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LE TERRAIN DES COMBATS

transversale un peu importante, un pont ; le cours d'eau franchi, des quais étroits et le réseau des rues et des ruelles qui dévalent des collines ou y grimpent en se contournant et s'achèvent par des sentes bordées de maigres jardins de banlieues, de guinguettes, de cabarets et de villas. Des murs, des palissades, des haies, des clôtures en fil de fer, tout signale le morcellement, l'cmiettement de la petite propriété ouvrière. Pour l'assaut, ce sont de parfaits défilements.

C'est dans cet étroit couloir sans accès et sans vues, sans plaine et sans horizon, que se heurtent les deux puissantes armées lancées l'une noiir envahir la France et l'autre pour lui barrer la route. Assurément, si les commandements avaient voulu cette bataille, ce n'est pas ce terrain qu'ils eussent choisi.

On trouvera, dans notre Histoire de la Guerre de 1914, un exposé détaillé des combats de la Sambre ; il suffît de mentionner ici les faits militaires principaux affirmant les caractères de ces combats avec leurs conséquences tactiques et stratégiques.

L'avantage que le commandement allemand avait pris par l'initiative stratégique résultant du plan général d'opérations pax la Belgique et la rive gauche de la Meuse se traduit ainsi qu'il suit :

Dans l'espèce de mouvement en éventail que les armées allemandes commencent en tournant autour de Namur comme pivot, elles arrivent les premières dans la plaine de Nivelles et elles entreprennent aussitôt la marche vers l'Ouest, qui s'appuie à gauche sur la Sambre et à droite sur la Demer.

Mais la cavalerie et les avions apprennent au grand état-major allemand que d'importantes forces fran*

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çaises sont massées au Sud de la Sambre. Des contacts ont été pris entre les deux cavaleries, le iq, à Perwez. Sur la rivière les ponts sont occupés.

Dans cette situation des deux armées, la place de Namur prend une importance considérable. Peutêtre le projet originaire du commandement allemand était-il simplement de la masquer. Mais, dans la nuit du 20 au 21, la résolution est prise de balaj'er la Sambre et le canon tonne sur Namur, le 21 août, à 10 heures. On peut dire que la bataille vient chercher la rivière : en effet, le même jour, et presque à la même heure, un effectif de 1.500 cavaliers allemands apparaît, d'abord, sur les collines qui dominent la rivière sur la rive gauche, à Saint-Martin ; puis c'est l'artillerie qui prend position à Saint-Martin-sur- Velaine (cote 183) ; puis ce sont des masses de l'infanterie descendant vers la rivière par Gembloux- Fleurus. Bientôt, les avant-gardes françaises qui sun^eillent la rive droite sont avisées que Tongrinne et Fieurus sont encombrées de troupes ennemies : les gens du pays disent 100.000 hommes. C'est donc une armée qui se hâte dans la direction de Charleroi. Les batteries allemandes s'approchent et s'installent au Bois du Curé, sur un redan qui domine la Sambre : la canonnade tonne de ces hauteurs vers midi. La bataille est commencée.

Que faisait-on, au même moment, dans le camp français ?

Pour la journée du 21, le général Lanrezac a donné des instructions offensives-défensives, par conséquent un peu obscures : les corps d'armée se disposeront à attaquer entre Namur et Nivelles, mais ils n'attaqueront pas. Le i^r corps (Franchet d'Espérey) res-

LA JOURNÉE DU 21 6i

tera sur la Meuse à attendre la relève de la 51^ division ; le 10^ corps (Uefîorges) se tiendra sur les hauteurs au sud de la Sambre (Fosse- Vitri val), et gardera aussi les ponts ; le 3^ corps (Sauret) s'opposera au débouché de l'ennemi sur Châtelet (i).

Le 18^ corps (Mas-Latrie), les divisions de réserve, l'armée britannique sont encore en arrière, loin de l'ennemi, et font une ligne oblique Sud-Ouest de Charleroi au Nouvion.

Les corps de l'armée alliée forment ainsi, au moment où la lutte va s'engager, une sorte de pyramide dont la pointe est le 3® cori:)s appuyé par le lo® corj^s.

Soit pour l'offensive, soit pour la défensive, ce dispositif est très dangereux. D'ailleurs, la pensée du général Lanrezac est de n'attaquer que le lendemain. Il prend ses mesures en conséquence : il compte qu'il aura le temps de porter son i^^ corps en avant dès que la division de relève sera arrivée, et que ce corps mènera l'attaque dans l'encoignure de la Sambre et de la Meuse, sous le feu de la place de Namur.

Journée du 21 août.

Mais le commandant de la 5e armée n'est plus maître des événements. Pendant qu'il élabore ses instructions, les Allemands ont attaqué, le 21, a 12 h. 45, et ils ont attaqué précisément les deux corps

(i) Ces instructions sont les suivantes pour le 3» corps : • ?e tenir prêt à l'o feasive ; être en mesure de s'opposer éventuellement à un débouché de forces ennemies ausud de la Sambre ; se préparer à appuyer et à flanquer le io« corps à sa droite et le iS" corps à sa gauche ; veiller et arrêter les incursions de la cava* erie ennemie tur Us ponts de la Sambre.»

de flèche, en les prenant de flanc par le côté que couvre insuffisamment le lo^ corps, échelonné depuis les hauteurs du sud de la Sambre jusqu'au pont d'Auvelais.

Les Allemands se sont insinués peu à peu dans les faubourgs de la rive gauche ; ils ont gagné de jardins en jardins, de maisons en maisons, de ruelles en ruelles, jusqu'au moment où ils ont été arrêtés par le canal qui borde la Sambre. Ayant ainsi filtré, ils se trouvent en présence des avant-postes du lo® corps qui gardent les ponts de Tamines et d'Auvelais. Luigi Barzini, qui se trouvait sur les lieux, a parfaitement décrit ces préliminaires de la bataille auxquels il assista, sans qu'il ait pu, sur le moment, en prévoir les suites :

« Entre les maisons et la place de la Gare passe un canal navigable dérivé de la Sambre qui traverse la ville plus au Nord ; sur le canal, deux ponts tournants qui donnent accès à la ville étaient barrés par des chaînes. Au bord du canal, les soldats construisaient en hâte une barricade faite de pierres prises à un chantier. La ville avait l'air de s'intéresser intensément à ces préparatifs. Aux fenêtres apparaissent des visages curieux, et le long des trottoirs encombrés de tables de café, des passants s'attardaient à regarder. Rien de plus étrange que le contraste entre la tranquillité de la ville et ces fébriles apprêts de bataille. Le silence se prolongeait. Il y avait des moments d'alarme,; les sous-of&ciers prenaient leur revolver en criant des ordres ; c'était alors une fuite précipitée des passants ; puis, l'on revenait à une attente plus calme. Les trottoirs se vidaient et se repeuplaient tour à tour. Voilà ce qui se passait : des patrouilles de uhlans venant de Gosselies entraient à Charleroi, et, au passage des ponts, étaient arrêtés par les avant-postes

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