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oublier que si souvent, quand la victoire vous enivrait, l’'humiliation fut pour nous? Vous êtes l’un des grands peuples du monde, vos intérêts sont immenses et divers : êtes-vous sûrs d’avoir toujours fait, depuis quarante ans, la politique la mieux capable de les servir?
« Plus libres des sujétions du souvenir et de l'amour-propre, vous eussiez pu avoir une politique également digne, certes, mais plus profitable et plus juste. Vous ne vous seriez pas exposés à vous méprendre, au point où vous l'avez fait, sur les directions de la nôtre et sur les caractères véritables de notre action nationale. Vous avez contre nous deux sortes de griefs. Vous nous rencontrez partout dans le monde, paraît-il, je veux dire que vous y rencontrez nos commerçants et les produits de notre industrie, et c’en est assez pour que vous nous accusiez d'accaparement; nous donnons des soins continus et ardents à notre puissance militaire et à l'extension de notre marine, et vous en concluez que nous ne révons que de nous imposer au monde par la force. Tout cela n’est pas raisonnable. Notre production industrielle est considérable; prétendez-vous lui interdire le droit de chercher le consommateur et de se répandre à travers les pays de la terre, selon les lois de la libre concurrence? Est-ce que la pensée nous est Jamais venue d'interdire le sol germanique à vos vins, à
vos fruits, à vos bijoux, à vos toilettes, à votre lingerie, à vos objets de luxe, ou même de nous plaindre de la compétition? Dépend-il de votre volonté ou de la nôtre que le travail de l’Allemagne soit avant tout un travail de fabriques et de hauts fourneaux, et que l'abondance de la main-d'œuvre encourage aux grandes entreprises? Dans ces dix dernières années, votre commerce extérieur s’est accru de 5 milliards et demi de francs; celui de l'Angleterre, de près de 8 milliards ; mais le nôtre, de plus de 9 milliards. Contre ce fait, que prouveront raisonnements ou protestations? Notre terre, vous le savez, ne suffit pas à nourrir notre population; il est donc indispensable que nous gagnions l'argent destiné à vivre; la nature, par chance, a bien fait les choses : que serait l’Allemagne, sans le charbon dont elle est gorgée? Le charbon appelle l'usine, et c’est, vous le voyez, la loi même de la nature, non pas notre volonté, ou nos préférences, ou notre vocation, ou les encouragements d'en haut, qui a donné leur destination aux énergies de notre peuple.
« La guerre? Belliqueux, nous?... Que faudra-t-il donc dire et montrer aux Français pour les persuader de nos desseins pacifiques? La guerre? C’est, pour nous, quoi qu'il arrive, la moitié de notre flotte détruite, vingt ans d'efforts, de ténacité, ruinés. C’est, vainqueurs ou vaincus,
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