‹ L'enfer: satire "dans le goût de Sancy"Chapitre 2 sur 20 · S'il trousse Tépigramme ou la stance bien faite · texte numérisé non relu

S'il trousse Tépigramme ou la stance bien faite

(Tragiques, II, éd. Jouaust, p. iio.)

2. Le mot est de d'Âubigaé (Fœneste, lU, 16). Il désigne ainsi de petites pièces sal^s et épicées comme le ragoût appelé saupiquet. '

quelque raison. Q}iant à notre Enfer ^ sans quHl soit d^ aussi haut goût que Sancy (chose asse!( difficile), on comprend qu'un juge compétent^ presque un contemporain., Vait rapproché de ce célèbre pam^ phlety encore inédit à cette époque, et dont les Recueils de Conrart contiennent aussi une copie.

Qui pouvait, en effet, connaître comme d'Aubigné tous les sujets divers dont parle, en gentilhomme lettréjVauteur de VEnîer, particulièrement ces choses de la Cour et de VÉtat, ces affaires des grands et du peuple , de la Huguenotterie et du Jésuitisme t Qjii pouvait, en dehors de lui, écrire sur tout cela de ce ton et de ce style? Qui aurait pasquillé avec cet esprit tous les personnages marquants, et justement la plupart de ceux que V auteur de Sancy ne por^ tait point dans son cœur, et quHl a poursuivis ailleurs de ses mordantes railleries ?. . . Nous avons donc cru pouvoir ici ne pas

Imiter de Conrart le silence prudent, alors surtout quHl V avait lui-même à peine gardé.

En second lieu, /*Enfer est-il inédit?

Je Vai cru d'abord et pendant longtemps. Mais, diaprés une trouvaille et une constatation toutes récentes, j^ai lieu de penser aujourd'hui que cet opuscule fut publié en son temps; toutefois je n'ai pu venir à bout de voir de mes yeux le seul exemplaire qui ait été signalé d'une édition primitive. Je pourrais donc faire encore des réserves à cet égard et m'en tenir au doute prudent de saint Thomas, si le

témoignage que f ai rencontré ne me paraissait tout à fait péremptoire en un point décisif.

On va en juger.

Je parcourais, pour la centième fois peut-être, mon Journal de L'Estoile, ce merveilleux document, ce répertoire inépuisable de renseignements et d^observations pour les règnes de Henri III et de Henri IV, et dont il importerait de mettre enfin sur pied une nouvelle édition complète, bien annotée, et sur^ tout pouvue d'une bonne table! — Oest toujours avec un plaisir nouveau que, pour ma part, je me replonge dans cette lecture de VEstoïle. Sans cesse on y découvre des choses restées inaperçues, ou jusque-là incomprises, faute du trait de lumière, fest-à'dire de la notion préalable ou concordante qui peut seule éclairer tel ou tel point et qui ne peut souvent qu'hêtre fortuit. — Le relisant donc, afin d'y chercher des éclaircissements à notre Enfer, et alors que j^ étais bien pénétré du texte de ce dernier, je tombai sur les lignes que voici ^ tracées par VEstoile au 5 mai 1609 :

a Vinrent les nouvelles d^une encores plus signalée a banqueroute et plus grande {car on disoit qu^elle <K estoit^ ainsi qu^on disoit, de quatre cens mille esa eus), faite par Josse et Saint-Germain, maistre « des comptes, gendre de feu Parant, partiiçan {le- <K quel le sel qu'il avoit tant à commandement n'a- « voit pu toutesfois garder de pourrir, dit Vauteur « de la Descente aux Enfers). »

La Descente aux Enfers, voilà un titre qui n'est point sans doute le nôtre, et bien fait pour nous dérouter. Mais comment m'y tromper, dès lors que je reconnaissais les deux lignes de cette Descente aux

Enfers, citées par VEstoiUy comme se retrouvant mot pour mot dans TEnfer (voir p^ 48)? Semblable rencontre f à pareille date : analogie frappante de titres; identité de textes* ! Évidemment notre satire avait circulé^ en nouveauté à la main^ sous un titre: elle avait pu être imprimée et publiée sous un autre,

Y regardant alors de plus près, et revenant sur mes pas, je vis que, un mois auparavant, le 3 avril 1609, VEstoile disait avoir a acheté^ entre autres drolleries qu^on crioit devant le Palais, celle intitulée : La Descente aux Enfers. »

// ne s'agissait plus que de mettre la main sur cette plaquette* Or, elle n^existe ni à la Bibliothèque nationale^ ni à celle de V Arsenal, ni à la Mas^arine. Je Vai demandée en vain aux libraires qui recherchent ces sortes de curiosités. Tout ce que f ai pu apprendre, c'est quHl en passa un exemplaire dans un catalogue de livres à prix marqués, publié par le libraire L, Potier en 1860. L^ espoir que feus alors un instant d^en retrouver la trace ne s^étant pas réalisé, fai dû me borner à relever le titre complet donné par ce catalogue (n« 2023). H est ainsi libellé :

La Descente aux Enfers dédiée à M. le Grand Œconome des Conards. Rouen , de V imprimerie de Nie. Hamilton, pour Thomas Daré, 1609. Petit in- 12 de io3 pp. et 2ff, pour le titre et la dédicace.

