et la Bibliothèque de M>"e de Montespensier : Secret pour les pages, par M. de Sourdis.

P. 37, I. i5. La lecture qui se fait durant le repas. — L'Université avait aussi, et a gardé jusqu'à nos jours, cette coutume de la lecture au réfectoire. Elle a bien dégénéré, ainsi que tant d'autres traditions! Ce n'est plus qu'une monotone et stérile psalmodie, étouffée par le bruit assourdissant que font les convives. Sa dernière heure a sonné: tous les dieux s'en vont!

P. 37, 1. t8. Un livre très-docte composé par M» le connestable, — Henri de Montmorency, fait (connétable en 1 593 par Henri IV, qui disait de lui et de son chancelier Sillery : « qu'avec son chancelier, qui ne savoit pas le latin, et son connestabie, qui ne sayoit ni lire ni escrire, il pou* Toit réussir à tout. v> — Brantôme drt , en effet , qu'il ne sayait pas lire et que son seing n'était que d'une marque. — Il mourut le 2 avril 1614. — Un pasquil qui courait en mars 1597 {VEstoile) lui faisait dire de lui-même:

Mais suis né sous une planète Pour n*estre que marionnette.

On TaToir quel était le « livre très-docte» composé par lui.

P. 37, 1. 19. De la chasteté de la marquise deNoirmou^ tier. — C'est Charlotte de Beaune de Semblançay, veuve de Simon de Fizes, seigneur de Sauve, secrétaire d'État, et qui épousa en secondes noces François de la Tremouille, marquis de Noirmoutiers. Mattresse-femme pour les intrigues, elle eut en même temps le duc d'Alençon et le roi de Navarre, dont elle révélait les confidences à Catherine de Médicis et aux princes lorrains. C'est à quoi fût sans doute allusion le titre d'un livre plus que plaisant, mis sur son compte par la Bibliothèque de Montpensier (no 34) : Le Répertoire de la proportion des—/rançois avec la dimension des — de LorraitiCf par madame de Noirmoutiers.

P. 37, 1. 20. De la vie et gestes de M. de La Varenne. . . — Ses lucubrations nocturnes, -^ Il était de moitié avec madame de Sourdisdans les intérêts du roi et deGabrielled'Estrées, autrement dit un parfait maquereau. Le choix d'une telle biographie pour être lue au réfectoire des Jésuites.... en Enfer, était donc tout indiqué, outre le mérite qu'elle avait d'être très-doctement composée par M, le connétable, -^ Voir dans la Confession de Sancjr (I, chap. 11 et iv) tout ce que d'Aubigné fait dire à son héros sur La Varenne et conforts. — Dans la Bibliothèque de maistre Guillaume il figure à deux articles: i» Les Sept livres de la chasteté, faits par La Varenne, dédiés à madame de Retz; 2^ Les Préceptes de production^ autrement de maquerelage, com^ posez par madame de Villers, commentez par madame de Vitry, dédiez à La Varenne.

P. 38, 1. i8. £a œn»èrs{&H de Sophy de Perse par un de la SàeUtiyet autres nouvelles orientales, — Le souverain de la Perse a été longtemps, chez les Occidentaux, appelé Sophy ou Sophi, — Les Jésuites savaient déjà en ce temp^ li exploiter les menreilles accomplies par eux dans les pays lointains. « Le mercredy 19 (nov. 1608), les pauvres porte* paniers morfondus crioient devant le palais, pour s'eschauffer, la Conversion de trois grands Rois infidèles par les pères jésuites , laquelle bagatelle m'a cousté ung sol. »

— a Lundi iS (déc. 1608], j*ai acheté... Advis d'un Jacques de Pontoisejésuiste^ sur le succès de leurs affaires au roiaume de Chine. » — a On crioit ce jour (3i déc. 1608) la lettre d'un jésuite de Douay, nommé Trigaut^ contenant force nouvelles des Indes-Orientales, et n'est qu'une pure fadize qui m'a cousté trois sols. » (LEstoile.)

P. 39, 1. i. Le sixiesme de VEneîde, — Ce sixième livre, chef-d'œuvre dans un chef-d'œuvre, est, comme on sait, celui où Virgile fait descendre Énée aux enfers, en com* pagnie de la Sibylle :

Ibant obscuri sold sub nocteper umhram,..

Il a été l'idée-mère de toutes les a Descentes aux Enfers 11 qu'on a imaginées depuis, y compris la présente, et il .a fourni à Scarron le trait le plus comique et le plus connu de son Enéide travestie:

Là je vis VomBre d'un cocher Qui, tenant Vombre d'une brosse , En/rottoit Vombre d*un carosse,

P. 39, 1. 23. Au quartier des hommes et femmes farde^,

— Voir les Tragiques de d'Âubigné, au livre II, Princes.

