‹ L'énigme allemandeChapitre 29 sur 106 · À LE · texte numérisé non relu

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« concurrencer, pour délimiter nos champs d’opé- « ration, sur les frontières desquels nous nous « serions rencontrés, le sourire aux lèvres. Sur ce « terrain, l’accord n’a pu se faire, et les collabora- « tions qu’on nous a proposées ont toujours con- « sisté en ceci : « Donnez-nous de l’argent français « pour faire des affaires allemandes en Turquie. »

Tous cependant attestent leur désir d'entrer en accord avec la finance française. Tous affirment leurs sentiments pacifiques et ceux de la nation. « ILest bien certain, me dit M. Gutmann, que nous voulons la paix avant tout. Nous sommes des hommes d’affaires. » M. Helfferich précise : « La paix seule nous permettra de développer notre industrie et d'accroître notre richesse nationale. Il n'y a pas entre nous de véritable concurrence commerciale, et nous n’avons aucune raison d'agir à votre égard avec malveillance. » Le directeur d’une puissante maison va plus loin : « Une alliance avec la France serait très populaire en Allemagne ; mais je me rends compte qu'il ne faut pas songer actuellement à la faire accepter à la France. » Et tous reprennent : « Quels intérêts nous séparent? Aucun. »

Je me souviens des premiers mots que prononça M. Carl Fürstenberg, lorsqu'il se fut assis en face de moi et qu'il eut allumé un long cigare. Je me

trouvais, dans le luxueux hôtel de la Berliner Handels Gesellschaft, devant un homme extrémement doux et courtois, qui, physiquement, rappellerait un Édouard VII moins grand, moins large, moins gros, mais qui, de ce roi charmant, a la malice du regard et la bonhomie de l'accent.

M. Carl Fürstenberg, qui n’a jamais consenti à laisser parler de lui dans les journaux, et qui, m écrivait-1l, réserve tout son temps à la grande maison qu'il dirige, avec une activité nonchalante, voulait bien, ce jour-là, me recevoir, et, tout en considérant son cigare, il faisait :

— C'est une chose curieuse : chez nous, on adore les Français. On ne s’occupe ni des Russes, ni des Anglais, ni d’autres, mais on adore les Français. Aussitôt qu’un Allemand a appris trois mots de votre langue, il n’a qu’une idée, c’est de les placer à tout bout de champ, et, que ce soit par vanité ou par sympathie réelle, c’est un fait.

— Oh! oh! fis-je, cet Allemand dont vous me parlez avait bien oublié, en 1911, ses trois mots de français!

— Vous vous trompez. Pas une fois, en 1941, On n'a cru ici ni à la probabilité ni à la nécessité de la guerre. On se disait : « Voilà quarante ans que nous vivons en paix; est-ce la quarante et unième année que tout va se gâter? » On pensait aussi que les Anglais, pour qui nous sommes des concur-

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