‹ L'énigme de CharleroiChapitre 40 sur 53 · JOFFRE REPREND L'INITIATIVE · texte numérisé non relu

JOFFRE REPREND L'INITIATIVE

Dès le 24 août, alors que la bataille de Charleroi est à peine terminée et que la retraite commence dans les conditions les plus pénibles, Joffre dicte son plan nouveau : « La 5^ armée a pour mission de reprendre l'offensive pendant que les autres armées contiendrotU V ennemi. »

Directive générale qui oppose aussitôt la lumière et la confiance au trouble et au désarroi.

Une directive subsidiaire précise l'application : elle ordonne de maintenir la liaison entre toutes nos armées de l'Ouest ; et notamment entre la 5*^ armée et l'armée britannique qui ne doit, à aucun prix, être abandonnée à elle-même.

En un mot : ne pas être coupé, ne pas être tourné. Voici l'ordre, daté du 24 août : « La 5^ armée battra en retraite en prenant son point d'appui sur Maubeuge et en appuyant sa droite sur la massif boisé des Ardennes, en liaison avec la 4^ armée qui replie sa gauche derrière la Meuse et avec l'armée anglaise dont la ligne de repli pourrait être en direction générale de Cambrai. »

Et cet ordre est transporté aussitôt sur le terrain : dès le 24 au soir, sous l'inspiration du haut commandement, le général de Langle de Cary ordonne au 9® corps de se tenir prêt à diriger la division marocaine sur Rimogne pour continuer, avec la q^ division de cavalerie, à assurer la liaison avec la droite de la 56 armée. La 4^ division de cavalerie passe à la 5^ armée pour assurer cette liaison. Et le 25, l'ordre général est donné : « La 4^ armée s'établira demain sur la rive gauche de la Meuse, pour résister en restant liée à la gauche de la 5^ armée. »

Ainsi les forces alliées, 4^ armée 5^ armée, armée

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britannique, etc., coopèrent en tiri tout fortement lié : le mouvenricnt général se fait, d'abord, dans une direction franchement Sud-Ouest, dont il est facile de comprendre les avantages : les armées en retraite s'appuient, toutes ensemble, sur des obstacles naturels, la Meuse et l'Oise ; elles protègent Paris ; elles maintiennent les contacts avec l'armée d'Amade et surtout, calant toutes nos forces de l'Ouest sur ellesmêmes, elles les ramènent vers leurs ressources et vers leurs renforts.

Ces premières décisions prises en vue des situations immédiates, le commandant en chef porte les yeux sur les événements plus lointains et, en pleine défaite, il trace les grandes lignes de la reprise qui bientôt se transformera en victoire. C'est en ces heures d'émotion que furent rédigées, avec un calme et une précision incomparables, les deux instructions qui eurent pour effet d'arracher l'initiative à l'ennemi et qui changèrent ainsi la face de la guerre.

Par les faits eux-mêmes, l'attention du général Joffre est attirée sur les deux ordres d'idées qui sont les deux faces de l'art militaire : la tactique et la stratégie. Certainement, les défaillances tactiques ont contribué à la perte des premières batailles. C'est donc là qu'il faut, d'abord, dans la mesure du possible, guérir le mal et prescrire le remède.

Dès le 24, la leçon, l'enseignement de cette nouvelle guerre est dégagé par le chef pour tout le monde, généraux et soldats. Le doigt est mis sur la plaie : infanterie, artillerie, cavalerie reçoivent, en quelques j lignes, les directives nouvelles qui doivent désormais régler leur action commune :

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