P. 39. 1. 36. A quelques pauvres Irlandois» — > Ils pullulaient alors en France, a Samedi 2 mai 1606, furent mis hors de Paris tous les Irlandois, qui êstoient en grand nombre, gens experts en fait de gueuserie, et excellans en ceste science par dessus tous ceux de ceste profession, qui est de ne rien faire et de vivre aux despens du peuple et aux enseignes du bonhomme Peto d'OTléans: au reste, habiles de la main et à fidre des enfant, de la maignée des-

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quels Paris est tout peuplé. On les chargea dans des batteaux conduits par des archers pour les renyoyer par delà la mer, d*où ils estoient Tenus. Belle décharge pour la ville de Paris, dès longtems attendue, mais différée à l'extrémité, comme sont ordinairement ici les bonnes règles et polices concernantes le bien et le salut du peuple.» (Suppl. à L'Estoile. Voir ibid.^ au lo sept, i6o5.)

P. 39, 1. 27. M. de Chanvaloriy M. de Vilbon, — Sur Chanvalon, voir aussi, p. 62, K 16, et la note page iio. — ViUebon, au pays chartrain^ était une des terres de Sully. M. de Vilbon désigne sans doute son fils aîné, qui fut aussi prodigue que son père avait été économe.

P. 40, 1. 6. Ma guide estant preste.,, — Ce mot était alors du féminin , comme aujourd'hui encore sentinelle, vedette,

P. 40, 1. 17. Entre les bons ivrongnes et gens de bonne chère... le feu comte Charles de Mansfeld,,, — De Thou dit en effet, dans son Histoire, que ce vaillant capitaine s*était signalé par ses excès de table. Il était cousin germain du père de Bassompierre.

P. 40, 1. 17. Le feu comte de Salme, — Jean, IX« du nom, maréchal de Lorraine, mort sans postérité en 1600. Il était le parrain de Bassompierre.

P. 40, 1. 18. M, de Bassompierre, — Le père de François, le favori de Henri IV, Christophe de Bassompierre, gentilhomme lorrain, ambassadeur du duc de Lorraine en France, et qui avait été grand ligueur, mort en avril 1596.

P. 40, 1. 18 et 26. — M. de Haussonville.,. Nouvelles de son fils, — Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, maréchal de ses camps et armées, mort en 1607 sans enfants de sa femme Christine du Chastelet, mais avait adopté en i6o5 son petit-neveu Nicolas de Nettancourt, comte de Vaubecourt.

^, 4.Qf\, i^, M. de Sçhombergj sergent-major cfc çeste troupe. — Un pasquil qui courait à Paris en majrs 1597 (L'Es^lle) lui fait dire de lui-mênie :

Si je suis ivrogne allemanty Si portugalisé Normant,

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Colonel des retires, il avait été naturalisé en iSyo, fait gouverneur de la Marche et conseiller d*État, et confirmé dans ses charges par Henri IV. « Le i6 mars (iSgg), dit L'Estoile, M. de Chomberg, revenant de Conflans à Paris, mourut tout saoul dans son coche... M. de Villeroy avoit festoyé ce jour le roy à Conflans, où ledit comte de Chomberg s'estant trouvé, avoit donné sur le bon vin et mangé un peu trop d'ung poisson qu'on appelle le flettan. »

P. 40. 1. 34 (et p. 67, 1. 17). Grand nombre de Suisses et d*Atlemans. — « La plus envieuse et la plus brutale na* tion, à mon gré^ c'est l'allemande, ennemie de tous les étrangers ; ce sont des esprits de bière et de poisle, envieux de tout ce qui se peut. » (Perroniana.)

Lorsque les députés des cantons suisses vinrent à Paris^ au nombre de deux cents chevaux, le 14 oct. 1602, pour renouveler Talliance avec le roi, ils furent reçus et traités magnifiquement. On remarqua que a la pluspart desdits Suisses estoient fort en poinct, tous habillés de veloux, portant chaîne d'or au col ; au surplus^ beaux hommes, forts, et qui avoient bonne trogne, et les faces cramoisies. Sur quoi, il y en eut un qui, les voyant entrer avec si bons minois et visages dans la chambre du roi , fit par plaisir sur l'heure le quatrain suivant :

Voyant passer ces gens étranges.

Au teint vermeil et aux gros culs, Je pensois voir maints dieux Bacchus Revenant de faire vendanges

Le 19 octobre, il y eut grand gala. Le roi but à ses compères et prit plaisir à les regarder longtemps a s'escarmoucher à [coups de verres. En la salle basse , il y eut aussi une grande table ouverte pour les serviteurs des Suisses, qui triomphèrent de boire et manger. Il y en avoit un entre lesdits Suisses qu'on disoit qu'il portoit son ventre enécharpe, et buvoitdemi-muid de vin par jour.... Sur les six heures du soir, messieurs les Suisses se retirèrent en leurs logis tout doucement, bien contens, saouls et traités... » {Suppl. à UEstoile.)

P. 41, 1. II et 21. Feu M. le marquis dePisani La

marquise, sa vefve d^uncte, — Jean de Vivonne, marquis

de Pisani, mort en iSgp, ambassadeur sous Henri III et Henri IV^ avait épousé une Italienne de la famille Strozsi et Savelli, veuve d'un Ursini. Leur fille unique a été la marquise de Rambouillet, une des femmes les plus distinguées de ce siècle.

