LA CHUTE MÈNE AU NÉANT
un être libre tend à séparer le principe même de sa volonté de la volonté absolue qui le produit. » La chute est donc un acte moral. « Nous avons conçu a priori l'idée et la possibilité de la chute, comme nous avions conçu a priori la possibilité de la création. A son tour l'expérience, qui nous avait prouvé la réalité de la création, nous a fourni la triste certitude de la chute. Maintenant, d'après notre méthode, c'est à la pensée a priori de relever la partie. Un nouveau problème spéculatif vient se poser. La chute est constatée en fait... » Quelles peuvent en être les conséquences ?
c<r La chute, envisagée du côté de la créature, doit la conduire à l'anéantissement. Toutefois, nous ne saurions admettre... que la créature réussisse à se détruire absolument par cet effoî't pour se déraciner et pour sortir de lètre. En eft'et la volonté qui la pose est une volonté absolue, éternelle. Par cela même que Dieu veut la créature, elle est éternellement voulue, elle est donc éternellement réelle, elle ne saurait périr ; et cependant elle tend à périr par l'emploi qu'elle fait de sa force essentielle. Son essence est éternellement voulue et son essence est la liberté. Elle ne peut donc pas cesser d'être libre, et cependant elle tend à l'anéantissement de sa liberté : sa chute est donc bien nommée : c'est la chute, la chute par excellence, la chute sans fin
64 l'infinie contradiction
dans un abîme sans fond. La conséquence de la chute est la chute. Tomber toujours, toujours, tel est le sort qua pu se préparer la créature. Notre effort pour nous relever ne réussit qu'à nous abaisser, et nous nous abaissons autant que nous pensions nous élever. Nous atteignons l'infini, mais c'est l'infinie contradiction... »
« Le mal, ce triste fruit de Terreur et de la liberté... est... l'effort du néant vers l'existence et de l'être vers le néant... La créature qui aspire à l'existence absolue tend proprement à s'anéantir. Cependant elle n'arrive pas jusque-là, parce qu elle est immuablement voulue. Elle n'atteint ni le but illusoire de son désir, ni le terme fatal de son aveugle effort : mais elle se frappe de stérilité, elle rend impossible la véritable réalisation de son être ; car, sans détruire sa liberté essentielle, ce qui est au-dessus de ses forces, elle paralyse sa iberté effective et se consume dans la contradiction. »
C(... Impuissante à vivre, impuissante à mourir, la créature respire dans le vide, elle veut toujours, sans jamais posséder et sans jamais connaître l'objet de son vouloir.
)> Spectacle ridicule et terrible : l'effort du non-être pour usurper l'être se trouve un effort de l'être pour se plonger dans le néant ! C'est la