ET LE SACRIFICE
« La solidarité de l'espèce humaine. Le sacrifice des individus à V ensemble. » Parmi les enseignements de la guerre immense qui s'est déchaînée du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918 et de l'époque trouble et angoissante où nous vivons depuis lors, ces deux-là ne sontils pas manifestes ?
Plus que jamais, dans notre monde moderne, les individus sont solidaires et les peuples aussi. Aucun homme ne peut se désintéresser des autres hommes, aucune nation ne peut se désintéresser des autres nations, alliées, associées, ennemies ou neutres. Qu'il s'agisse de notre pain quotidien, de notre santé, de notre vie ou de celle de nos enfants, de la vie économique ou de la vie sociale, de la vie politique, de la vie morale ou de la vie intellectuelle, nous subissons à chaque moment le contre-coup de ce qui se passe autour de nous et hors de chez nous, par toute la terre. La rapidité des communications a vraiment fait à cet égard un seul tout de l'humanité entière.
Quant au sacrifice des individus, tantôt, hélas! pour satisfaire d'atroces ambitions, particulières ou collectives, tantôt, il faut le dire.
lOO L UNITE DE L HUMA^^TE
pour sauver l'existence même de leur patrie ou l'honneur de l'humanité, quelle époque plus que la nôtre en a donné l'exemple ?
Revenons à Charles Secrétan qui enseignait à ses auditeurs de Lausanne, il y a exactement trois quarts de siècle, en i845, la solidarité irrécusable de l'espèce humaine et le sacrifice nécessaire des individus à l'ensemble.
L'espèce est donc pour Secrétan une réalité qui domine l'individu :
cr Nous vivons à la fois, dit-il, la vie commune de l'espèce et notre vie individuelle... Le pouvoir de produire son semblable, commun à tous les individus de l'espèce naturelle, en manifeste l'unité, comme il en circonscrit l'idée, jo ce Les individus (et pas tous encore) élèvent la tête au-dessus de la masse, mais il y restent pris par les pieds. »
c< L'unité de l'humanité se présente à nous sous trois formes... :
» 10 L'unité naturelle, primitive.» Nous ne pouvons la saisir ni par le raisonnement ni par l'imagination. D'ailleurs on peut dire qu'elle était indéterminée en elle-même, puisqu'elle était appe-
sous SES TROIS FORMES ICI
lée à se déterminer et à s'achever elle-même. Nous pouvons cependant la connaître indirectement de deux manières : D'abord en partant de l'unité présente que nous constatons, de la solidarité des générations et des individus ; et plus particulièrement de la solidarité du mal moral, que l'on désigne, dit Secrétan, <( sous le terme problématique de péché origineb^. D'autre part, en partant «de l'unité idéale... que la conscience morale nous propose comme but, dans la loi de la charité.
)> 20 Cette unité finale elle-même, unité morale, unité voulue, qui a pour but la liberté des individus et la subordination libre des individus au tout, chacun se posant non comme un tout, mais comme un membre du tout, suivant la formule excellente d'un écrivain moderne : « Je veux que nous soyons.»
» 3° Enfin l'unité présente, qu'on méconnaît aisément parce qu'elle est obscurcie, contredite, niée en fait, mais qui subsiste néanmoins en principe et qui se traduit de mille manières à l'esprit qui poursuit la vérité à travers les apparences ; tandis qu'elle reste un paradoxe insensé pour celui qui croit trouver la sagesse dans la précision des formules dont il revêt ces apparences elles-mêmes.
» Au dehors, l'unité de l'espèce humaine, l'identité substantielle des hommes entr'eux se manifeste.