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opposée, d'entreprendre de concert avec lAllemagne.
Dans l'instant que le gouffre se ferme, toutes ces forces déchaînées refluent vers leurs sources, et les nations se retrouvent face à face, irritées, avec le sentiment d’une diminution et d’une duperie. À mesure qu'elles se ressaisissent et se considèrent, elles s’aperçoivent qu’elles ne sont plus tout à fait les mêmes qu'auparavant. La poussière d’un empire qui s'effondre, l'éclat de jeunes races qui se lèvent, éclairent certains yeux et en obscurcissent d’autres. Celle-ci éprouve l'impression d’être crispée dans un arrêt brutal, celle-là se sent comme emportée dans une rafale, et toutes s'interrogent avec anxiété : de quoi demain sera-t-il fait ?
Car c’est de bien autre chose que du renversement d’un empire condamné qu'il s’agitmaintenant. Des problèmes terribles se présentent. Le vent de la mort commence à souffler sur de hautes têtes. Si le rêve macédonien est désormais interdit à l'Autriche et si la route de Salonique et de l'Orient lui est à jamais fermée, quelle destinée s'offre à l'empire dualiste, arrêté dans son expansion extérieure, livré intérieurement à un travail de dissociation (1), qui fatalement réunira un jour à leurs
(4) À la fin de mars 1913, les Slaves du Sud tenaient un congrès à Abbazia. On y donna lecture d’un memorandum qui
frères de race ses 12 millions d’Allemands et ses 24 millions de Slaves (1)?
Mais la question d'Autriche, que posent soudain les journées de Kirk-Kilissé, de Kumanovo, de Sarandaporo et de Janina, n’est rien encore c’est en réalité la question du germanisme qui se lève des champs de bataille de Thessalie et de Macédoine. C'était la grande énigme de lavenir, le débat solennel et redoutable engagé depuis huit cents ans, et dont la civilisation européenne entrevoyait dans le lointain le mot final. La vue des
avait été remis à l’archiduc héritier, François-Ferdinand, par un groupe de parlementaires slovènes et croates; et que demandaït ce memorandum? Une réforme de la Constitution sur une base trialiste. La monarchie dualiste, créée en 1867, devait faire place à une Confédération des trois Etats d'Autriche, de Hongrie et de Serbo-Croatie, pourvus chacun d’un gouvernement autonome.
Les auteurs du memorandum ajoutaient qu'ils appartenaient à la dernière des générations de Serbo-Croates dont le loyalisme austro-hongrois ne füt pas douteux. Toute la jeunesse, disaient-ils, s’enthousiasme pour une union future avec la Serbie et se sent attirée vers le sud par les récents succès de la Ligue balkanique. Il est grand temps que le gouvernement songe à ranimer le patriotisme affaibli des Serbo-Croates en leur donnant l'autonomie nécessaire dans le cadre d’une constitution nouvelle. Il est plus urgent encore de faire cesser le régime d'exception dont la Croatie souffre depuis plusieurs années. En refusant plus longtemps aux Serbo-Croates les satisfactions qu'ils réclament, les gouvernements d'Autriche et de Hongrie prépareraient la voie à un grand mouvement séparatiste, et peut-être à une révolution de tous les Slaves du Sud.
(1) Recensement de 1910 :
NN ER TS ARRETE PPEN CN PES TTbITR TT ISSN LEA 24 183 000 EVER TA Le à 9 10 Le RE RS DS DRE NOR ns 12 010 000 HONVTOIS Prev see) CO 10 067 000
plus Roumains, Italiens, etc.
hommes est courte, car. ce mot dernier, c’est demain que l’on s'apprête à l'écrire.
Toute l’histoire du germanisme est celle d’un grand bloc qui, poussé de l'orient, pousse à son tour à l’occident et, à la pesée exercée sur son flanc droit, oppose les mêmes réactions qu il rencontre sur son flanc gauche. Cette force qui l’opprime, c’est la force slave. Il y à vingt-quatre siècles, les Slaves étaient sur la Baltique et sur l'Adriatique, et, aux rives du Pont-Euxin, les Grecs colonisateurs rencontraient, sous le nom de Scythes, l’une de leurs familles. Chassés de la Baltique et de lIllyrie, ils se replient sur euxmêmes et regagnent les tristes régions dont la principale devait former plus tard la Moscovie. Mais on ne contient pas les Slaves. Au troisième siècle de notre ère, ils commencent de glisser vers les terres germaniques et fondent des colonies en Poméranie, au Brandebourg. Au quatrième, les Goths les refoulent et s'installent chez les Scythes; mais les Goths, à leur tour, sont reconduits par les Huns d’Attila, dont les Slaves deviennent les alliés naturels. Au cinquième, ils reprennent leur lente coulée vers l’'Elbe et le Danube; mais surgissent bientôt, pour les étouffer sous leur terrible étreinte, les Avares qui, descendus des plateaux asiatiques, vont, pendant près d’un siècle, tout saccager en Europe, se jeter sur l'Italie, se heurter aux