P. 5 1, 1. 25. De sa fille, gendre^ et de M, et M"»® de Ram-^ bouillet, — Il faut sans doute corriger le texte en supprimant le premier et, puisque le marquis de Pisani n'eut qu'une fille, et par conséquent qu'un gendre. Il faut donc lire ainsi: De sa fille et gendre, de M. et M^o de Rambouillet.

P. 42, 1. 5, 7, 10, ir. M, de Saint-Luc sonfil^ aisné.., sa fille plus Jeune,., Le comte de Fiasco..,, — Timoléon d*Epinay de Saint-Luc, né en i58o, mort en 1644, avait épousé la sœur de Bassompierre. « C'étoit, dit Tallemant des Réauz, un étrange maréchal de France , semblant de tout faire, mais ne faisant rien avec grâce; en outre, un plaisant homme en fait de femelles. » — a M. Despinelle m*a donné ce jour (10 juillet 1607) des vers françois faits par M. de Saint- Luc, sur la disgrâce de ses amours arec la Meaupeou, niepce de M. de Verdun, Ce ne sont qu*amourettes, id est folies. » {VEstoile.)

P. 42, 1. i3. M. de Bourboné, — Il était ami de la bonne chère et du vin, mais piètre amphytrion,à en croire le cardinal Du Perron : a Mon Dieu! quel mauvais disner j'ai fait chez luy I Mal appresté, mal ordonné et de mauvaise viande. C'est le bonhomme qui ordonne le tout : c'est à la façon de Lorraine. Il me souvient qu'un jour M. de Lorraine nous traita comme cela . . . Madame de Bourbonne est une galante dame, et oui a bien de Tesprit ; mais luy est un veau. » (Perroniana.)

P. 4.3, l. i3, M. de Montbaion, — Hercule de Rohan, frère de Louis, VI I^ du nom, mort sans enfants, et en faveur de qui le comté de Montbazon fut érigé en duchépairie en 1594.

P. 44, 1. 22. Tous les financiers, ... trésoriers, gabelleurs, partisans et autres, — Voir les Tragiques de d'Aubigné, au livre I, Misères, et le Journal de L'Estoile, passim.

P. 44, 1. 37 (et p. 48, 1. 4). Parant y estoitf homme de

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fui OH tient un grand conte là bas, et qu'on a fort bien salé de peur qu'il ne pourrisse. — a Le samedi 23 de ce mois (noT. 1602) fut mise en terre à Paris mademoiselle Saint- Germain, femme du maistre des comptes Saint-Germain, âgée de quarante ans. Elle mourut pulmonique, laquelle maladie on disoit avoir gagnée à panser et solliciter M. Parent, malade de la pierre. » — «En ce mois (avril 1604) mourut à Paris... M. Parent, secrétaire duroy, partisan du sel. » — a Le lendemain, qui estoitle 5 de ce mois (may 1609), vinrent les nouvelles d'une encores plus signalée banqueroute et plus grande (que celle de Pingre), car elle estoit, ainsi qu'on disoit, de quatre cent mille escus, faite par Josse et Saint- Germain, maistre des comptes, gendre de feu Parent, partisan .,, ., estimée de tant plus estrange que ledit Saint-Germain principalement estoit tenu pour honneste homme et homme de grands moyens. Tellement que M. le lieutenant civil mesme, qui respondit ce jour contre eux pour six vingt mille escus de requeste, ne le pouvant croire, ne voulust passer outre qu'il n'en eust esté premièrement accertené par Rezé, son gendre. Comme de. fait ceste banqueroute estonna Paris, et Tanima si fort contre les banqueroutiers et partizans, qu'on tient que si elle fust arrivée deux jours devant, que Pingre eust esté pendu et n'eust esté guères plaint, pour estre en réputation d un grand charlatan et qui avoit l'âme meschante et cautérisée, et duquel les livres estoient faux. » {L'Estoile.) — (Voir notre Introduction, p. vu.)

P. 45, 1. 4. M. deGesvreSi et combien il avoit gagné par ses substituts ceste année sur le party, — Louis Potier, seigneur de Gesvres, secrétaire d'Etat pour les finances.

P. 45, 1. 1 1. Tant de receveurs de tailles^ de décimes, de gabelles, tant de trésoriers de France, maistres et auditeurs des comptes, et tout ce tas de financiers ne sont que sang-^ sues, . . — Voir les Tragiques de d'Aubigné, 1. I, Misères, et le Journal de L'Estoile, passim.

P. 48, 1. 23. Les présidents Durandy et Brisson. — Durant!, premier président du parlement de Toulouse, fut tué aux Jacobins, le 10 février i5Sg, pour s'être opposé aux séditieux qui avaient pris les armes contre le roi. Son corps fut, avec celui de Daffis, traîné dans les rues, et tous deux pendus au gibet. — Barnabe Brisson, président

au parlement de Paris, forcé par les ligueurs de prendre la place du premier président du Harlay, détenu à la Bastille, leur devint suspect, fut arrêté le i5 noY. 1591 et conduit au Petit-Châtelet, où on le pendit à une poutre de la chambre du Conseil.