On voit que cette rubrique nous en apprend un peu

I. L'Estoile mentionne aussi (au i5 nov. 1609) un certain a Pèlerin d'Enfer », qu'il prête à Dupuy et qualifie de « plaisante drôlerie ». Serait-ce la même plaquette autrement désignée par lui ?

plus long que VEstoile, Il y est fait mention <Vune dédicace adressée (chose bi^çarre) à M. le Grand Œconome des Conards*, laquelle dédicace h*est point dans notre manuscrit, et a fait ranger la pla^ guette parmi les Facéties, tandis que sa place nor^ maie serait parmi les Satires ou les pièces <i*Histoire de France. J^ aurais été d* autant plus aise de faire connaissance avec ledit imprimé; mais il a été im^ possible soit de retrouver cet exemplaire, soit d*en découvrir un autre. Réduit à mes propres conjeC" tures, je ne puis m^expliquer Vaddition d'une dédicace au grand Econome de la confrérie rouennaise que par cette circonstance, que^ 2*Enfer étant publié à Rouen, on aura voulu lui appliquer une sorte de cachet local, peut-être aussi Vajfubler d'un déguisement carnavalesque, afin de dépister les chiens, . . Je ne vois pas d'autre motif plausible pour que Von ait ainsi donné à un libelle satirique et politique^ modéré d^ailleurs, des dehors de joyeuseté , une livrée de bouffonnerie, qui ne lui appartiennent pas ;

I . L'Abbaye des Couards (ou Comards) était, dit Taillepied, une des confréries de métiers de la Tille de Rouen, mais surtout une confrérie joyeuse, ayant son bureau à Notre-Dame-de-Bonne-Nouyelle. Ils avaient succédé, vers i50o, aux Coqueluchiers, jouant aux jours gras, les faits vicieux. « Aux Couards présidait, par choix et élection, un (( abbé mitre, crosse, et enrichi de perles, quand solennelu lement il étoit traîné en un chariot à quatre chevaux le tt dimanche gras et autres jours de bacchanales. » [Recueil des Antiquités et Singularités de la ville de Rouen ^ par Taillepied. A Rouen, 1610, in-i8, p. 5o.) Cette confrérie faisait alors une grande procession burlesque par les rues et carrefours, parodiant les choses mêmes les plus rares et les plus sacrées. I^s Couards jouissaient alors d'un droit universel de satire, de critique, de moquerie, et, le lendemain, ils rentraient dans les devoirs de la vie commune et régulière.

car la plaisanterie n'y dépasse point les bornes, et si elle va, dans son dénoûment^ jusqu^au burlesque y elle ne descend pas jusqu^ à la farce grossière*.

Ce qui demeure acquis, à mon avis, c^est que cette Descente aux Enfers et notre Enfer, — Vimprimé introuvable et le manuscrit [lesquels me semblent, jusqu^à preuve contraire , ne devoir faire qu^un seul et même opuscule), — sont aussi ignorés Vun que Vautre, et que c^est en quelque sorte un petit chefd^ œuvre inconnu qui voit le jour ici véritablement pour la pre^ mière fois*.

1. Le savant bibliothécaire de Rouen, l'auteur du Bibliographe Normand, M. Ed. Frère, a naturellement rangé la Descente aux Enfers parmi les écrits relatifs aux Canards.

2. Depuis que ces lignes sont écrites, j'ai pu enfin obtenir sur ce su|et quelques renseignements propres à jeter quelque jour sur la question. Un bibliophile de Rouen, M. Lormier, possède un exemplaire, non de l'édition signalée ci-dessus, mais qui est intitulé : La Descente aux Enfers, reueûe et augmentée, 1609 (même format, même nombre de pages et feuillets que l'autre). C'est donc bien là une seconde édition, et de la même année. La dédicace, qui a quatorze lignes, est datée : de la Valée de Misère^ ceste nuitf 2 mars 1609; elle est signée des initiales F. D. L. — Mais, sauf les vingt premières lignes de notre opuscule qui s'y trouvent mot pour mot reproduites (au deuxième alinéa, après un premier servant de préambule), le texte de notre Enfer et celui de la Descente aux Enfers^ dédiée aux Couards, sont absolument différents : le dernier est seul de nature à motiver la d<^dicace. — Il résulte de ce rapprochement et de cet éclaircissement que cette dernière Descente aux Enfers n*est qu'une sorte de facétieuse parodie de celle que mentionne L'Estoile, tandis que celle^i devait être notre Enfer, puisque l'identification (établie par la phrase relative au partisan du sel Parent) subsiste. — II reste àoac à découvrir un exemplaire de la plaquette originale de 1609 achetée par L'Estoile, et à expliquer pour-

