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des ministres français ne se risque jamais à mettre le pied sur le sol allemand, de peur d’impopularité (1). En Allemagne, on salue hospitalièrement tout ce qui vient de France; à Berlin, la mode parisienne est chez elle, tandis qu’en France, le journal le plus lu n’a que sarcasmes pour « la pacotille allemande », « l'invasion allemande ». Ceux de vos compatriotes qui visitent l'Allemagne, encore pleins de ce qu'ils ont entendu chez eux, s’enquièrent de nos « appétits belliqueux » et reviennent avec de tout autres opinions; mais s'ils ne font pas chorus aux énergumènes du patriotisme et ne racontent pas tout au moins que l'Allemagne prépare une surprise, on hausse avec mépris les épaules à leurs récits. — Le peuple allemand dans son ensemble, ajoute-t-il avec insistance, incline aux réconciliations encore plus que la grande majorité du peuple français ami de la paix. »
Nous entendons ce langage. Mais ceux-mêmes qui le tiennent sont les derniers à méconnaître qu'entre l'Allemagne et la France une barrière reste debout, que près d’un demi-siècle n’a pas ébranlée. Ce n’est pas, comme aflectent de le croire beaucoup d’Allemands, le traité de Francfort, procès-verbal de défaite dont la France se fût
(1) Allusion au voyage en Russie de M. Raymond Poincaré, alors président du Conseil, qui se rendit à Saint-Pétersbourg par mer, sur un vaisseau de l'Etat.
consolée par le souvenir de ses procès-verbaux de victoires : c'est son contenu, ce marchandage où revivent les pratiques des brenns et des khans, et qui à livré au plus fort, comme une matière d'échange, de la chair vivante, un peuple ancien et fier, l’un des plus élevés dans la civilisation de l'Europe moderne. Cette chair humiliée n'a pas cessé de crier, et c’est le Droit qui souffre avec elle. Sans doute, bien que l'Allemagne ne semble pas s’en être encore aperçue, la position du problème alsacien-lorrain est changée ; mais, sous son aspect nouveau, 1l apparaît plus redoutable encore, parce qu'il invoque l’Idée, et que lIdée est invincible. Lorsque les Allemands soupçonnent les
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Français d'être restés fidèles à l'espoir de la « re-