‹ L'énigme allemandeChapitre 15 sur 106 · PE · texte numérisé non relu

PE

j'ai vu, tout ce que j'ai connu, les dément. Cepen-

dant celui qui me les tenait est un personnage de qui la parole mérite crédit, et je n’ai pas le droit de les distraire d’une enquête qui n’a d'autre raison d'être et d'autre intérêt que son exactitude. Homme de lettres, critique, conférencier, directeur et principal rédacteur de la revue Pan, M. Kerr est connu pour une grande franchise de pensée et de sentiment, pour son esprit hardi et souple, pour son amour de la logique et du paradoxe, qui n’est que la logique de l'imagination. Sa critique, intelligente et acérée, mais ironique et dure, est redoutée. Les Allemands le tiennent. selon un mot qu'ils chérissent, pour un « dilettante », entendez un homme cultivé, qui se plaît au jeu des idées. Il est en même temps fin et âpre, imaginatif et précis, et tout animé de cette complexité singulière qui, devant l’âme germanique, sera l’éternelle surprise de l’âme latine. Et 1l est fort séduisant. Il a quarante ans environ, une chevelure en bataille, une courte moustache hérissée. s’arrêétant net au coin de la bouche, une barbe en

collier, et, dans un visage jeune et rose, des yeux candides qui vous regardent avec une sorte de timidité. Il parle d'une petite voix alerte et claire, qui va vite, se reprend souvent, et semble toujours préparer une excuse; mails, quand vous croyez que l’excuse va se formuler, c’est une proposition renchérissant sur la précédente que lâche doucement la voix gentille.

J'entends encore le premier mot, je vois le premier geste de M. Kerr. Je lui exposais l'objet de mon enquête, je lui disais que j'avais déjà causé avec des hommes politiques, des professeurs, des financiers... Brusquement, 1l m'interrompit, et sa voix mince Jeta :

— [ls ne vous ont pas dit la vérité! Personne ne vous dira la vérité! Personne! Entre vous et nous, il n y a que du mensonge!

— Mais vous ne savez pas ce qu'ils m ont dit!

— Je le devine. Ils vous ont parlé des sympathies de l'Allemagne pour la France, mais ils n’ont pas osé ajouter que ces sympathies, si réelles qu'elles soient, n’excluent en aucune manière la possibilité d’un conflit. Dans l'esprit de tout Allemand, coexistent ces deux faits : d'une part, l'attrait exercé par la France, d'autre part, l’acceptation de l’idée de la guerre. Voilà ce que les Allemands ne disent pas aux étrangers.

— Et ils le pensent, ils en parlent?

— Cela fait partie du bagage des idées communes. La perspective d’une nouvelle campagne ne rebute personne. On s’en entretient sans émoi, on en suppute le profit : l’anéantissement de la France, une indemnité de guerre de vingt-cinq milliards, car on se rappelle que, la dernière fois, vous avez vraiment payé trop facilement. Et l’on se frotte les mains... Vous souriez? C’est que vous ne connaissez pas l'Allemagne d'aujourd'hui! C’est un pays de marchands; ce qui y domine, c’est l'amour du gain; gagner de l'argent, être riche, on n’y a pas d'autre idéal!

— Fort bien; mais, au milieu de si aimables projets, je ne vois guère de place pour la sympathie.

— On aime véritablement tout ce qui est français. La France est, je pense, de toutes les nations non germaniques, celle qui attire le plus l'Allemagne. Nous trouvons en elle des dons qui nous manquent et nous font envie. Elle enchante les lettrés par sa langue si précise et si souple. Elle est un peu, pour l'Allemand, comme une femme ou un bel enfant; il raille volontiers ses travers, mais ne peut s'empêcher de l’aimer. Ce n’est donc pas une querelle personnelle que l’on vous chercherait. Non, ce n'est pas cela. Mais il y a l'intérêt, le profit, comprenez-vous? Toute lAllemagne est hypnotisée par le profit. Elle lui subor-

LTR Len ar ee amet 2

Se

Sci ASS

e are

. mure » à im. : Eee 22 = LE pee ame pt ” = : ; pare Le 2 ne jun) pis S- RE. Pepe et æ TENTE D SE CS È ge Les re ME nb mod ot ed D me qe emmener; ho bé ottiti L L de 24 LÉ Slt L | , : ” ve ’ é > Fa « ‘

donne tout. Plutôt que de risquer un trouble dans ses affaires, la Prusse préfère subir de honteuses humiliations, comme, par exemple, son régime électoral. C’est tout dire. Dès lors qu'il ne s’agit que de jouir, l'adversaire est indifférent.