L*Enfer est avant tout ce qu^on appelle une actualité; i^est une petite Ménippée. Or y pour bien appré' cier, après coup , le mérite de ces sortes d*écritSy pour en sentir tout le sel, pour en jouir ^ en un mot, il ne faut pas seulement se prêter de bonne grâce aux étrangetés du cadre choisi par V auteur; il faut se reporter à V heure même om il composa son œuvre^ se placer dans le milieu social, dans le monde politique quUl a voulu peindre en charge. H importe surtout de se familiariser avec certains détails de mœurs et de personnalités, avec les historiettes et les ridicules de V époque, d^ entrer enfin, autant que possible, dans V esprit et dans la peau, comme on dit, des individus mis en scène, des lecteurs contemporains et de V auteur lui-même.

En VespècCy il convient de se faire un petit nécrO" loge des personnages qui, au commencement de Van 1609, étaient descendus ad patres, ainsi qu'aune petite statistique des survivants et des heureux du jour, Oest donc toute une étude historique et bio^ graphique, anecdotique surtout et asse^ vétilleuse, que Von a lieu de faire; mais on sera bien payé de sa peine : operœ pretium est.

Cette besogne rétrospective se trouve déjà ébauchée dans les quelques notes {en trop petit nombre

quoi elle eut, cette mSme année, les honneurs d'une parodie joyeuse, portant le même titre et publiée à deux éditions. C'est au moins Tindice d'un grand succès de vogue, et il y a là une petite énigme bibliographique dont la solution mérite d'être cherchée.

XIÏ —

malheureusement) qui ont été ajoutées sur le manuscrit (sans doute par Conrart), et que fai reproduites au bas du texte. J^ai essayé de la compléter : !• par des éclaircissements additionnels et des corrections au texte f qu^on trouvera à la suite* ^ 2® par un triple index, qui aidera le lecteur à se reconnaître pat^mi cette mêlée des morts et des vivants^ laquelle n^occasionnait évidemment aucune confusion pour des contemporains f sachant à quoi s^en tenir, mais qui est aujourd'hui^ pour leurs descendants, fort malaisée à débrouiller ; 3o enfin, par une rapide analyse préliminaire, qui. va faire saisir le fil de notre scénario et en donnera la note.

VU

Nous sommes à Paris, d*oît nous allons descendre aux Enfers, quiniçe mois environ avant la mémorable catastrophe qui viendra, si brusquement et si fatalement, mettre fin au règne d'Henri IV.

A en croire le héros de notre petite odyssée {car c'est lui-même qui nous fût le récit de son aventure}^ la grand' ville avait dès lors une communication souterraine et directe avec le sombre empire. Cette issue, qui plus tard fut signalée au sud, aux carrières de Montrouge, comme le constate V adage, relativement moderne :

Barrière d'Enfer :

Entrée de Paris.

1. Il y a, dans le manuscrit Conrart^ douze blancs, d'un ou plusieurs mots, qu'il n'a pas été possible de suppléer. Ces copies à la main étaient^ comme toujours, fort défectueuses.

était alors au nord^ dans les carrières à plâtre de Montmartre. Oest par là que notre homme se trouve donc accidentellement précipité, entraîné vers la région infernale y et Vy voilà non moins empêché de reprendre le dessus que... V Espagne, aux prises avec les Pays-Bas. Bon gré, mal gré^ il lui faut, bien qu'encore en vie, suivre le grand chemin des morts et gagner avec eux la rive du Styx. Il y aperçoit tout d*abord le roi Henri III, attendant là qu'on veuille bien songer à V enterrer ici-bas {car on Va effectivement oublié à Compiègne, durant tout le règne de son successeur, et — rapprochement singulier! — i7 ne sera porté à Saint-Denis que quatre jours après la mort, huit jours avant V enterrement de Henri IV), Le dernier des Valois est en ce moment absorbé dans le règlement de la dépense d^un bal, avec son ancien mignon M. d*0. Notre intrus est fi-appé des nombreuses plaintes auxquelles donne lieu le nautonier Caron^ qu'on accuse de partialité, de fa* voritisme : on se croirait à la cour de France. Dans la foule, notre homme avise deux célèbres Esculapes, ex'médecins du Roi, La Rivière et Marescot, qui, le saluant de leur ordonnance d^ usage, lui recommandent de se tenir bien chaudement» On cause ; il leur apprend la grosse affaire des canons de Sedan, survenue peu de mois après leur départ de ce monde et qui a tant fait de bruit» Mais ceux-ci connais^ saient trop bien le sage Âlquife pour s^y laisser prendre: c'est là, à leurs yeux, une finesse du Roi cousue de fil blanc. Le madré monarque a joué son jeu habituel avec son compère Sully,

Cependant il s'agit de passer à Vautre bord : Hic opus, hic labor est. Ne irq^^rse pas le Styx qui veut: Caron se montre intraitable vis-à-vis des

ombres, à plus forte raison à Végard d^un vivant. Pour fléchir le farouche nautonier en faveur de notre héroSy il ne faut rien moins que la caution d^un bon diable qui le rencontre là, un diable^courtisan ^ lequel est courrier entre Paris et V Enfer ^ et dûment commissionné ad hoc par M. de La Varenne, le contrôleur des postes. Cet utile fonctionnaire fait aussi [comme de juste) la contrebande : sa malle est pleine « d^ étoffes pour des caleçons aux dames de Paris » . La Rivière veut absolument profiter de Voccasion pour sauter dans la barque; mais Caron le repousse durement, et cela dans son propre intérêt, car, lui dit-il, les médecins, retrouvant là^bas tous leurs clients, seraient immédiatement écharpés par eux!

