‹ L'énigme allemandeChapitre 30 sur 106 · PLAT IS PET ET · texte numérisé non relu

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rents génants, étaient enchantés de mettre la France en avant, et qu’au fond, dans ce débat ouvert entre nous, l'Angleterre et la Russie ne faisaient que jouer leurs propres cartes... Je vous dirai que, dans l’analyse de nos communs rapports, nous apportons une vue beaucoup plus réaliste et objective que vous-mêmes. Vraiment, d’antagonisme d'intérêts, 1l n y en a pas; nous sommes évidemment, au contraire, en Europe, les deux peuples dont les intérêts directs sont le plus voisins. Iln’y aurait donc rien pour nous séparer, sans ce que vous savez. Cela, c’est le grand fossé. Les Francais ne renoncent pas à l’espoir qui est en eux.

Les Allemands, de leur côté — je vous demande pardon d’être obligé de vous dire cela — ne comprendraient pas que l’on songeât à remettre en question un traité écrit avec leur sang : comment s entendre? Ah! ç’a été une surprise chez nous de trouver une France si obstinée dans ses souvenirs!

M. Carl Fürstenberg se demande si l'Allemagne, afin de montrer sa bonne volonté à la France, en avantageant sa production, ne pourrait pas, revenant sur la clause de la nation la plus favorisée du traité de Francfort, lui offrir de conclure un traité de commerce qui abaisserait pour elle les droits de douane sur certains produits. En tout cas, il sait bien que quelqu'un ou quelque chose a sa responsabilité dans la persistance d’un antagonisme qui

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se nourrit, au jour le jour, de tous les prétextes : et 1l pense que c’est la presse. Non pas celle-ci ou celle-là, mais la presse des deux pays. Il se plaint que les journaux, par leurs informations tendancieuses et leurs polémiques, entretiennent une agitation pernicieuse (1). Il voudrait que, loin de rechercher les nouvelles irritantes, ils ne s’ouvrissent qu'à celles qui offrent un intérêt général, etilréve d’une réunion des directeurs des grands journaux allemands et français, qui serait en quelque sorte, dit-il, « le congrès des gentlemen dela presse », et qui, une fois pour toutes, déciderait de refuser la publicité des grands organes aux citations des feuilles à scandale et aux faits-divers sensationnels (2)...

(1) En 1888, Bismarck disait : « Tout pays, à la longue, est responsable des fenêtres cassées par sa presse; le compte en sera quelque jour présenté, dans un accès de mauvaise humeur de l’autre pays. »

(2) M. Carl Fürstenberg se rencontre ici avec M. A. Vanderpol, catholique français militant, de qui la propagande pacifique ne cesse de s'exercer, et qui à entrepris de tourner contre la guerre toutes les forces du catholicisme en Europe. Dans cette intention, il a créé une « Union internationale pour l'étude du droit des gens d’après les principes chrétiens », qui a déjà des ramifications dans neuf Etats, et il a fait un certain nombre de publications, telles que le Droit de guerre d’après les théologiens et les canonistes du moyen âge et la Doctrine scolastique de la guerre, qui établissent nettement la doctrine catholique. La tentative de M. Vanderpol est d'autant plus intéressante à signaler qu'elle est plus inattendue, le catholicisme militant étant, en France, le réservoir d’où le nationalisme tire la plus grande part de sesrecrues. M Vanderpol a d’ailleurs reçu l'adhésion explicite de nombreux prélats, notamment du cardinal Rampolla. En dernier lieu, il s’efforçait de réaliser un projet d'union — purement morale — entre journaux allemands, anglais, belges et français.