— Je ne vois pas bien.

— Vous êtes riches! jeta âprement M. Kerr.

Il reprit :

— Vous êtes riches! Donc vous gênez, donc on convoite vos biens... Mais je dois dire que l'on regarde du côté de l'Angleterre beaucoup plus que du vôtre.

M. Kerr partait sur l'Angleterre. Je le poussai.

— Jci, on n'oublie pas 1911. Ne l’oubliez pas davantage, quoi que vous entendiez chez nous, si vous avez de la gratitude et de la prévoyance. L’Angleterre, alors, vous a bien servis; elle peut vous servir encore; elle est l’amie forte dont vous avez besoin; au lieu qu’une alliance avec l’Allemagne, en vous brouillant avec elle, vous laisserait sans amis. Une telle alliance, ah! de tout mon cœur, Allemand, je l'appelle! Français, non!

— Je ne vous comprends pas, dis-je. Selon votre hypothèse, nous perdrions une amie sans doute, mails pour en gagner une autre.

— Ne vous y fiez pas. Avec l'Angleterre, vous avez partagé le monde, et vous savez à quoi vous en tenir. Avec l’Allemagne, ce serait une autre

affaire. Elle est en plein développement : sait-elle de quoi elle aura besoin plus tard?

— Cependant la paix du monde?

— La paix du monde? Pour l'Allemagne, c’est de posséder des colonies. Les vôtres sont belles.

Il y eut un court silence. Tout cela m’intéressait extrêmement. Je repartis :

— Et vraiment, c'est de cela que les Allemands s'entretiennent?

— Mais oui. Ce sont du moins les dispositions dominantes du moment. C'est de cette manière que l'Allemand songe à régler ses petites affaires. Si, comme elle, vous cherchez à déchiffrer l’énigme de demain, réfléchissez bien. Or la clef est dans votre poche : la France et l'Angleterre, unies, sont invulnérables. On piétinera sur place, on se défiera au besoin, mais on ne bougera pas. Désunies.… Ah! dame, elles seront à la merci de l'Allemagne, et la guerre s’ensuivra d’une façon presque automatique.

— Par une poussée de l’opinion?

— Par la logique des faits, qui la rendront nécessaire, ce qui est bien plus grave. L'opinion n’a, chez nous, qu'une importance relative. Elle est d’ailleurs formée par les cercles dirigeants, je veux dire que le chef d'orchestre qui la conduit, c’est le gouvernement lui-même, et les pangermanistes, qui en sont l'élément le plus remuant, n’ont qu’une

| action très limitée. Ne parlons donc pas de l’opi- LA | nion; surtout n’appelons pas de ce nom la rumeur fe :À que fit le mécontentement causé, l’année dernière, par la politique gouvernementale, dont les maladresses ont réuni contre elle tous les partis. Et D qu'en est-il résulté? Rien.

| — Comment croire à la fatalité du conflit, si |: la nation n y est pas consentante? Il n'y a pas Le d'autre question que celle-ci : Est-ce qu’une guerre | serait populaire? L’Allemand a-t-1l envie de se battre? [rait-1l au combat avec allégresse?

— Il y a, dans le tempérament de la race, un

plus ds én

fond guerrier, un superflu de force qui ne demande

“ à #1 FEI Het DA à # t A | | LA !

qu'à s’employer. Puis l'Allemand est accoutumé à

obéir : vienne la guerre, 1l suivra aveuglément les

RE it + De

drapeaux.

(ll

— Tous les soldats, dans toutes les guerres, suivent les drapeaux.

aimée mt

— Les vôtres marcheraient aussi, et avec cou-

RE

rage, jen suis convaincu. Mais marcheraiïent-ils avec la même discipline? C’est un mot qui, chez

PTT es ST RS ISERE PRE PU A SE

pe nantes Re — GE Ds art dériris és

ni >

Ti fes jé

vous, na pas tout à fait le même sens que chez

ff

nous, et je le comprends si bien! D'abord, vous possédez le bien-être; plus que nos hommes, les vôtres tiennent à la vie, qui leur est plus douce qu à eux : mauvaise condition pour se préparer à

= LÉ De

D mn

Re

enr ke ze ts

l’idée du sacrifice. Puis, vous êtes individualistes ; vous voulez savoir, comprendre, juger : c’est

FER ET de

ef .… mi, PR dd TE ie ii RP Dies :

at. à porain. gong

Page 1