Le nouveau venu est à peine débarqué dans le royaume de Pluton, qu'ail se trouve en présence de deux jeunes gens se battant en duel avec un extrême acharnement» « Ce sont à coup sûr deux Français y», pense-t'il ; et, en effet ^ il reconnaît en s'* approchant le jeune comte de Laval^ huguenot converti, et M. de Bauves, fils de M. Du Plessis-Mornay. Il leur tient un beau discours sur cette folie, dont il leur fait honte. On Vécoute, on s^apaise, et tous trois se dirigent, en devisant sagement de chose et d^ autre, vers le Collège des Jésuites, où commande, non pas un recteur ni un provincial, mais bien un capitaine, le R, P. Claude Matthieu, r^jr-courrier de la Ligue, accoutré en batailleur, comme il convient aux Jé^ suites,,, en Enfer. Tandis que M, de Bauves regagne son logis [car il aurait horreur de mettre le pied en pareille maison), M. de Laval conduit notre hôte àla chambre quHl a en ce Collège, et il le fait passer par la salle de théologie, où se trouve une grande affluence de gens qui se pressent pour entendre une

harangue. L^orateur est feu M. Marion^ le célèbre ex-avocat général ; son éloquence est employée à dénoncer un horrible scandale donné naguère à Paris par le père Cotton, lequel a « forcé une fille.,, et le diable qui estoit dedans » à commettre en sa faveur toutes sortes dHndiscrétions fâcheuses. Il faut, s^écrie-t'il^ que ledit père Cotton soit puni par le gé" néral de VOrdre : on n'a qu'à le lui envoyer dire à Rome, Quant à ce diable qui a eu la faiblesse de lui céder, le :{élé avocat général Va incontinent fait poursuivre, saisir, garrotter et juger. Sur quoi^ le père Claude Matthieu ayant fait droit auxdites ré-quisitions, le pauvre diable est amené pour être livré au bourreau d*Enfer, lequel n'est autre que frère Jacques Clément^ — car c^est chose digne de remarque que « tous les officiers d'Enfer se trouvent être des Français ». ^w moment oti Von va chercher la discipline de monsieur V Archevêque de Sens pour administrer au patient les vingt coups auxquels il a été condamné, il se découvre que cette discipline est... une queue de renard, aveclaquelle le vénérable prélat « a accoustumé doter la poussière qui s^a» masse sur son bréviaire » .

S^ étant ensuite retirés dans la chambre de M, de Laval, nos deux personnages reprennent leur entretien, et le jeune comte s^ouvre naïvement à son compagnon sur les mobiles qui Vont induit à faire, lui aussi, le saut périlleux. Comment résister à la tentation de balancer son rival, le duc de Rohan, et de s'assurer une influence prépondérante en Bretagne, en s^ affiliant au parti catholique par son abjuration, tout en conservant d'ailleurs à sa dévotion bien des protestants , par le moyen de sa mère, M^^ la maréchale de Fervaques, demeurée huguenote ?

La situation présente des huguenots ^ la ligne de conduite de Henri IV et de Sully, les succès croissants des Jésuites auprès du Roi et leur prétention avouée d^ envahir V Université, tout cela défraye tour à tour la conversation.

Bientôt survient le capitaine Claude Matthieu, qui accueille notre visiteur avec sa courtoisie matoise, et l'aborde avec ce ton doucet et mitouard, propre (alors) aux Révérends Pères. On cause longuement et en toute confiance du bon père Commelety ce u grand et gros homme de bien » ; de la Reine Elisabeth, de son successeur le Roi Jacques I et de 9 la messe bannie d* Angleterre », de la conjuration des Poudres. Père Matthieu a grand soin de s* en laver les mains et de déclarer tous ses « confrères inno^ cents de ce complot », dont il jure bien que « pas un ne se fut mêlé... s'il eût cru que cette affaire dût être découverte. »

La cloche du souper ayant sonné, on se rend au réfectoire. Chacun des convives reçoit pour sa portion les viandes qu'il a préférées durant sa vie : chapeaux de cardinal..» en peinture; bonnes grâces de princes; grands desseins et révolutions d^État... sur le papier. D^aucuns ont la confession des dames, la chronique secrète des ménages... ; d'autres^ des engagements de néophytes gagnes à la Société. Il en est qui se contentent d^épigrammes d'écoliers, de couronnes de clinquant destinées à certains costumes des tragédies de rhétoriciens. Bref, tousse nourrissent de viandes fort creuses^ de petits mets remplis de vent. Aussi leur hôte est pris de peur qu'on ne lui serve semblable cuisine : mais que nenni! Les bons pères ont grand soin de bien traiter leurs amis : on lui apporte « dUin bon oison de la table du cardinal de