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Est-ce donc la presse qui, en juillet 1914, conduisait à Agadir la canonnière Panther? Est-ce la presse qui faisait si laborieux certains des entretiens de M. de Kiderlen-Wæchter et de M. Cambon? J'ai observé que la plupart des Allemands n’acceptent pas avec plaisir la conversation sur le Maroc : « Sur ce terrain-là, m'avouait un fonctionnaire, vous nous avez battus : on n'aime pas beaucoup à parler de ses défaites. » Mais c'est encore M. Helfferich qui me disait : « Que ce soit fini, que ce mot ne vienne plus entre nous. La question est vidée. C'est la plus grave qui ait surgi entre la France et l'Allemagne depuis quarante ans; elle ne pouvait pas se résoudre sans quelque fracas. Le Maroc est un gros morceau; lorsque l'enjeu est tel, va-t-on s'étonner que la passion se mette de la partie? Vous avez cru à de la taquinerie, à de la provocation? Mais non. Le développement incessant de notre industrie, l'augmentation considérable de notre population sont des faits avec lesquels nous devons compter. Nous n’avons plus le droit de nous désintéresser d'aucun partage, d’aucune attribution de terre nouvelle. La question marocaine se posait à nous par la force des choses. Mais encore une fois n’en parlons plus : c’est pour nous du passé mort. Faisons qu'il soit bien enterré, et souhaitons que, de part et d'autre, on ne lui permette jamais de se redresser. Nous

n'avons besoin, de notre côté, que de tranquillité et de paix. Laissons au temps le soin de panser les blessures et de nous faire oublier, à nous, le Maroc, à vous, le Congo.

J'ai répondu à mon interlocuteur :

— Soit. Puisque l’Europe s’abandonne à la curée coloniale, il est possible que votre désir d'y prendre part soit légitime. Veuillez cependant comparer, dans l'affaire marocaine, le point de départ et le point d'arrivée. Croyez-vous que, pour aller de l’un à l’autre, tant de soubresauts, de crises et de coups de théâtre étaient nécessaires?

— Je ne dis pas cela. En matière diplomatique, on ne Joue Jamais à coup sûr. On tâtonne. L’essentel est que la question soit désormais et irrévocablement réglée.

— Pour toujours?

— Je l'espère et je le crois sincèrement.

C'est ainsi que s’expriment les financiers allemands. Mais ce n’est pas seulement pour les entretenir de la guerre et de la paix que j'allais les voir. Puisqu'ils sont les administrateurs de la caisse allemande, je désirais causer avec eux de l’état de cette caisse : ils ne se sont pas dérobés à mon investigation.

Le docteur Helfferich est qualifié pour parler de la position financière de l'Allemagne. J'ai dit qui il

est; on sait aussi quelle puissance représente Ja Deutsche Bank, avec son capital de 200 millions de marks (250 000 000 francs) et les vingt-cinq banques secondaires qu’elle englobe, selon le système de concentration usité en Allemagne. A la fin de 1912, l’ensemble des capitaux qu'elle administre, avec son groupe, s'élevait à 4 milliards 672 millions de marks (plus de 5 milliards 800 millions de francs); ce groupe s'est encore accru depuis cette époque, et la Deutsche Bank est sans conteste, en Allemagne, la plus considérable des

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— Vous êtes dominés, me disait-il, par les sou-

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venirs du passé. On le sent chez nous, et c'est ce qui y crée cette impression de gêne. Vous gardez à notre égard une défiance qui se traduit dans les affaires financières, que je connais de plus près, comme dans le reste. Et cette même

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défiance vous induit en de nombreuses erreurs.

« L’un des sujets sur lesquels l'opinion francaise se trompe le plus gravement, c’est la richesse allemande. Permettez-moi de vous dire que vous l’avez mal taxée, et qu'il est regrettable, pour le bien général, que la politique française ait insuffisamment estimé notre force financière croissante. On croirait que, pour en parler, vous n'avez à votre disposition que des bilans d'une autre géné-

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ration, et que vous négligez l’évolution qui, de jour en jour, la développe et la transforme.

« Vous nous voyez toujours dans l’inquiétude, à la recherche de capitaux qui fuient, n’échappant au tourment d’une échéance que pour tomber dans l'alarme de celle qui la suit. C’est une grande erreur, une erreur déplorable, parce qu'elle en entraîne d’autres. La France est plus riche que l'Allemagne, je n’en disconviens pas; est-ce donc à dire que l'Allemagne soit pauvre? Nous souscrivons, chaque année, près de 700 millions de francs d'emprunts étrangers, exactement, pour ne pas remonter trop haut, 660 en 1910, 650 en 1911. C'est moins, assurément, que vous, qui, dans la même période, avez prêté à l'étranger 8 milliards 607 millions. Si pourtant nous faisons le compte total des émissions, tant extérieures qu'intérieures, nous constatons, pour l'Allemagne et la France, des chiffres sensiblement égaux.

