L'appareil du Roy Henry IV pour aller assiéger Sedan
firent leur cas dedans leurs chausses. Toutesfois, le mal s*est depuis tourné en colique, car la pauvre Bastille, ayant fait un gros pet qui, à l'espagnolle, après son premier esclat s*est tourné en fumée, a esté guérie. » Ces messieurs semeirent à rire de mon conte, et me dirent qu'il n'y avoit point eu de danger en cela , mais que ç'avoit esté de l'invention du sage Alquife, qui avoit eu envie de se monstrer encores une fois à la postérité de Perion et Gaule ; et vous sçavez, disoient-ils, que c'est sa coustume de mener un grand bruict en telles afibires, et troubler tout le monde d'une briefve et soudaine peur, comme vous peut monstrer ce prédicateur de Sainct* Mederic par plusieurs passages de VAmadis qu'il a achepté à l'ancan pour avoir la fraze un peu plus françoise. Si ne vous mentirons-nous pas, que les nouvelles du trouble nous avoient bien mis en peine, speciallement pour le présage d'un astrologue qui nous asseuroit d'une guerre en ceste année, oh pas un ne seroit si courtois que d'enterrer son compagnon. Mais nous descouvrismes la finesse par un pacquet qui vint icy de la part du président Janin à Monsieur de Guise; On ouvrit les lettres à l'entrée de ceste rivière, doutant qu'il n'y eust quelque trame contre l'Estat d'Enfer, car Messieurs de la Ligue ont tant &it venir de gens icy qu'il en faudroit bien
peu davantage pour conquester tout cet Empire. Nous apprismes beaucoup de nouvelles par. ces lettres , entre autres que tous les tuez au siège de Sedan estoient encore en vie, et que la guerre n'a voit pas esté si. mauvaise qu'une extraordinaire furie de vent et de foudre qui avoit quasi en mesme. temps battu en ruine quelques lieux voisins de la mer, et entièrement mis par terre ou par eau tout ce qui pouvoit résister à sa cruelle violence. On accusoit bien quelques diables de cet orage, mais ils s'en sont très bien purgez, remonstrans combien de croix ceste tempeste avoit porté par terre, rapproche desquelles leur estant interdit, comment les. sçauroient-ils abbattre? J'estois sur le point de leur demander advis sur mon comportement en lieu si estrange, mais il survint une grande troupe d'âmes qui nous sépara et m'emporta avec la foule au plus près du lieu où Charon a de coustume d'ai:rester sa barque. J'avois remis l'epée au fourreau, exempt quasi de toute crainte, pour veoir tout le monde sans armes et moins d'as* seurance de m'aborder. Je sçavois bien que si je pouvois passer ceste eau et voyager au dedans de TEnfer, j'y trouverois grand nombre de mes amis, et n'en doubtois aucunement, pour avoir esité nourry la pluspart de mes jours avec princes et grands seigneurs^ mais Charon,. qui m'apper-
ceut avant que de demarer de l'autre rivage, faisoit grande difficulté de s'approcher de moy. Le courant du Styx emportoit ma voix et mes prières que je luy adressois : toutefFois il pouveoit veoir mes basses révérences et la contenance d'un homme qui ne demande rien par force. Si penséje qu'il m'eust contraint de coucher là, tant il craignoit de trouver quelque Hercule ou quelque Rodomont ; mais il luy fut force de passer un diable et son laquais qui alloient à la Cour en toute diligence. O Dieu, quelle joie ! Ce diable me cognent incontinent et asseura Charon de ma preudhommie. C'estoit à la vérité un bonneste diable, gracieux et nourry toute sa vie en Cour, et qui pour cela despechoit la pluspart des aii&ires qui se traitoient entre la diablerie et nous; aussy est-il lieutenant du gênerai des Postes depuis Paris jusques en Enfer, et en a lettre et commission bien ample de M. de la Varanne\ Je luy contay mon advanture ; il la crut et me demanda courtoisement si je voulois retourner avec luy ou bien passer oultre , et qu'il me donneroit un mot d'escrit à ses confrères, qui me garantiroient de tout danger; que le lendemain il reviendroit pour quelques affaires et me remeneroit avec luy jusques au Louvre ou à la