Sourdis », avec indulgence plénière pour en user:,. Pendant le repas, on fait la lecture réglementaire dans un livre de haute édification, doctement com^ posé par M, le connétable de Montmorency, et trai" tant : i^ de la Chasteté de la marquise de Noirmoutiers ; 2° de la Vie et Gestes de M, de La Varenne, Au dessert, le lecteur donne connaissance à Vaudi" toire des « Nouvelles Orientales », et entre autres de « la Conversion du grand Sophi de Perse par un de la Société ».

// se fait tard. Les chemins n^ étant pas sûrs la nuit,,, en Enfer, notre voyageur est invité à parta^ ger la chambre de M, de Laval. On lui promet que le lendemain matin, après la méditation de cinq heures et quart , un de la Compagnie lui servira de guide pour achever son pèlerinage y et lui fera « un commentaire bien solide sur le V7« livre de /'Enéide »,

La nuit terminée, on se met donc en route, en commençant par le quartier des Sept Péchés mortels, que notre pèlerin a désiré visiter, sûr qu'il est d'y trouver nombre de parents et d'amis. Il ne veut nommer personne, mais « les premiers quHl rencontre là, entre les bons ivrognes et gens de bonne chère » , sont... le feu comte Charles de Mansfeld, le feu comte de Salm, M, de Bassompierre et M. de Haussonville , avec M. de Schomberg^ sergent-major de cette troupe, où apparaît surtout un très-grand nombre de Suisses et d'Allemands, Leur supplice consiste à être tous attablés, « le bonnet de nuit en tête et le pot de chambre entre les jambes n, devant force « bonnes et succulentes viandes salées », au milieu desquelles se tient debout le marquis de Pisani, qui ne leur permet pas de boire plus souvent que lui-même. Or, le marquis n'a pas bu depuis sept mois.

Heureusement que la venue d^un étranger est une occasion de boire un coup, et que^ en son honneur^ M. de Pisani y consent. Aussi quelle fête! quels cris de joie!

Chacun de ces morts demande à notre vivant des nouvelles de ceux quHl a laissés sur terre, et le charge de messages et recommandations pour eux.

On passe au quartier des Larrons, non sans avoir , à la sortie, maille à partir avec un maître diable qui prend notre étranger pour un ivrogne en rupture de ban, et veut à toute force le réintégrer à la terrible table. Son passeport exhibé fait enfin reconnaître Vendeur, le diable s"* excuse sur son s^èle extrême pour la police et justice d'Enfer, lesquelles on s^ applique en ce pays à conformer « de tout point à la justice française », — « principalement pour la longueur des procès et de la prison ». Après cette alerte, notre voyageur, ayant traversé un petit pont (qui ressemble fort à celui de la rive gauche de la Seine), se trouve dans une île où Von voit tous les larrons de Paris^ notamment « des financiers, plusieurs trésoriers de sa connoissance^ un grand nombre de gabelleurs, partisans et autres, tels que Parant^ Vexpartisan du sel, qui est là bien salé, de peur qu*il ne pourrisse »,et qui s* exprime avec sincérité sur toutes ces choses de la finance, a en homme expert aux affaires dî* Enfer ». // déclare donc que ce serait tout profit pour ses confrères si on les pendait en Vautre monde, comme ils le méritent, afin quHls y fissent pénitence. Cela les mettrait en état d^aller droit aux Champs-Elysées sans avoir à endurer Vépouvantable misère qui les attend ici, oii ils tombent en pourriture, à tel point que lui-même, le croirait-on ? tout son sel n^a pu Ven garantir.

Tout à côté sont les Avocats, qui ne souffrent' pas moins, pour tout le mal quHls ont fait. Us n*ont même pas la consolation de s'en pouvoir plaindre,, attendu qu^on leur coupe à tous la langue^ cette perverse qui fiit Vinstrument de tous leurs mi» faits. Haro sur ces baudets !

En une maison asse^ proche sont MM. les Conseillers ^t Juges, en robes rouges ou noires, assorties à leur condition et à leurs vertus. Les présidents Duranti et Brisson sont là, s^entretenant du danger d'une populace mutinée et de la mauvaise chance qu'ils ont eue de tomber, à Toulouse et à PariSy entre les mains de gens séditieux; à quoi ne peuvent con' tredire Vavocat général Daffis et le conseiller Lar» cher y c à qui la peur leur en ôta la parole ». — Le feu président de Thou s'enquiert de son fils et de ^on Histoire. Le feu chancelier de Chivemy, plongé dans la lecture d'une lettre de M^^ de Sourdis (avec laquelle il avait été du dernier bien), ne remarque pas d'abord la présence de notre visiteur ; V aperce» vont enfin, il lui fait fête, et se joint à M, de Thou pour le charger de commissions. Il en est de même du feu président de La Guesle, inquiet de la roton» dite de son fils, le procureur général, et de la stérilité de sa bru. Feu Lugoli, le célèbre lieutenant du grand prévôt, ce tourmenteur des inculpés et des condamnés, est momentanément absent pour le ser~ vice de son maître; sans quoi y il serait là, en proie au plus horrible des tourments et poussant des cris de désespéré.