« Dans les six dernières années (1906-1911), la moyenne annuelle des émissions à été, pour la France, de 4 milliards 334 millions de francs, et, pour l’Allemagne, de 4 milliards 829 millions de francs (1). Mais, en France, la demande intérieure étant médiocre, la plupart des placements vont à

(4) Ces chiffres sont pris, me dit M. Helfferich, pour la France, dans l’Économiste Européen (1911, p. 811); pour l'Allemagne, dans la Volkswirtschaftiche Chronik (1911, p. 4048).

l'étranger ; en Allemagne, au contraire, les besoins de l’industrie la font considérable, et les capitaux y demeurent. C'est ainsi que, pour les années 1910 et 1911, dont je vous donnais tout à l'heure les chiffres, la part des valeurs étrangères est, en France, de 84 pour 100 de la somme totale, — en Allemagne, de 16 pour 100 seulement; c’est, vous le voyez, la proportion renversée. On peut donc dire que la puissance financière des marchés français et allemand est à peu près égale, mais que, seule, diffère la nature des placements. »

C'est un argument, ce sont des chiffres que donnent volontiers les financiers allemands. Quatre Jours après cet entretien, M. Gutmann me disait à son tour : « Vous envoyez vos capitaux au loin; les nôtres vont dans nos industries. Ils restent dans le pays, ils travaillent pour nous, ils profitent à toute la nation, sous forme de salaires, de travaux et d'achats, tandis que les vôtres travaillent pour autrui. Notre argent nous sert à faire des affaires, mais le vôtre sert à permettre à d’autres d'en faire. Il vous rapporte trois ou quatre pour cent; le nôtre, le double (1). Voilà la différence.

(1) Le 30 novembre 1912, M. L.-L. Klotz, ministre des Finances, a annoncé, à la tribune de la Chambre, que, pour l’année en cours, les placements à l'étranger avaient été sensiblement inférieurs à ceux des années précédentes, et cela au bénéfice des valeurs françaises. Il à ajouté qu'il avait sa part dans ce ré-

sultat : « Le gouvernement, at-il dit, a considéré qu’il était de son devoir de faire en sorte qu’il y ait un équilibre entre les

Mais, concluait avec exagération M. Gutmann, la richesse de l’Allemagne n’est pas inférieure, j en suis convaincu, à celle de la France : elle s’augmente tous les ans de quatre à cinq milliards. Pas plus, mais pas moins. Et elle est assez grande pour nous permettre, à nous aussi, de prêter à l'étranger : nous avons de l'argent partout.

Ce chiffre est communément adopté en Allemagne. M. Helfferich le confirme. M. Rathenau le dépasse. M. Carl Fürstenberg en approche : « La richesse de l'Allemagne s'accroît chaque année, visiblement, de trois milliards de marks, et 1l est permis d'estimer à une somme égale les capitaux qui, prélevés sur les bénéfices réalisés, sont employés à la construction, à l'agrandissement d'usines et autres travaux dont la fortune nat1onale se trouve augmentée. »

L'Allemagne est donc riche, mais riche d’une richesse qui, dans ses artères, coule avec son sang etne s’en laisse point séparer. Tout l'argent qu’elle possède est l'indispensable aliment de ses affaires ;

sommes que nous conservons pour le pays et celles que nous exportons. » M. Klotz à continué : « Je tiens à dire au surplus que très récemment j'ai donné des instructions à la direction du mouvement général des fonds pour que les étahlissements de crédit donnent sans retard toutes indications relatives aux engagements qu'ils pourraient avoir vis-à-vis d'établissements étransers, et pour qu'ils soient invités formellement à ne prendre aucun engagement de cette nature sans en avoir référé. »