P. 49, l. I. Les S" Daffis et Larcher, — Jacques Daffis, avocat général au parlement de Toulouse, fut étranglé dans la Conciergerie du Palais le même jour que Duranti avait été tué aux Jacobins. — Claude Larcher, conseiller de la grand'chambre du parlement de Paris, pour avoir résisté à la faction des Seize, subit le même sort que Barnabe Brisson et que Jean Tardif, conseiller au Chfttelet, le i5 nov. iSpi.

P. 49, 1. II et 17 (p. 5i, 1. 10-12, et p. 58, 1. 8). — M. le président t son Jil\... son Histoire* — Cette Histoire, qui va jusqu'en 1607, était alors terminée et occupait vivement l'attention publique.

P. 5o, l. 10 (et p. 58, 1. 8). La feue Roine-mère, — Catherine de Médicis, ce fléau de la France : ne suffit-il pas de la nommer? — La Bibliothèque de Montpensier (n» i) lui attribue : « Le Pot-poury des qffàires de France, traduit d'italien enfrançois, par la reyne-mère », et ajoute (no 23): a La Révellation des secrets de la Ligue, mise d'espagnol en firançoiSy par M, de Nevers, à la louange de la reyne' mère, »

P. 5o, I. Il, M. le président Jannin,, . . à cause qu'il ne le pouvoit estre en cestuy^cy. — a En ce temps-là, dit L'Estoile (fin oct. 1 609), la disgrâce de M. le chancelier, auquel on disoit qu'on alloit oster les sceaux pour les bailler au président Jannin, estoit tenue sur les rancs à Paris, où on ne parloit d'autre chose, mais non à Fontainebleau et à la cour, où il ne s'en disoit rien, sinon bien sourdement et à l'oreille. Et encores que tels bruits soient souvent faux, comme beaucoup estiment de cestui-ci, si les a-t-on toujours remarqués. »

P. 5o, 1. 14. Feu M, de Chivemy. — Voir ci-dessus, p. 8, et la note y afférente, p. 80, ainsi que celle qui se rapporte à M»« de Sourdis, pt 96.

P. 5o, 1. 16. Madame de Sourdis. — Voir ci-dessus, p. 37, et la note y afférente, p. 96.

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P. 5o, 1. 26-27. Sesjil^.. . . au comte 4^ Chivemy, . . . — Il s*agit ici de Talné, Henri, capitaine de cent hommes dVmes, qui avait épousé : i» en i588, Françoise Chabot, fille du grand écuyer de France ; 2^ Marie Gaillard, fiUe de Galerand, seigneur de la Morinière-en-Blaisois, et de Marguerite de Hambre, de laquelle il eut sept enfants. 11 mourut le i«r mars 1648.

P. 5i, 1. 6. Pour Vevesque de Chartres, ...la chasse des lièvres de Beausse, — Philippe, second fils de Chiverny, né en 1579, nommé évêque de Chartres en iSgg, après la mort de Nicolas de Thou, son grand-oncle. Grand chasseur devant l'Éternel, comme Nemrod, il se préoccupait peut-être plus des lièvres que des ouailles de son diocèse. Il mourut le 27 mai 1620.

P. 52, 1. i3. OU pouvoit estre Ligoli,—- C'est Pierre Lugolif qui, « lieutenant du grand prévost (c'est-à-dire lieutenant criminel de robe courte) » , fut chargé de la garde de Marthe Brossier, en 1699, et a étoit fort contraire à ces faiseurs de fables ». (Conf, de Sancy^ I, ch. 6.) C'est lui qui avait fait étrangler Barrière, l'assassin du roi, à Melun, le 3o août iSgS. — Le 28 décembre iSgS, a Jean Chastel fut interrogé... M. Lugoli, s* estant desguisé en prebstre pour essayer si par la confession il en pourroit point tirer davantage^ vinst à le confesser ; et combien qu'il jouast dextrement ce personnage, si fust-il descouvçrt tellement qu'il n'en put jamais rien tirer, » {L*Es~ toile.) — a En ce mois (mai 1600) mourust en sa maison de Gontaine-aux-Champs le lieutenant Lugoli, serviteur du roi, et qui eust bien servi de Tristan l'Hermitte à un mauvais roy, comme estoit Louis XI qu'il servoit. {VEstoile,) La Bibliothèque de Montpensier lui attribue, (n»6o] : Traittei de rinnocence, extraits du latin de M. Lugolis par M. le grand prevost, pour la consolation des martyrs. »

P. 52, 1. 27, A la ToumellCf veoir donner quelque sentence. — « Bon ! cela fait toujours passer une heure ou deux ! » dira cinquante-huit ans plus tard le Dandin des Plaideurs de Racine en pariant de la question (acte III, scène iv).