Notre voyageur demande à aller voir « ceux qui ont aimé les belles gens 9, afin que leur vue le fasse plus homme de bien ; et il désire, après avoir passé par la Tournelle et le palais du roiPluton^ se rendre

au logis des princes. Chemin faisant f il aperçoit deux duellistes qui . s'escriment : Vun est encore M. de BauveSf qu'il lui faut derechef gourmander vertement, et Vautre feu M. le maréchal de Balagny^ bien plus vaillant^ ce semble^ après sa mort que de son vivant, mais toujours aussi présomptueux.

On fait la paix. Le bouillant flls de DuplessiS'Mor^ nayse calme et accompagne son sermonneur jusqu* au logis de feue 3f™« Catherine, sœur du Roi, laquelle le reçoit très-cordialement, et, après s^étre informée de son ex-époux le duc de Bar, du Roi son frère, du jeune dauphin, de 3f"® de Verneuil, des enfants nés ou à naître, le convie à dîner avec elle^ ainsi que le jésuite, son guide, — non sans quelque gausserie à ce sujet. Elle dîne d'un livre du célèbre médecin Fernel <K sur la gi'ossesse » {on sait quelle avait été son idée fixe à ce sujet), et régale ses hâtes de lentilles accommodées à Vhuile d^olive, selon la mode de Béarn, On prend congé d'elle, on se rend che;( la Reine-Mère, — laquelle est en train de se confesser au cardinal de Lorraine. Admis enfin à la saluer, notre visiteur s'acquitte de son message^ dont elle feint {car elle feint toujours!) d'être enchantée. Arrive alors le diable-courrier, et sa venue lui fait d'abord appréhender quelque mauvaise nouvelle, comme par exemple de nouveaux États de Blois» Mais non, c'est seulement une copie du testament de sa fille, la reine Margot, qu'on lui apporte. Cet envoi lui fait faire un retour pénible sur le passé; cependant elle se laisse persuader d'écrire à Margot, tout en enrageant de son démariement, une lettre dont notre narrateur nous communique une copie qu'il a eu la bonne chance de pouvoir en tirer à la dérobée.

Prenant congé de cette feue Majesté qui n'est rien

moins que contente^ il convient avec le diable-poste quHls partiront ensemble le lendemain matin. Sans doute il a bien des choses à visiter encore, mais il remettra le reste à une autrefois, car il lui tarde de remonter au monde et de souper che^ lui, en la rue Saint-Honoré, Pourvoir dHci là le plus essentiel, il se fait donc conduire par son guide à la cour de Pluton, Le palais de ce souverain lui rappelle les vieux bâtiments du Louvre, et les deux lettres géminées ?P. PP., qu^ il aperçoit partout, lui font commettre une étrange méprise : il y croit voir un signe de la.,. Papauté; on Vavertit que ce sont tout bonnement les initiales de Pluton et de Proserpine. Toutes les portes de V Enfer s^ ouvrant devant un jésuite, surtout celles du palais du roi, il pénètre facilement dans Vintérieur.^ et y trouve tout le monde en Pair à V occasion d'une fête qui se prépare pour les noces de Florimond de Raymond^ V ex-conseiller au parlement de Bordeaux, le pourfendeur de V Hérésie, lequel se marie à Villustre Jeanne la Papesse. Justement le mariage se célèbre en cet instant à la chapelle, et Pluton, qui est un bel homme ressemblant singulièrement à M. de Lesdiguières, honore la cérémonie de sa présence. Qjiant à Proserpine^ un mal de dents Va forcée de garder la chambre. Florimond de Raymond est en habit de prêtre ; la mariée n*a point de couronne, n^ étant point pucelle. Sur ces entrefaites, se présente le bonhomme Justus Lipsius : il a repris son nom de Jodoce Liep et porte une bonne robe fourrée que Notre-Dame lui a envoyée pour lui tenir chaud en Enfer ^ en récompense de celle que lui-même lui avait naguère laissée par testament. Puis survient le pape Léon XI, qui a quitté la terre fort à V improviste, au grand dé-

