SOTE POUR TOUTES LES AKMËÉS
Au Grand Quartier Général,
le 24 Août 1914.
Il résulte des renseignements recueillis par les combats livrés jusqu'à ce jour que les attaques ne sont pas exécutées par une combinaison intime de l'infanterie et de l'artillerie : toute opération d'ensemble comporte une série d'actions de détail visant à la conquête des points d'appui. (N'est-ce pas toute une philosophie tactique ?)
Chaque fois que l'on veut conquérir un point d'appui, il faut préparer l'attaque avec l'artillerie, retenir l'infanterie et ne la lancer à l'assaut qu'à une distance où on est certain de pouvoir atteindre l'objectif. (Il ne se fera plus désormais d'attaque sans préparation d'artillerie.)
Toutes les fois que l'on a voulu lancer l'infanterie à l'attaque de trop loin, avant que l'artillerie ait fait sentir son action, l'infanterie est tombée sous le feu des mitrailleuses et a subi des pertes qu'on aurait pu éviter. (Critique mesurée de la plus grave des erreurs qui ont amené les premiers échecs. C'est la « liaison des armes » et leur subordination au. but qu'on se propose, non à des théories plus ou moins systématiques.)
Quajtd un point d'appui est conquis, il faut l'organiser immédiatement, se retrancher, y amener de l'artillerie pour empêcher tout retour offensif de l'ennemi. (Utilisation des retranchements, emploi de l'artillerie pour l'organisation du terrain : la guerre des tranchées apparaît.)
L'infanterie semble ignorer la nécessité de s'organiser ■lu combat pour la durée. (L'idée d'une tactique de
96 V ÉNIGME DE CHARLEROl
longue haleine et même d'une campagne de durée se substitue à la conception première de la guerre, la guerre de mouvement et d'offensive enthousiaste. . Joffre apparaît tel qu'il est : c'est un génie de stabilité.)
Jetant, de suite, en ligne des unités nombreuses et denses, elle les expose immédiatement au feu de l'adversaire qui les décime, arrête ainsi, net, leur offensive et les laisse souvent à la merci d'une contre-attaque. (Voici, maintenant, la grave préoccupation de la contre- attaque. Or, la contre-attaque, ainsi que l'avenir le démontrera, c'est toute cette guerre.)
C'est au moyen d'une ligne de tirailleurs suffisamment espacés et entretenue continuellement (que de choses en deux mots !) que l'infanterie, soutenue par l'artillerie, doit mener le combat, le faisant ainsi durer jusqu'au moment où l'assaut peut être judicieusement donné. (Rappel de la plus belle qualité française, le jugement, la judiciaire.)
Les divisions de cavalerie allemande agissent toujours précédées de quelques bataillons transportés en automobile. Jusqu'ici, les gros de cavalerie ne se sont jamais laissé approcher par notre cavalerie. Ils progressent derrière leur infanterie et de là lancent les éléments de cavalerie (patrouilles et reconnaissances) qui viennent chercher appui auprès de leur infanterie aussitôt qu'ils sont attaqués. Notre cavalerie poursuit ces éléments et vient se heurter à des barrages solidement tenus. (Tableau tout à fait exact de la tactique inaugurée par la cavalerie allemande ; mais l'exposé est, en même temps, une leçon.) Il importe que nos divisions de cavalerie aient toujours des soutiens d'infanterie pour les appuyer et pour augmenter leurs qualités offensives.