ACTE PREMIER
REMOUSSIN.
Jamais je ne voterai les droits sur les blés. M. MORIN, frappant sur la table.
Mais, nom d'un tonnerre ! on ne vous demande pas de les voter, on vous demande de dire que vous les voterez, il y a une sacrée différence, il me semble !
Ma promesse.
M. MORIN
Votre promesse, votre promesse. . . Vous serez malade le jour du scrutin, voilà tout. Il y a toujours moyen de s'arranger !
REMOUSSIN.
Non. Je ne ferai pas cela-
Eh bien, je dis, moi, que vous êtes un mauvais patriote... Parfaitement. Vous sacrifiez à vos visions les intérêts primordiaux et permanents de votre pays.
REMOUSSIN.
Ne dites pas que je suis un mauvais patriote.
C'est vous qui m'y forcez. (Doucement. ) Voyons... il y a les intérêts du pays... mais il y a aussi les miens qui sont les mêmes. Au nom de notre vieille amitié, je vous supplie d'accepter. Vous ne savex pas le plaisir que vous me ferez en culbutant M. Vaudrey.... Allons, Kémoussin, allons... faite cela pour moi.
REMOUSSIX.
Je ne peux pas.
Eh bien, mon cher, vous êtes un faux ami. De plus, et ici, j'élargis le débat, de plus, dis-je, vous manquez à votre devoir.
REMOUSSI.V.
Moi ?
M. MORIN
Je sais ce que je dis. Vous n'avez pas le droit d'abandonner les 5437 électeurs qui se sont comptés sur votre nom, vous n'avez pas le droit de fuir ce combat où vous les avez engagés. Leur confiance vous mpose une obligation absolue, celle de continuer. Si vous rentriez sous votre lente après un insuccès, vous seriez semblable à un général qui jetterait son épée après le premier combat. Ce serait une désertion, entendez-vous, une désertion! II y a. dans la circonscription 5437 pères de famille qui comptent sur vous pour défendre leurs libertés et leurs propriétés menacées ; vous ne voudrez pas, après leur avoir donné tant d'espérances, leur causer une déception aussi amère, aussi cruelle, aussi inattendue.
REMOUSSIN, très sincère.
Voilà le seul argument qui me touche.
M. MORlN.
A la bonne heure ! Tenez, ces braves gens ont commencé un pétitionnement, et ils ont chargé les présidents des comités des trois cantons de venir vous en faire part. C'est aujourd'hui jour de marché, vous le savez. Ces présidents sont arrivés