ACTE TROISIÈME
REMOUSSIN, furieux.
Eh bien, et la mienne ! Est-ce que vous croyez qu'elle est gaie, la mienne ! Je voudrais bien les voir à ma place.
MORIN
Ils n'ont plus d'économies, plus de crédit ; il y en a qui ont faim.
REMOUSSIN.
11 n'y a qu'une chose qui m'intéresse en ce moment, moi, c'est l'enquête sur le Simplon... Nul ne sait où on nous conduira avec cette bêtise de laisser la presse mettre son nez partout... Enfin, d'un jour à Tautre, je m'attends à voir votre nom et le mien publiés en lace d'un chiffre ! Je ne sais pas si cela vous est indifférent, mais pour mon compte, ça me préoccupe assez pour que je me moque des questions locales de grWes et de toutes ces chamailleries. Il s'agit de mon honneur et de mon bonheur. Je cherche à me détendre, que chacun en fasse autant. J'ai assez d'ennuis sans y ajouter ceu.\ des autres.
Vous exagérez tout.
REMOUSSIN.
Je n'exagère rien... Une fois les noms publiés, qui vous dit qu'on ne déposera pas une demande de poursuites contre nous ? Alors, après ça, c'est l'inconnu.Si onlaisse commettre cette bêtise, je ne sais plus ou nous allons...
MORIN
Voyons... Je suis dans le môme cas que vous. ..
Pensez-vous que ce soit de bonne politique de fuir Paris comme vous l'avez fait et de rester enfermé ici... Mais, mon cher, votre attitude appelle les soupçons... Si vous-même, vous vous croyez coupable, ou si vous en avez l'air, comment voulezvous que les autres vous considèrent comme innocent ?
REMOUSSIN.
Ah ! vous avez peut-être raison, mais je ne puis me refaire, n'est-ce pas ! Quant aux ouvriers, ils m'embêtent, vous pourrez le leur dire de ma part. M. Lecardonnel rentrera de Paris ce soir : qu'ils lui adressent leurs réclamations, moi je m'en lave les mains.
MORIN
J'ai peur que d'ici ce soir...
REMOUSSIN.
Quoi?
MORIX
Eh, mon Dieu, j'ai peur qu'ils ne se livrent à quelque excès.
REMOUSSIN.
Heureusement, il va la force armée...
MORIN
Heureusement.
REMOUSSIN.
Si au lieu d'avoir un gouvernement de carton comme celui que nous avons, un gouvernement de concierges, prêt a écouter tous les bavardages de messieurs les journalistes, on avait un gouvernement vraiment digne de ce nom, on commencerait