plaisir de VÉglise, et tout particulièrement de 3/n>« Conchine [la Galigat), laquelle avait compté sur lui pour obtenir des indulgences, — non certes point des richesses ou des grandeurs (c^est, comme chacun sait, le cadet de ses soucis!) — Mais^ holà! qu^ est-ce? que veut dire ceci? le Saint-Pontife répond par des coups de bâton, et son bâton est... une marotte. C'est qu'il est devenu, hélas! le fou d^ Enfer, pour avoir été si sot que de quitter la terre et le Saint-Siège à contre-temps. Enfin se présente un diable-messager arrivant d^ Italie et qui apporte des dépêches de Vambassadeur de Pluton en résidence à Rome. Bonnes nouvelles! le Pape donne en pur don à la Diablerie sa République de Venise: il faut seulement qu^on se hâte d'en prendre possession. Deux ambassadeurs sont encore annoncés; Vun, de la part des Suisses; Vautre, des électeurs de VEmpire. Pluton en est médiocrement satisfait, car cela va faire renchérir le vin en Enfer ; néanmoins il leur fait bonne mine et les prie à une comédie qu'on va représenter. Les voici qui défilent : « tous de bons ventres, et plus propres à enfanter Bacchus que ne le fut Jadis la cuisse de Jupiter. »

Oit se trouveraient les bons acteurs si ce n^est en Enfer, le Paradis leur étant fermé? La représentation commence par une Pastorale.

On voit paraître une vieille bergère^ aussi vieille que Carmenta, la mère d^Évandre. Elle fut fort galante et fort courtisée en son beau temps; aujourd'hui la voilà qui caresse un vieil aigle, qu'elle porte lié à son bras par sept gros cordons. Deux bergers accourent, tous deux bien escortés, et se mettent à lui faire Vamour avec autant de passion que si elle eût été une marquise de Verneuil ou une comtesse de

Moret. L'un des bergers s'appelle Henriot; il proteste d'une passion vive et déjà ancienne, dont il a donné des preuves assej^ éclatantes. Ne Va-t-on pas vu prendre prétexte, il y a trois ans, de la turbulence de deux béliers d'une de ses tenues, pour venir jusqu'à la porte de la maison de la dame de ses pensées, et réveiller ses gens en une de ses censés^ nommée Cièves ? ' Il n'a pas caché son dessein, qui est d'obtenir Vhonneur d'être le grand maître de sa bergerie et le gouverneur de son aigle. Il sait l'art de la faire infailliblement rajeunir au moyen d'une herbe enchantée ^ qu*on appelle a l* herbe des É eus ». Pour ce qui est de son rival ^ qui va lui faire à son tour la même déclaration, c^est, dît-il, un « jeune veau »; i7 faudra qu'elle s'en méfie sagement^ car elle aurait à se repentir de l'avoir écouté.

L'autre berger, qui se nomme Philippot, se borne^ « avec la permission du Saint^Père, de ses confeS' seurs,etde son gouverneur de Lermeib, à se prévaloir des mérites de ses ancêtres, non des siens propres, dont il fait bon marché. Il vante son caractère pacifique et débonnaire^ et tombe sur ce diable de Henriot, qui est» dit^il, un mauvais garçon^ capable de devenir aussi glorieux, après le marché fait^ quHl se montre actuellement courtois et honnête, — La bonne vieille alors se contente de dire qu'elle n'est pas bien habillée et qu'elle veut envoyer quérir une jaquette

I. Il est à remarquer que la nouvelle consignée par L'EstoUe en son Journal, aussitôt avant la mention de l'emplette faite par lui le 3 avril 1609 de la Descente aux Enfers, est justement la mort de ce Guillaume, duc de Juliers et Clèves, neveu de Charles-Quint, arrivée le 25 mars, et qui donnait ouverture à l'exécution des grands projets militaires et politiques de Henri IV.

par delà la mer. — Les bergers, pour finir ^ chantent la prudence de leur maîtresse.

A cette Pastorale succède une Tragédie : a La vie et la mort de feu M. de Guise. » L^ acteur chargé du rôle du duc fait de lourdes fautes^ mais c'est pré^ cisément en quoi Von remarque quUl est bien dans son rôle et représente son personnage au naturel. On est particulièrement charmé d'une prophétie faite à M. de Guise , la veille de sa mort, par V archevêque de Lyon, lequel lui prédit^ entre autres choses, que son fils serait certainement roi , ses neveux princes du sang, et que si quelque empêchement y était ap' porté, ce serait non pas par la fleur de Us. mais parun allérion gros et gras (celui des Montmorency),

Enfin, une Comédie, ou Farce, termine la fête, et réjouit fort rassemblée. On voit apparaître en scène tous les bâtards du roi d'Angleterre, lesquels demandent au Pape la censure d*un livre composé par le roi de France : De la virginité ! M. d'Allincourt s^ alarme et appelle à la rescousse les gentilshommes français contre cette impudence des Anglais, asse\ osés pour vouloir faire ainsi les maîtres à Rome. M. de Nemours, pour son malheur^ répond à V appel; mais M. Villeroy se tient coi, et pour cause. L^Espagnol accourt en personne et s'efforce de tirer /Vpée,., de son aïeul; mais il y a près de soixante ans qu'elle fst rouillée au bout du fourreau,— 'Tout cela joué de la façon la plus drolatique.

