‹ L'énigme allemandeChapitre 98 sur 106 · UN DISCOURS DE M. JACQUES PREISS · texte numérisé non relu

UN DISCOURS DE M. JACQUES PREISS

Le 17 février 1913, M. Jacques Preiss, ancien député d'Alsace-Lorraine au Reichstag, et qui fut l’un des plus vigoureux protestataires des temps de bataiile, a donné, dans la salle de la Société de Géographie, à Paris, une conférence sur « Jacques Kablé et l’Alsace-Lorraine depuis 4870 ». L'orateur a trouvé dans cette circonstance l'occasion de déclarations importantes, auxquelles il a été fait allusion au chapitre xvir. On croit bon de reproduire ici les plus significatives.

. L’Alsace-Lorraine veut avoir son autonomie. Elle acclame la devise : « L’Alsace-Lorraine aux Alsaciens- Lorrains. » Elle réclame sa mise sur un pied de complète égalité avec les autres parties de l’Empire. Elle veut son gouvernement à elle, son pouvoir législatif à elle, indépendants l’un et l’autre dans la même mesure que le gouvernement et le pouvoir législatif du grandduché de Bade, de Mecklembourg et de la minuscule principauté de Reuss, branche cadette. Elle veut se gouverner elle-même, régler ses affaires intérieures à sa guise, vivre de sa vie propre, selon ses goûts, son originalité et ses traditions. Elle veut qu’on respecte son individualité particulière, comme on respecte celle des Badois, des Bavarois et des autres États particuliers de l’Empire. Nous avons les mêmes devoirs et les

mêmes charges que les autres parties de l'Allemagne ; nous devons, en bonne justice, avoir les mêmes droits et les mêmes libertés.

Chez nous, on ne nous écoute pas, On ne nous comprend pas. C’est pour cette raison que nous nous sommes décidés à porter nos justes revendications devant le tribunal pacifique de l’opinion publique de l'Europe, qui manifeste si vivement, depuis quelque temps, à l’égard des populations balkaniques, ses grandes idées de justice et de solidarité. Et personne ne nous empêchera d'élever notre voix partout où nous le jugerons utile et nécessaire. Il faut qu'on sache, dans le monde civilisé, qu’il y a, au centre de l'Europe moderne, un peuple oppressé qui, pourvu d’une ancienne et haute culture, passionnément adonné aux travaux de la paix, manque des conditions essentielles d’une existence normale et digne.

L'Empire allemand possède lAlsace-Lorraine en vertu du traité de Francfort, conclu entre la France et l'Allemagne. L’Alsace-Lorraine n’a jamais adhéré à ce traité. Sa parole n’a jamais été engagée en faveur de ce traité. Sa parole est donc toujours réservée. Non seulement l’Alsace-Lorraine n’a jamais accepté ou ratifié ce traité, mais elle a formellement protesté contre sa cession et son incorporation à l’Allemagne. Voilà les faits, simples et clairs.

Il y a des juristes qui déclarent doctement que tout cela n’a pas de valeur, qu’il n'y a plus de question d’Alsace-Lorraine, qu’elle a été définitivement tranchée par le traité de Francfort. Laissons ces braves gens à leur douce manie et tenons-nous-en aux faits. La protestation de Bordeaux et de Berlin constitue un fait historique. Ce fait historique est tellement clair,

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