P. 53, 1. 24. Ettçores une /ois M. de Baummes. — Lisez de Bauves (voir les notes ci-dessus, p. 83 et 85).

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P. 54, 1. 4. M, le prince de Jeinville,.. — On prononçait en effet Jainvillej et le nom est ainsi écrit dans L'Estoile et ailleurs. — Claude de Lorraine, quatrième fils du duc de Guise (Henri), tué à Blois, prince de Joinyille, depuis duc de Che- ▼reuse, et mort en 1657. Rien déplus léger et évaporé que ce jeune prince, qui, pour se donner Tair d'un homme d'importance,, avait pris part aux menées du comte d'Auvergne et du maréchal de Biron. Le roi leur pardonna à tous deux après un court séjour à la Bastille, en octobre 1602. — L'Estoile mentionne (fin d'oct. 1609] que «en ce mesme temps le prince de Jainville, continuant ses coups à la cour à l'endroit des folles dames (que Tertullien, de son temps, appeloit pubîicarum libidinum victimas), s'estant adressé à une comtesse de ceste qualité, favorite du roy, laquelle, pour s'en excuser et couvrir son fait, alléguoit une promesse de mariage qu'elle avoit dudit sieur prince, sous laquelle elle prétendoit avoir légitimement fait ce qu'elle avoit fait, encourt la mauvaise grâce de Sa Majesté, qui lui commande de se retirer ou de Tespouser. A quoi , du commencement faisant semblant de prester l'aureille pour plus seurement en jouir et à son plaisir, déclare finalement que jamais son intention n'avoit esté telle » .

P. 54, 1. 7. Par Nostre^Dame des Ardilliers. — C'est un lieu de dévotions et de pèlerinages près de Saumur. « Ce qui fasche le plus de ces diableries mal jouées, c'est que l'affront en est à Nostre-Dame des Ardilliers... » (Coti" fession de Sançy, l, ch. 6.) On y avait conduit Marthe Brossier, la possédée, avant de la traîner à Angers et de ramener à Paris. On y faisait des pèlerinages comme aujourd'hui ceux de la Salette et de Lourdes. (Voir, loc. cit., l'histoire de M™» de Montigny, de M"» Avoye et du curé.)

P. 54, 1. i5, 17, 19. Feu M. le mareschal de Balagny. — « En ce mois (juin i6o3] mourut le maréchal de Balagny, fils d'un évesque que chacun a reconnu en France pour un très-grand et docte prélat. Son épitaphe lui a été dressée dès longtemps^ comprise en ces vers :

Cy gist Balagny sans couronne, Bien que son père Vait porté.

UEspagnol dans Cambray lui donne, Pour mieux honorer sa personne, Le titre de prince avorté. »

Jean de Montluc de Balagny était bâtard de Tévêque de Valence. Gouverneur de Cambrai depuis i58o, il s'attribua ▼ers 1 589 la qualité de prince souverain. Étant venu au secours des Parisiens, qui assiégeaient Senlis, il eut sur les bras La Noue Bras-de-Fer, qui battit les troupes ligueuses et le fit fuir en vrai poltron. Traitant avec le roi en 1 594 , il fut nommé maréchal de France, et retourna à Cambrai, où il se vit assiégé par le comte de Mansfeld et les Espagnols en 1595, et se montra encore un triste sire, lésinant sur les vivres et les munitions de la garnison, et finissant par rendre la place honteusement, non sans avoir stipulé pour lui-même le payement de ses dettes. Puis il alla trouver le roi à Péronne et lui conter ses exploits avec une impassibilité incroyable. — La Confession de Sancy (I, ch. 10) le traite en conséquence ; elle le représente dans ses transformations successives : « De champi (bfttard), capitaine ; de capitaine , prince souverain ; de prince , poltron ; de poltron, banni ; de banni, maréchal ; de maréchal, cocu, et maréchal aussy connu que le maréchal Vulcain. » Veuf de Renée de Clermontd*Amboise, que sa lâche défense de Cambrai avait tuée, il avait épousé Diane d'Estrées, sœur de Gabrielle, dame galante, par qui il fut dûment encorné. La Bibliothèque de A/« Guillaume compte sur ses rayons imaginaires : a Trois harangues militaires à la louange de Varchiduc d'Autriche, dédiées au prince de Cam' bray », et aussi : «Le Remède de laPéronelle contre la solU' tion de la continuité, dédié à la maréchale de Balagny. »

On voit pourquoi Balagny demandera, quelques lignes plus loin, « des nouvelles de la guerre^ et s*ll estoit vrai qu'on va assiéger Cambray ».

P. 55, 1. 7. Car si Je ne l'eusse pas perdue , il n^auroitpas maintenant occasion de la regaigner, — C'est le mot de Fabius que Cicéron rapporte dans son De Senectute : a Salinatoriy qui, amisso oppido, fugerat in arcem, glorianti atque ita dicenti : a Mea opéra Q. Fabi, Tarentum recepisti, » — a Certe inquit ridens^ nam nisi tu amisisses, nunquam recepissem. »

P. 55, ï. 16. A M, de la Trimoûille. — Claude de la Trimollle, duc de Thouars, pair de France, prince deTalmonty mort de la goutte, à l'âge de trente-huit ans^ le i5 oct. 1604. a Grand seigneur et. grand terrien, et, hors cela (dit quelqu'un), rien. » (Suppl. à LEstoile!)

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P. 55, 1. 32. Feu madame, sœur du roi.., — Catherine de Navarre, mariée le 3i janyier 1599 au duc de Bar.