Paroles excellentes et nouvelles dans une bouche ministérielle,

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tout l’argent qu’elle gagne est aussitôt dévoré par ses affaires, et l'argent que produit l'argent est instantanément transformé en usines et en machines. Et c’est un banquier, M. L..., qui me faisait la critique de cette richesse : « En cas de guerre, me disait-1l, le besoin d'argent est immédiat, et l’on commence à vendre les valeurs étrangères que l’on possède. En 1871, la France a payé son indemnité de guerre avec des fonds autrichiens, italiens, anglais et autres. S1 l’on n’a pas de titres étrangers, on vend des titres nationaux; et l’on commence la guerre par une défaite financière. Tout simplement. S'il vous faut une ie raison supplémentaire de nos dispositions pacifiques, songez à celle-là. Dans un pays comme le nôtre, où l’industrie est aux mains de la finance, la

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finance est nécessairement tranquille. Nos socialistes — et les vôtres aussi, du reste — qui ne

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savent que bêler au pacifisme et crient en même temps contre l'argent, sont absurdes : l’internationalisation totale de la finance serait la paix du monde! » |

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La fortune allemande a d’autres arguments encore.

— Il est possible, me dit M. Helfferich, d’en saisir des témoignages irrécusables. La progression de la richesse en capitaux est, chez nous, constante.

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Il y a eu, en 1911, sans parler des fonds d’État dispensés de l'impôt du timbre, pour plus de 3 milliards 200 millions de valeurs soumises au timbre de l'Empire, soit un demi-milliard de plus qu’en 1910. Voulez-vous savoir où en sont nos caisses d'épargne? Pour vous offrir des éléments de comparaison, je dois remonter jusqu'en 1909, car les chiffres de toutes les nations ne sont pas connus pour les années suivantes. Eh bien! en 1909, alors que l’Angleterre accusait dans ses caisses d'épargne près de quatre milliards et demi de marks, la France autant, les États-Unis dix-sept, l'Allemagne en avait plus de quinze et demi (1)! Elle en aurait aujourd'hui, dit-on, près de dix-huit.

« Voici d'autres chiffres encore, que je trouve dans une excellente publication : les inscriptions au grand livre de la dette prussienne se sont élevées, de 2 milhards 637 millions de marks à la fin de 1910, à 2 milliards 916 millions un an après, et les inscriptions au grand livre de la dette de l’Empire, dans le méme temps, de 998 à 1 126 millions. Je consulte maintenant le bilan de la Reichsbank (Banque d’Empire), que je viens de recevoir. Voyez cette colonne. En 1895, le portefeuille de la Reichsbank à l’étranger était de 2 569 000 marks; en 1910, quinze ans plus tard, il est monté à

(4) Une statistique de 1910 annonce 16 milliards 780 millions de marks de dépôts.

140 648 000 marks. En 1895, les avoirs à l’étranger de la Reïchsbank sont de 5 335 000 marks; en 1910, ils s'élèvent à 84098 000 marks. Ne sont-ce pas là des signes éclatants de la prospérité financière d’un pays?

— Cependant, dis-je, cette prospérité ne s’appuie-t-elle pas en grande partie sur des concours extérieurs, notamment sur le concours de capitaux français?

— Ah! fitle docteur Helfferich, combien de fois ne nous a-t-on pas raconté cette histoire! Et encore si les étrangers étaient seuls à nous la dire! Mais 1l a fallu que notre presse elle-même aidât à lui donner crédit! Oui, certes, il y a en Allemagne, comme en tout pays, des capitaux étrangers, et nous n'avons pas à nous défendre d’avoir vu venir à nous de l'argent français. Mais comment en estimer la quantité? Il faudrait pour cela pénétrer dans la comptabilité de toutes les sociétés financières, de toutes les entreprises industrielles; et encore, comment remonter aux sources de largent? Ce que je sais, c’est que nous n’avons pas, à la Deutsche Bank, une parcelle de capital français. On a, en France, beaucoup joué de cette corde et considérablement exagéré une participation, en somme normale. N’est-on pas allé parfois jusqu’à l’évaluer à 800 millions? C’est enfantin… On oublie, du reste, qu’il existe toujours, à côté

de ces créances à courte échéance de l’étranger, d'importantes créances de l'Allemagne, et que, depuis des années, nous avons toujours fait en sorte que nos engagements extérieurs soient balancés par des créances et des fonds disponibles au dehors. J'ajoute que, depuis longtemps, nous avons évité de prendre, sous une forme quelconque, de l'argent français à courte échéance.

