L'INSTRUCTION N02 PRÉPARE LA MARNE
rien ne prouve mieux la pénétration, la rectitude et l'autorité du génie français.
Résumons en deux mots leur sens profond : la bataille de Charleroi étant perdue et la retraite ayant commencé, cette retraite se transforme, par la volonté du chef, en une manœuvre qui s'achemine vers la bataille de la Marne.
VII. — LA BATAILLE DE CHARLEROI DANS SES RAPPORTS AVEC LA BATAILLE DES FRONTIÈRES
Nous ne devons pas achever cet exposé succinct, sans essayer d'indiquer dans quelles conditions les combats de la Sambre se rattachent à la première phase de la Bataille des Frontières.
Selon le plan français, cette première phase avait pour objet une offensive générale et combinée de toutes nos armées pour pénétrer, le plus tôt possible, en territoire allemand. L'opération principale, qui débouchait par l'Alsace et la Lorraine, la droite au Rhin, devait être secondée par une manoeuvre d'appui à travers les Ardennes. En cas de succès on s'assurait, dès l'abord, le gage des provinces annexées ; on entravait le mouvement des armées allemandes par la Belgique en menaçant leurs derrières ; de toutes façons, on protégeait Nancy et on s'opposait à la menace d'enveloppement ennemi par la Trouée de Charmes.
En tant qu'offensive, cette conception a échoué ; en tant que défensive, elle a réussi.
Toute l'histoire militaire le prouve, la Lorraine est un mauvais terrain pour une attaque se portant de France en Allemagne. Si le commandement français débouchait par là, c'est qu'il ne pouvait pas faire autrement : résolu qu'il était à ne pas violer la neutralité belge, il n'avait pas d'autre porte d'entrée sur le territoire ennemi.
Les Allemands, grâce à leur préparation formidable, nous repoussèrent à Morhange et à Sarrebourg. Mais ils furent arrêtés, à leur tour, à la Trouée de Charmes, sur la Mortagne et au Grand Couronné. Le résultat stratégique, dans l'Est, fut, en quelque sorte, « partie nulle » ; ce front se stabiUsa prompement.
Quelle est, d'autre part, la conception allemande, en considérant l'ensemble du front occidental? Ouvrir sur nos frontières, une tenaille immense comportant : 1° une branche gauche menaçant Nancy et la Trouée de Charmes ; 2° une branche droite, plus puissante et de plus longue portée, traversant la Belgique pour atteindre la mer et se rabattre sur la Marne et la Seine ; 3° une articulation, formée par les armées du Centre et des Ardennes, ayant pour mission d'asséner le coup décisif en débouchant sur Verdun.
On sait toute l'importance qui, dans ce plan, est attribuée à la branche de la tenaille qui opère en Belgique. Mais il faut reconnaître que, si elle est la partie la plus solide, c'est elle qui court les plus grands risques. Un succès des armées françaises dans les Ardennes et dans l'Est la scinderait par la base.
Or, voici ce qui se passe entre le 20 et le 25 août, Les années allemandes de l'Est, victorieuses en Lorraine, sont arrêtées devant la Trouée de Charmes