P. 56, 1. ai. Madame de Vemeuil est-elle en cour? — Voir ci-après, p. 69, et la note y afférente, p. 112.

P. 56, i. 24, 28. Monsieur le comte de Soissons... — Sa lignée. — Charles de Bourbon, comte de Soissons, dernier des fils du prince Louis I^^^ de Condé et de Françoise d'Orléans- Longueyille. Il avait su gagner le cœur de madame Catherine, qui lui avait fait une promesse écrite de mariage, et conserva toujours une préférence marquée à son égard ; mais le roi s'opposa à leur union, et rien ne put vaincre sa résistance.

P. 57, 1. 2, 10. Monsieur le prince de Conty,., et toute sa génération, — François de Bourbon, prince de Conti, frère aîné du comte de Soissons.

P. 57, 1. 1 5 (et p. 61, 1. I )D*un livre de FemeL—^ on moins célèbre comme mathématicien que comme médecin, Jean Fernel a publié, de i526 à i558, année de sa mort, plusieurs ouvrages tant sur les mathématiques que sur la médecine. D'autres furent posthumes. Celui qu'on lui prête ici est une allusion satirique aux constantes préoccupations de la duchesse de Bar sur ses prétendues grossesses.

P. 58, 1. I, 3. La feu Rojrne-mère.,. se confessoit à M. le cardinal de Lorraine, — On sait qu'elle fut accusée par les pamphlets du temps de s'être effectivement confessée audit cardinal.

P. 58, 1. 24. La coppie du testament de la royne Marguerite..., — Ayant gagné les 3o mai et 17 juin 1606, le procès qu'elle avait intenté à Charles de Valois, fils de Charles IX et de Marie Touchet, et obtenu par là les comtés d'Auvergne et de Clermont, ainsi que les biens situés dans le ressort du parlement de -Paris qui avaient appartenu à Catherine de Médicis, elle en disposa bientôt après, par une donation entre vifs, en faveur du roi et du dauphin, ne s'en réservant que l'usufruit pendant sa vie. Dès lors, on ne vit plus de dauphin d'Auvergne , et l'on ne connut plus d'autre dauphin que celui de Viennois, fils atné des rois de France.

P. 58, 1. 27. Elle eust esté' plus sage.., — Le comte de Choisi, qui avait placé sa fille dans la maison de la reine Marguerite, et que les intrigues de Bajeaumont, son nouvel amant, avaient forcé à Ten retirer, répondit à cette princesse, qui se plaignait de la mauvaise conduite de la demoiselle Choisi : « Si vous vous fussiez, Madame, aussy bien gouvernée que ma fille, vous auriez encore la couronne que vous avez perdue. » (Voir le Journal de L'Estoile, à la fin de janvier 1608.)

P. 59, 1. 14. Est aussi bien en vie maintenant qu'il estait il y a six cens septante ans. — Il doit y avoir ici dans le texte quelque lacune ou altération, rendant le sens inintelligible.

P. 60, 1. 5. Je n'eusse pas perdu le denier de en Angleterre. — Il faut évidemment suppléer : le denier de Saint-Pierre.

P. 60, 1. 26. Laisse^ nostre bonne fille aller aux prisons ^ aux hospitaux, racheter tous nos pesche^ et les siens. — Dreux du Radier, dans ses Anecdotes des ReineSy la montre a tantôt prosternée au pied des autels, entendant plusieurs messes dans un jour, visitant les hôpitaux, distribuant le jour de sa naissance et aux quatre fêtes solennelles cent écus d'or aux malheureux, entretenant annuellement cent onze pauvres,quarante prêtres anglois; bâtissant et enrichissant les monastères, et entr'autres celui des Jésuites à Agen et celui des Augustines du faubourg Saint-Germain j passant des exercices de piété aux plaisirs les plus sensuels, et se livrant, après une retraite sainte et austère, aux raffinements de toutes les voluptés. C'est dans ce mélange bizarre de dévotion et de galanterie qu'elle finit ses jours. » (Hist. de Marguerite de Valois, par Mongez. Paris, 1777.)

P. 60fU aS. Et remercie^ Dieu de ce que Femel vous fit des en/ans. — Femel passa pour avoir fait cesser la stérilité de Catherine, qui durait depuis neuf ans.

P. 61, l. 5. Sa résolution d'estre allée à Paris, bonne, sur ma foi, et vertueuse, nonobstant les moqueries qu'on en a f aides. — La reine Marguerite, qui vivait reléguée au chftteau d'Usson, en Auvergne, prit le parti de revenir à Paris, a où, dit l'Estoile, on ne l'avoit point vue depuis

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▼ingt-quatre ou yingt-cinq ans. » Elle y arriva en août i6o5 et prit logis à Thôtel de Sens.

P. 6i, 1. 27. Vostre neveu le comte d^ Auvergne à la Bastille. — Charles de Valois, comte d'Auvergne, était le fils de Charles IX et de Marie Touchet, sa maîtresse, qui épousa ensuite François de Balzac, comte d'Entragues, gouverneur d'Orléans , auquel elle donna entre autres enfants Henriette, plus tard marquise de Verneuil et maîtresse de Henri IV. Ayant avec sa sœur et son père formé un complot contre le roi, le père et le fils furent condamnés par arrêt du i«r février i6o5 à avoir la tête tranchée, et la fille à être renfermée dans l'abbaye de Beaumes-lez-Tours ; mais le roi commua cette peine en prison perpétuelle à la Bastille, et ne s'arrêta pas là dans la voit de l'indulgence.

