‹ L'énigme allemandeChapitre 97 sur 106 · PRE) 3 Te si a · texte numérisé non relu

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toires, les emportements, l’obscurité de sa méthode prêétèrent à toutes sortes de soupçons; mails ceux mêmes qui, pour avoir prédit l’échec de cette politique, se sont attiré les malédictions des patriotes authentiques, doivent reconnaître en toute justice qu'elle fut absolument pacifique... L'œuvre commune qui avait été projetée (par l'accord de 1909) nous fut rendue

impraticable par la France; au lieu que l'entente en

résultât, les commentaires provocants se succédèrent, et la presse d’aventures raviva les passions. Rappelezvous les articles du... SE à RUE A (SRE et de tant d’autres journaux, qui donnèrent à la marche sur Fez une signification toute particulière, et demandez-vous si chaque ligne ne contenait pas, à l’égard de l’Allemagne, une moquerie. Nous croyait-on assez aveugles pour ne pas apercevoir ce que, chaque matin et chaque soir, on mettait sous nos yeux? Assez sourds pour ne pas entendre les piquantes railleries que nous apportait le vent d’ouest? Sur le plan à suivre, les opinions pouvaient être partagées; mais les plus pacifiques d’entre nous concevaient la nécessité de répondre aux attaques. Et cette obligation d’agir ne nous était pas seulement dictée par le devoir d’une nation puissante de ne pas se laisser traiter comme une bande de gamins; un règlement irrévocable s’imposait de toute la question, comme le seul moyen d’écarter un sérieux danger de conflit.

Vous objecterez que la presse allemande n’est pas en reste de sorties bruyantes et blessantes, que la lourdeur allemande est tout aussi déplacée que l’ironie et les bravades des journaux français; qui connaît le métier sait que, de part et d’autre, on manque parfois de tact, et qu’on perd le sentiment des convenances et

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des responsabilités. Mais cette clarté d’entendement, qui est, aux yeux de tout psychologue parisien, la prérogative de l'esprit français, ne devrait-elle pas obliger à reconnaître qu’entre ceci et cela. entre cette grossièreté et ce soi-disant esprit, il n’y a, en somme, qu’une différence extérieure? L’amour de la vérité ne doit-il pas faire admettre que le peuple allemand, dans : son ensemble, incline aux réconciliations encore plus que la grande majorité du peuple français, ami de la paix? Cette réconciliation peut sembler plus facile aux Allemands qu'aux Français, encore lourds du poids des souvenirs; mais le fait en lui-même ne saurait être nié. En Allemagne, la phalange héroïque des chauvins, dès qu’elle élève trop haut la voix, est désavouée et bafouée de cent côtés, tandis qu’en France on n’a encore trouvé aucun gouvernement ni aucun journal pour blâmer de tels excès de langage. Le peuple allemand accueillera toujours avec plaisir une parole qui pourrait déterminer une amélioration de relations : mais un président du Conseil français ne se risque jamais, de peur d’impopularité, à mettre le pied sur le sol allemand. En Allemagne, on salue hospitalièrement tout ce qui vient de France; à Berlin, la mode parisienne est chez elle; tandis qu’en France, le journal le plus lu n’a que sarcasmes pour la « pacotille allemande », pour « l'invasion allemande ». Ceux de vos compatriotes qui visitent l’Allemagne, encore pleins de ce qu’ils ont entendu chez eux, s’enquièrent de nos « appétits belliqueux » et reviennent avec de tout autres opinions ; mais s'ils ne font pas chorus aux énergumènes du patriotisme et ne racontent pas tout au moins que l’Allemagne prépare une surprise, on hausse avec mépris les épaules à leurs récits... Le

réveil national qui saisit aujourd’hui la France, et dont l’annonce retentissante a eu, à certains égards, pour conséquence une augmentation de l'effectif de l’armée allemande, est tout à fait respectable, et le spectacle d’une nation sauvegardanti fièrement ses droits est apprécié en Allemagne; mais, à côté de la fierté qui refuse de se courber, il y a celle qui lève avec défi la visière. Quand votre collaborateur M. Raymond écrit que l'Allemagne, avec sa surpopulation, ses ambitions féroces, reste le grand facteur du malaise international, il flatte apparemment les aspirations germanophobes de la galerie internationale, mais il fait preuve d’une certaine absence du sens de la vérité.

… Nous devons veiller à ce qu'il n’y ait pas d’erreurs de perception et à ce que l’on ne cherche pas les facteurs du malaise international là seulement où il n’y a pas de doute sur les dispositions à la réconciliation. Le monde des affaires, en Allemagne, réclame des traités de commerce, non des conquêtes et des guerres. La famille allemande ne demande pas de nouvelles frontières, mais des frontières ouvertes, du pain moins cher, et l’augmentation de la population correspond à l’emploi naturel des forces. Au fond, le maintien de la paix dépend beaucoup moins de la quantité que de la qualité, du caractère et de l’espèce. Ce sont les patriotes à la poursuite d'aventures, les héros de parade qui s’enivrent de leurs boniments, les intrigants en quête de profits, qui entravent et rendent malaisée l’œuvre de la paix. De ces personnages, la France, en retard dans sa natalité, en voit naître encore beaucoup.

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