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406 L’'EÉNIGME ALLEMANDE
Le professeur Von Lilienthal, après lui, s’écrie : «€ Un temps viendra, où il sera possible de réaliser l'idéal de la paix perpétuelle. » Le professeur Nippold, de Francfort, dénonce la presse nationaliste, la Ligue pangermaniste, la Ligue maritime, l'Union coloniale, qui travestissent le patriotisme le plus légitime; il atteste que l'opinion allemande est profondément pacifique, désireuse d'entente avec l'étranger. Le docteur Spahn, fils du célèbre député du Centre, discourt sur « FIdée de paix dans l’histoire du peuple allemand »; le professeur Piloty, de Wurzbourg, sur « les formes de l'entente internationale ». Ainsi, durant trois jours, la vieille cité universitaire retentit de paroles pacifiques. C'étaient des professeurs qui les jetaient à l'opinion allemande : rappelons-nous de quel prestige s’enveloppe pour elle une leçon de professeur!
« Une conception internationale des choses, disait, le 16 mai 1912, à la conférence de Lake Mohonk pour l'arbitrage international, aux Etats- Unis, le docteur Nicholas-Murray Butler, président de l’Université de Columbia, n’est nullement exclusive d’un patriotisme ardent et sincère, comme l’a montré l’exemple des grands hommes d’État qui ont refait l’Europe, telle que nous la voyons aujourd'hui. Si lord Palmerston était complètement fermé à cet esprit international, Gladstone
en était pourvu au plus haut degré. Le regretté marquis de Salisbury, que personne n’a jamais accusé de manquer de dévouement pour les intérêts et pour les ambitions de son pays, en était pourvu également, quoiqu'il fût le plus tory de tous les tories. Cavour le possédait, et Thiers aussi. Lord Morley en est tout pénétré, de même que son collègue lord Haldane. »
Les professeurs qui discouraient à Heidelberg eussent pu, eux aussi, se recommander de cet « esprit international » si heureusement nommé par le président Butler. Comme l’orateur améri- Cain, ils eussent pu dire que « la grandeur nationale ne nous dispense pas d’obéir à la morale », et que « la justice internationale fait partie de l'éducation morale ». Ils eussent fait leur cette parole profonde, qui est une lumière sur le progrès humain : « Toute l'histoire de la civilisation peut se résumer dans ces mots : l'homme monte de la crainte à la confiance. » Ils sont de ces âmes généreuses, en qui le sociologue découvre les signes de l'avenir, et qui, sans rien rejeter des devoirs que confère la patrie, se tendent les mains à travers l'espace et, dans la diversité des foyers, reconnaissent les traits éternels de la grande famille humaine.
Si l’on n'a pas entendu ici ces propagandistes du pacilisme, en revanche les pangermanistes ont
eu la parole, et l’on n’a cherché à rien atténuer de la fièvre militaire qui, pour le malheur de l'Europe, semble présentement posséder l'Allemagne.
Mais, à côté de ceux-ci et de ceux-là, d’autres hommes, rebelles à la passion ou à la doctrine, moins soucieux de généralisation, plus pressés de réaliser, se bornent à souhaiter des circonstances qui autoriseraient, entre la France et l'Allemagne, un rapprochement loyal. Nous connaissons leurs raisons. Ce sont celles du prince Lichnowsky et de M. Maximilien Harden, de M. Walther Rathenau et de M. Alfred Kerr, de bien d’autres encore. C’e sont celles que tous les Français voyageant
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