P. 62, 1. 16. Chauvelon est le surintendant . , . Vous Vave\ autrefois trouvé si doux .... — C'est Chanvalon (voir cidessus p. 39 et 100), c'est-à-dire Jacques de Harlay, seigneur de Champvallon, grand écuyer du duc d'Alençon, grand maître de l'artillerie pendant la Ligue, créé chevalier du Saint-Esprit en 1602, mort en i63o.'Un des nombreux favoris de Marguerite de Valois. On le nommait « le beau chevalier » et le Divorce satyrique dit qu'elle l'appelait son conseil. C'est vers i58o qu'elle s'éprit de lui, et de leurs amours naquit un fils qui fut plus tard connu sous le nom de père Archange, capucin. {Tallemant des Réaux,)

P. 64, 1. 9-27, (et p. 73, 1. 3). Les nopces de Florimond de Raymond, , . , qui se marioit à Jeanne la Papesse, — Ce conseiller au parlement de Bordeaux, qui était un huguenot converti, s'était signalé par son zèle antihuguenot. Il a écrit une volumineuse Histoire de VHérésie, Il avait publié dès i588 un ouvrage destiné à combattre VErreur populaire de la papesse Jeanne ^ ou V Anti-papesse.

P. 64, 1. 22. M. d'Esdiguières, — Le maréchal de Bonne, duc de Lesdiguières, plus tard connétable.

P. 64, 1. 24. M. de Roquelaure, — Antoine de Roquelaure, chevalier des ordres du roi, maître de sa garde-robe, qui devint maréchal de Franceen 161 5, et mourut le 9 juin 162 5, à l'âge de 81 ans.

P. 64, 1. 24. Au général des galères. — Philibcrt-Em-

manuel de Gondy, qui avait succédé à son frère Albert, le i3 avril 1598, en la charge de général des galères du roi. Il mourut en 1626.

P. 65, 1. 9-1 5. Le bon Lipsius .... mais Jodorlap, — Né à Isch, près Bruxelles, le 1 8 octobre 1 547, il avait changé son nom de Jodoce (Josse) Liep (estropiés dans notre texte) en celui de Justus Lipsius. II se fit catholique à l'âge de 45 ans, et se signala alors par sa dévotion de néophyte à la Vierge. Il écrivit l'Histoire des miracles de Notre-Dame de Hall (Diva Virgo Hallensis. Antv., 1604, in-8) et lui voua une plume d'argent. Il mourut à Louvain, à 58 ans, le 23 mars 1606, après avoir ordonné à sa femme d'offrir sa robe fourrée de professeur à l'autel de Marie, en l'église de Saint-Pierre, ce qui égaya fort le monde savant et édifia médiocrement les fidèles. (V. VEstoilCf au 3o nov. 1606.)

P. 65, I. 25 (et p. 66, 1. 10). Le pape Léon on\iesme. — Alexandre Octavien, qui promettait un bon pape, mourut le 27 avril i6o5, après un pontificat de 26 jours, ayant été proclamé le i<^' avril.

P. 66, 1. I. Le mot pieds est mis au-dessus du mot mains ^ qui a d'abord été écrit par le copiste.

P. 66, 1. 5. Madame Conchine, — Leonora Galigal, la femme de chambre florentine de la reine, mariée à Concini, depuis maréchal d'Ancre. Il est à remarquer que Marie de Médicis n*est pas même nommée et n'est l'objet d'aucune autre allusion que celle-ci dans tout le cours de notre satire.

P. 67, 1. 6. En pur don la République de Venise. — La République de Venise eut en i6o5, avec le pape Paul V, un grave démêlé qui fit craindre aux uns, espérer aux autres, une rupture définitive et un schisme. D'Aubigné fait allusion à cet événement dans ses Tragiques (livre V, les Fers, p. 248, V. 3o, édit. Jouaust) :

Venise voit du jour une aube sans soleil,

p. 68, 1. 9. Ils n'ont pas faulte de bons acteurs en Enfer. — On sait que pendant longtemps la sépulture catholique fut refusée aux acteurs, et que ceux de la Comédie

française ont été plaisamment appelés : MM. les excommuniés ordinaires du roi.

P. 68, 1. i3. Us nous donnèrent une Pastorelle, — Les ballets que Ton donnait alors dans les fêtes n'étaient autres que des pastorales mimées et dansées, dans le genre de celle que Tauteur décrit ici. Voici le titre d'un petit volume imprimé presque au même moment que notre satire et qui montre combien le ballet politico-pastoral était couleur du temps : l'Amphithéâtre pastoral ^ ou le Sacré Trophée de la Fleur-de-Lys triomphante de V Ambition Espagnole. — Poème bocager de V invention de P. du Pescher, Parisien. — A Paris, chez Abraham Saugrain, rue St- Jacques, devant S..-Benoisty 1609 (dédicace à Monseigneur Le Grand, privilège du 17 octobre 1608]. In-12 de 104 ff. et 4 ff. prél.

