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Francs, jusqu'au moment où Charlemagne achèvera leur ruine.
La vague passée, obstinés, les Slaves se recueillent et se préparent à des établissements définitifs. C'est le moment qu'ils s’organisent en nations. En deux siècles, la Pologne, la Bohême, la Russie, la Serbie, la Bulgarie, prennent forme. Les Slaves, alors, se font modestes et réservés. Ils ne demandent qu'à vivre, et feront si peu de bruit, et se contenteront de si peu de placel Au neuvième siècle, enserrés entre les Lithuaniens, les Finnois, les Turcs, les Grecs, les Magyars, les Roumains, ils n'ont d’autres accès à la mer qu’une bande de la côte poméranienne, sur la Baltique, et une autre sur la mer Noire, qui n’est plus l’Hellespont, mais s'appelle la mer des Russes. N'importe, c’en est assez pour établir leur empire. Le Slave possède une singulière faculté d'absorption. Il est nomade et migrateur, pacifique et débordant. D’un bout à l'autre de la plaine sans fin, ilne cesse de déployer ses masses, Comme par un besoin intérieur, presque sans but. Il s'épanche, s’étale et dévore. Il ne passe pas, il demeure, et ne demeure que pour fonder. Entre toutes les races modernes, il est le grand peuple colonisateur, que ne distance pas même l'anglo-saxon. Il lui suffit, dans son occupation réduite, d’être enfin, à partir du huitième siècle, à l’abrides grandes migrations dévastatrices,
dont le terme est venu, pour que commence un patient travail, qui désormais ne s'arrêtera plus, que le fleuve devienne mer, et la mer, océan.
Au douzième siècle, enveloppés par les Lithuaniens, les Finnois et les Turcs, les Slaves de Russie tiennent à peine la cinquième partie de l’actuelle Russie d'Europe. Ils n’ont que le flanc nord des Karpathes, la rive gauche de la Vistule, les. seules sources de la Volga et du Donetz, et le Dnieper, sur la moitié de son parcours, ne rencontre que des Khazars, c’est-à-dire des Turcs. En huit siècles, quels progrès! Lithuaniens, Finnois, Naroviens, Lives, Vodes, Tchoudes, Ingriens, Karéliens, Votiaks, Permiens, Vesses, Mériens, Bachkirs, Korses, latvagues, etc..., ont été, les uns après les autres, en un temps plus ou moins long, après plus ou moins de résistance, saisis, enveloppés, enlacés, démusclés, absorbés, assimilés ; seules, la rigueur et la discipline de l'islam ont sauvé les tribus tatares, assujetties, mais non cagnées : les Slaves qui, sur le territoire européen de la Russie, n'étaient alors qu’une tache, l’occupent aujourd’hui presque tout entier et, en face de douze millions de Lithuaniens, de Finnois et de Tures, les uns enfermés en des régions sans vie propre et sans avenir, les autres épars comme des flots à travers l'océan, ils font une masse de plus de soixante-quinze millions d'êtres.
La lourde force contre laquelle ils se heurtèrent aussitôt, ce fut le germanisme. Elle aussi, la race germanique, faite d’alluvions successives et fixée plusieurs siècles avant eux, s’organisait. Elle avait trouvé des digues à l’ouest et au midi: elle s'était mesurée avec le colosse romain; tour à tour victorieuse et vaincue, elle avait pourtant conquis sa place, mérité des chefs entreprenants, subi la vive impulsion du grand empereur qui l'avait commandée, Charlemagne. En 843, l'accord des trois fils de Louis le Débonnaire, consacré, un an après le serment de Strasbourg, par la paix de Verdun, entre Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire, lui avait donné ses frontières de l’ouest. Elle était une civilisation. Et tout à COUP, au moment où, maîtresse d'elle-même, elle n’avait plus d'autre pensée que de s’épanouir sur le sol enfin possédé, elle sentait sur son flanc une pression redoutable. Les derniers venus dans l'Europe encore chaotique, les Slaves, à leur tour, exigeaient leur place, non à la manière d’un escadron qui conquiert le terrain, mais à la facon d’un flot de sauterelles qui se pousse sur le sol. Peuple marcheur, sans Curiosité d'esprit, sans développement intérieur, sans activité productrice, ils n'étaient, en face du germanisme, héritier, pour une petite part, de la culture romaine, qu’un élément de barbarie et de dissociation, et, réagissant
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