Les jeux achevés, on va coucher Florimond avec sa femme, et tandis que tout VEnfer s'en donne en^ core à cœur-joie, notre pèlerin malgré lui s'esquive et se retire au collège des Jésuites, pour partir le lendemain matin avec son diable-poste et revenir à Paris.

Telle est la donnée^ tels sont les personnages et épisodes que Vauteur a ingénieusement disposés dans son petit cadre, L'Enfer a ainsi sa place dans les anr nales du pamphlet français et de la parodie. // est bien du cru qui nous avait déjà donné les Sotties du moyen dge, Pantagruel et la Ménippée ; qui nous donnera .bientôt /'Anti-Cotton, la Confession de Sancy et le Baron de Fœneste (qu^on ne saurait se dispenser de nommer ici) ; et plus tard^ les Provinciales, puis les Lettres persanes, puis Zadig et Candide ; enfin^ le Vieux Cordelier; /£5 refrains d*un certain chanson^ nier nommé Béranger^ tels que ce Roi d'Yvetot et ce Marquis de Carabas, bien connus dans notre histoire; le Pamphlet des Pamphlets, du vigneron Tourangeau^ et^ de nos jours f les brûlots de Timon. En un mot, c'est bien un filet de la verve rabelaisienne, un petit paquet d^ étincelles de lagaîté gauloise.

Plus d'une fois, le lecteur rira de ces actualités, vieilles de plus de deux siècles et demi , et toujours actuelles; plus d'une fois il se dira que « dans ce temps-là, c'était déjà comme ça »,et qu'il n^y a rien de nouveau sous le soleil, — en France, du moins. Les années passent, « on danse sur des volcans, » on révolutionne, on saute et ressaute de monarchie en république, de république en monarchie ^ comme moutons de Parnuge; et toujours on reste avec les défauts de ses qualités^ comme avec les qualités de ses défauts, Oest, de règne en règne, la même pastorale et la même tragédie, la mëkie comédie, /a même

farce; c'est surtout la même parade militaire. En un mot y c*est la fameuse comédie humaine, telle qu^on la cultive en France.,, et ailleurs! — Tantôt les médecins (p. 4 et 11), tantôt les Jésuites (17, etc.)^ tantôt les ultra-montains et les gallicans^ les hu^ guenotSy et les ultrahuguenots , sans compter les ultralibertins, et les cumulards des deux camps. Ici la mode parisienne exerçant son empire despotique^ et faisant faire, à son profit, la contrebande par la poste elle-même (9); la question chevaline (9- 10]; la question universitaire ( 29-30); la question d^argent et les financiers pourris (45); la discipline de Monsieur..., de Sens* (23), et les dettes de Monsieur,,, de Beaumont (20); les mascarades et changements de métiers (22) ; et le vaudeville des m écus du beau-père » (24), qui amuse toujours, et Vimportante question des intrigues et formules épistolaires (27); le chapitre des complots et trahisons (33), et celui des banquets (36), où ne manque ni Poison ni Vindulgence (37)... Plus loin^ c*est Vivrognerie (40), puis les larrons de toute espèce (44), les femmes fardées et les hommes crevés (39); la sacro-^ sainte magistrature (48) et les excès de \èle de Vadmirable « justice française v (44) ; la rage absurde et inassouvie des dueîs {i3-54) ; Vinterminable chapitre des illusions et des déceptions princières (56-62). Partout, les idées, les mœurs, les divertissements de la ville et de la cour, les noces et festins ébouriffants

I. Notre pauvre ville de Paris a bien connu, elle aussi naguère, et pour ses péchés, la « discipline », la « force morale »» ainsi que les homélies de messieurs... tels et tels!... Et elle les a payées bien cher! Mais il y aurait trop à dire sur toutes ces navrantes tristesses de 1870 et 1871 ; le moment n'est pas venu.

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(64). Puis la sempiternelle question romaine (67) et lespasquinades. Voici même {6 rapprochement fatal!) une démonstration du vainqueur de la Ligue.,, sur Met:( (Sa), et^ qui plus est, une reprise des canons,,, de Sedan (S-ay), — mais bien préparées, celles-là, bien conduites, et réussies! Enfin, ce sont les éternelles rivalités des souverains pour la prééminence (70} et cette autre interminable question, la question espa^ gnole, d'où va surgir une nouvelle guerre, arrêtée par.,, un assassinat, lequel donne lieu {pour comble de malheur) à une nouvelle régence italienne.

Voilà — {nous n^avons fait que résumer et trans" crire) — Valpha et Voméga de notre Enfer. H est donc de tous les temps, et nous pouvons dire au nôtre :

Mutato nominei de te Fabula narratur.

Seulement, en 1609, la Bastille était debout, et Von y entassait beaucoup de millions, — habitude qui s'est bien vite perdue, ce qui, plus tard, it*a pas peu contribué sans doute à Vaccident qui survint à ladite Bastille, le 14 Juillet 1789.

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