‹ L'engrenage; comédie en trois actesChapitre 33 sur 84 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Mme REMOUSSIN seule, puis REMOUSSIN.

Allons! Puisqu'il faut tout lui dire, autant que ce soit tout de suite... (Elle va vers la porte de droite. Romoussin entre, un journal à la main. Il est très correctement vêtu, redingote. Sa barbe et ses cheveux sont soignés.) J'allais causer avec toi.

REMOUSSIN, entrant.

Ces journalistes sont assommants... On ne peut rien dire devant eux... Hier, dans le salon de la Paix je fais en plaisantant... Un de ces jours, j'interpellerai cette crapule de ministre. 11 y en a un qui a entendu cela, et il le met dans son journal.

Mme REMOUSSIN.

11 a répété le mot?...

REMOUSSIN.

Non... tu es simple... Ces choses là ne se disent que dans les articles de tête, dans les articles sérieux. Balbigny, ce matin, par exemple... Tu l'as lu, Balbigny "?...

56 l'engrf.nagr

M'ne REMOUSSIN.

Non.

REMOUSSIX.

Ah! Il lui en dit des vérités... Idiot, concussionnaire, voleur, canaille, etc., etc..

M^e REMOUSSIN.

Oh!

Son article est certainement le plus violent qu'il ait jamais écrit.

Mme REMOUSSIX.

Tout cela n'est peut-être pas vrai...

REMOUSSIX.

Pas vrai ! Du moment qu'au bas d'un article, il y a la signature de Balbigny... car c'est un caractère, celui-là, un honnête homme, qu'on n'achète pas et qui n'a jamais transigé avec sa conscience. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je professe celte opinion à son égard... C'est lui, je puis bien le dire à prés3nt — ce sont ses articles qui m'ont poussé vers cette vie politique (Avec un sourire suffisant), dans laquelle je ne fais peut-être pas trop mauvaise figure, qu'en dis-tu?

Mme REMOUSSIN.

J'ai quelque chose à te raconter.

REMOUSSIN.

11 me semble que je commence à avoir à la Chambre une petite situation...

M"<= REMOUSSIN.

Je ne dis pas non.

ACTK DRUXIÈM!-] 57

REMOUSSIN.

C'est égal ! si on m'avait dit, il y a un an, que je prononcerais un jour, à la tribune, un iliscours demandant des droits sur les blés!... (Sincère). Et tu bien sais qu'il n'y a que ce moyen-là de sauver l'agriculture. II n'y en a pas d'autre... J'ai vu clair tout d'un coup...

Voilà ce que je voulais te dire...

REMOUSSIN, debout à droite poursuivant son idée.

La tribune... Ah! je t'assure qu'on aune fière émotion lorsqu'on se trouve là... La première fois, ça ne m'a pas réussi, c'est vrai... mais hier!... l'entre nous, on a tout de même un petit frisson (l'orgueil, en pensant qu'on parle à la représenta lion nationale, devant les tribunes, la tribune diplomatique... et en songeant que des sténographes sont là, écoutant votre moindre mot, pour le transmettre par télégraphe à l'Europe entière, en voyant ces jourutilistes qui le lendemain, porteront votre nom jusque dans les plus humbles bourgades...

G'estjusle.

M^e REMOUSSIN.

REMOUSSIN.

Il me semble que si j'étais femme, je serais fière d'avoir un mari dont on parle tant.

Mi"e REMOUSSIN.

Ecoute-moi. Il faut que tu ailles voir le ministre de l'intérieur. .

oS l'engrenage

REMOUS s IN.

Celte crapule !

Oui.

REMOUSSIX.

Pourquoi faire? ... Jamais...

M»»« REMOUSSIX.

Si tu refuses. . . ta situation est perdue, el je passe en police correctionnelle.

REMOUSSIN, suffoqué.

Toi 1 qu'est-ce que tu as fait ?

MOIS REMOUSSIN. •

Moi. Voilà... L'autre jour, aux obsèques de l'amiral...

REMOUSSIN.

Eh bien ?

MfT'e REMOUSSIN.

J ai voulu y aller.

REMOUSSIN.

Oui, après.

M^e REMOUSSIN.

J'étais devant la Madeleine. Je ne voyais rien du tout...

REMOUSSIN.

Je t'avais dit d'aller près des Invalides.

Mme REMOUSSIN.

J'étais parvenue à fereer le cordon de gardiens de

Page 1