P. 68, 1. 26. Comme elle caressait son aigle. — L'aigle éployée, qui figura dans le blason de l'empire d'Allemagne.

P., 69, 1. 6. Une marquise de Vemeuil, — La célèbre Henriette de Balzac d*£ntragues, qui consola promptement Henri IV de la mort de Gabrielle d'Estrées et des désagréments que lui occasionnait son mariage avec Marie deMédicis. — Les Mémoires de Bassompierre parlent d'une intrigue galante qu'elle eut avec le prince de Join ville en i6o3, et que le roi découvrit à son retour de Metz. (V. p. 106.)

P. 69, 1. 6. Une madame de Moret, — Jacqueline de Beuil vint distraire Henri IV de la marquise de Verneuil (oct. 1604) et succéda à celle-ci. Le roi la fit comtesse de Moret et la maria au marquis de Vardes. — a Le prince de Joinville sort de la cour (dit L'Estoile, mars 1607) et se retire à Saint-Dizier . . . , disgracié de Sa Majesté pour soupçon de quelques amourettes entre lui et la comtesse de Moret....» (V. p. 106.] — Sully rapporte qu'elle fut encore courtisée par le comte de Sommerive (Charles de Lorraine), second fils du duc de Mayenne.

P. 69, 1. 7. L'un de ces bergers s'appeloit Henriot. — Coïncidence frappante ! Le moment où fut répandu ïEnfer est précisément celui où Henri IV, éperdument épris de Marguerite de Montmorency, allait la marier au prince de Condé (17 mai 1609) et faire pour la revoir toutes les folies imaginables. Il allait se déguiser avec de fausses

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barbes, se travestir en Flamand, en postillon ou en valet de chiens ; enfin échanger avec l'objet de sa passion des billets où il serait le Berger Céladon et elle la Nymphe Galatée, Malherbe se chargeait d'ailleurs de chanter les plaintes d'Alcandre sur l'absence d*Oranthe. Et cette grande extravagance royale allait entrer pour sa part dans de grands desseins politiques et militaires que nous esquisse ici l'auteur de VEn/er sous la fiction bien trouvée d*une Pastorale,

P. 69, 1. 16. Tesmoing mon voyage il y a trois ans à la porte de vostre maison^ soub\ ombre de ces deux béliers.,. — Le voyage de Henri IV à Metz est de mars i6o3 (V. cidessus, p. 95.) "L'Enfer aurait donc été écrit vers 1607. — La démonstration sur Sedan est de mars 1606. (V. p. 78.)

P. 70, 1. 23. Vautre berger, nommé Philippot. — Le roi d'Espagne Philippe III.

P. 70, 1. 26. Mon gouverneur de terme. — Le duc de Lerme (François de Sandoval de Rozas), ministre de Philippe III, qui fut effectivement pendant vingt années de 1598 à 161 8, le véritable chef de la monarchie espagnole.

P. 70, 1. 19. Une tragédie de la Vie et Mort de feu Monsieur de Guise, — Il existe une pièce en vers intitulée : la double tragédie du duc et cardinal de Guyse, Jouée à Bloys leXXIlI et XXIIII décembre dernier. Envoyée à Monseigneur le Duc du Mayne et autres Princes Catholiques, qui tiennent le party de la saincte vnion. A Paris, pour Fleurant des Monceaux, rue du Bon Puis. M.D.LXXXIX, in-4 de 4 ff. — C'est une déploration en cent vers, s'adressant « à Paris, au Soldat, au Marchand, au Peuple, au Parlement, aux Estats. »

P. 70, 1. 9. Un allérion gros et gras que non pas la

fleur de lys. — L'alérion, ou aiglette, qui figure dans le blason de la maison de Montmorency.

P. 72, 1. i5. Un livre intitulé: De la Virginité, que le roy de France avoit composé. — Allusion ironique aux amours intempestifs du vieux vert-galant.

P. 72, 1. 16. Monsieur d'Alincourt. — Charles de Neufville, marquis d'Alincourt, fils unique de Villeroy, Il avait remplacé en juin 1695, comme ambassadeur à

Rome, M. de Béthune, frère de Rosni. Il avait été d'abord prévôt de Paris pendant la Ligue {VEstoile, 12 juin 1592), et avait « fait accord en même temps que son père avec le roi » (février 1594). Il fut nommé gouverneur de Lyon Un février 1 596. Ambassadeur à Rome en 1600, c'est lui qui négocia le mariage du roi avec Marie de Médicis.

P. 72, 1. 3o. Monsieur de Nemours. — Henri de Savoie, duc de Nemours, né à Paris en 1572, mort en i632. 11 avait suivi la Ligue, puis s'était dévoué à la cause de Henri IV et signalé au siège d'Amiens, en 1 594, C'était un vaillant capitaine.

P. 72, 1. 24. Monsieur de Villeroy. — Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, ministre d'État sous Charles IX et ses successeurs, de 1567 à 161 7, année de sa mort.

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