Tous les financiers allemands vous tiendront le même langage :

— Je ne crois pas, me dit M. Carl Fürstenberg, que la France, à aucun moment, ait jamais eu chez nous plus de 300 millions de francs; à vrai dire, je ne crois pas qu’elle les ait eus. Acceptons cependant ce chiffre : que pèseraient ces 300 millions en regard de l’augmentation régulière et constante de la fortune allemande?

Même réponse chez les confrères de M. Fürstenberg. L’un d’eux ajoute : « Je vous dirai même que le président de la Banque d’Empire n’est pas très favorable à ce qu'une grande quantité d’argent vienne du dehors travailler en Allemagne, ce qui risquerait de mettre notre pays, en une certaine mesure, dans la dépendance de l'étranger. »

Ce sont des mots. Il n’y a pas, en Allemagne, un homme de finance qui ne sache que le marché allemand, que l’industrie allemande ne sont pas encore en état de se passer des concours étran-

vers. J’en trouve l’aveu dans une étude financière d’une haute tenue et d’un caractère presque officieux, où je traduis : « Dans le calcul d'intérêts des emprunts d’État allemands, comparé avec celui de l'étranger, il ressort que la quantité du capital argent dans l’économie allemande est encore inférieure à celle de l'Angleterre et de la France. Mais, d'autre part, il est établi et reconnu par les critiques étrangers qu'avec l'accroissement industriel du pays, plus fort d’année en année, avec l'extension de son commerce extérieur, le besoin d'argent se fait naturellement sentir plus vivement en Allemagne que chez les autres peuples. Cest pourquoi, pour les transactions allemandes, l’utilisation de l'avoir étranger reste désirable, bien que la richesse allemande accuse de son côté une augmentation sensible (1). »

Avec tant de richesses, avec tant de milliards, comment expliquer qu’à la première alerte le marché allemand montre un trouble, un désarroi, dont le monde a eu, de juillet à septembre 1911, l'édifiant spectacle? N’a-t-on pas dit, écrit, que la Bourse de Berlin n’avait pu faire sa liquidation de septembre que gràce au concours détourné des banques françaises, lesquelles, sous forme de reports, soit par l’intermédiaire de l'Amérique,

(4) Nauticus, 1912. — Le marché commercial et financier allemand pendant la crise marocaine, p. 290.

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disaient les uns, soit par celui de l'Angleterre ou de la Belgique, disaient les autres, lui auraient avancé de 260 à 300 millions? Deux députés français n'avaient-ils pas annoncé, sur ce sujet, des interpellations, qui, d’ailleurs, ne vinrent Jamais à l’ordre du jour?

Ces alarmes qui, tout d’un COUP, secouèrent leur marché, les financiers allemands les expliquent. Mais d’abord ils se défendent avec une énergie extrême d’avoir reçu, sous quelque forme que ce soit, à quelque moment que ce soit des négociations, une aide quelconque de la finance française. Là-dessus, ils sont unanimes et se plaignent que, nulle précision n'ayant jamais accompagné ce qu'ils appellent des racontars de presse, il leur soit impossible de les discuter et de les détruire. Ils ne nient pas la crise, mais ils en contestent l'étendue, ils disent qu’elle a atteint à la lois tous les marchés, ils affirment quelle n’a pas eu pour Causes uniques les difficultés marocaines et les retraits de capitaux francais (1).

(1) Cette question de retraits de Capitaux français placés en Allemagne a joué un grand rôle dans les discussions des journaux pendant la crise marocaine. Il semble avéré aujourd’hui, d’une part, que ces rappels de fonds n’ont pas été aussi considérables qu’on l’a dit alors, d'autre part, qu'ils n’out pas eu pour cause unique, ni même principale, la tension diplomatique. M. Arthur Raffalovich écrit : « À côté du danger politique, la Bourse avait péché par excès d’optimisme. Le public et la spé- Culation ont été gavés de titres: les dernières émissions n’arrivent pas à se placer. Agadir n'a pas été la cause de leur

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