‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 92 sur 124 · CHAPITRE XV LE MOT DE L'ÉNIGME · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV LE MOT DE L'ÉNIGME

Notre moisson est finie : il est temps de lier notre gerbe.

« Nous sommes arrivés au terme, dit Charles Secrétan. C'est au jour de l'idée suprême qu'il faut examiner l'enchaînement des doctrines précédentes. Notre conception du but final me semble posséder une évidence propre, indépendante djs théories qui l'ont amenée, et par là, de nature à les recommander. Nous reconnaissons l'organisme absolu comme but de la création au même titre que nous avons posé la liberté absolue : en vertu de la loi de perfection. Nous irions presque jusqu'à l'appeler une vérité évidente par elle-même ;

LE ROLE DE LA SOUFFRANCE lOI

car il est manifeste à l'esprit capable de s'interroger que la réalité des choses doit au moins égaler ses pensées. Nous affirmons l'organisme absolu au même titre que la liberté de Dieu, et nous trouvons la certitude de sa réalisation impliquée dans la croyance en Dieu. Si Dieu est parfait, la perfection de l'existence finie doit s'accomplir. »

Il nous est possible maintenant de comprendre le rôle et la valeur de la souffrance :

« Lorsqu'on n'envisage que la chute, la souffrance apparaît comme une nécessité ; mais quand on s'attache au côté divin des choses, on en reconnaît la signification positive, on voit en même temps qu'elle est positivement voulue et qu'elle est un effet de l'amour. La parole qui nous dit : <f Pardonnez à ceux qui vous offensent », dit aussi : C( Dieu châtie celui qu'il aime ». Telle est la véritable signification de la souffrance. Ce n'est pas une peine prononcée par un juge, c'est un châtiment paternel. Entre la peine et le châtiment il y a la même différence qu'entre le juge et le père, entre le droit et l'amour. Le châtiment suit la faute comme une conséquence naturelle; mais la nécessité qui les unit est une disposition d'amour.

30a DIEU EST IMMUABLE

Toute douleur est au fond châtiment; le paroxysme de la douleur est encore un fruit de la grâce. Dieu est immuable, gardons-nous de l'oublier. En quelques lieux que nos pas s'égarent, nous le trouvons toujours au zénith, et le regard de sa tendresse descend toujours calme sur nos fronts abattus ou consolés. C'est nous qui changeons, Dieu ne change pas. Quoi que nous fassions, quels que nous soyons, Dieu veut toujours notre bien. Nous avons beau l'essayer de toutes les façons, nous ne parviendrons pas à mettre l'Eternel en colère, pour lui faire vouloir ce qu'il ne veut pas. Toujours il veut notre bien, soyons- en sûrs. Notre bien c'est que nous soyons bons. Si nous le sommes déjà, notre bien est que nous restions tels ; si nous ne le sommes pas, notre bien est que nous le devenions, et nous ne pouvons le devenir que librement ; car la bonté est l'effet de la liberté, comme elle en est la marque. Le bien de l'âme éloignée de Dieu est donc de connaître son égarement, afin qu'elle s'efforce d'en revenir ; le bien de l'âme déchirée est de se sentir déchirée, le bien de l'âme emportée est de s'arrêter, de se recueillir, de se reprendre, de se voir enfin telle quelle est. Son bien est d'obtenir la conscience du désordre où elle est plongée, la conscience de son mal. Ainsi la douleur est son bien. Un

DIEU EST PATIENT ao3

moindre degré de souffrance serait un moindre bien, et témoignerait d'un moindre amour. Aussi Dieu ne nous épargnera- t-il pas, il ne se lassera pas de nous frapper jusqu'à ce que nous ayons crié grâce et, acceptant enfin le secours qu'il nous offre, nous soyons redevenus tels qu'il nous veut.

» ...Nous ne réussirons pas mieux à rendre Dieu faible que nous ne réussirons à ie rendre méchant. Le rayon du soleil durcit la terre, il fond la glace, il fait fleurir la rose : concentré par le verre, il enflamme la poudre ; c'est pourtant le même rayon du soleil. Il n'en va pas autrement de l'amour de Dieu : douceur pour celui qui l'aime, il est sévérité pour qui l'oublie ; pour qui le repousse, il est torture et convulsion. Regardez dans votre cœur, et dites s'il ne témoigne pas de la vérité de mes paroles...

» Si quelque chose pouvait nous faire douter de la bonté divine, ce ne serait pas les malheurs des méchants, c'est leur sécurité et leur joie. Mais cette sécurité. Dieu la dissipera ; cette joie sera changée en deuil, car Dieu les aime.

» Dieu est patient, le temps est à lui. Il veut amener toutes les âmes, il ne veut en contraindre aucune... »

Que de souffrances, que de luttes il nous

ao4 LA LUMIÈRE DE l'ÉVANGÏLE

faudra traverser encore jusqu'au retour de tous les enfants prodigues à la maison paternelle ! Alors Dieu sera tout en tous.

Si nous arrivons à résoudre le problème de la souffrance, nous tenons aussi ou du moins nous entrevoyons la solution des autres mystères qui agitent l'esprit humain :

« L'intelligence vraiment cultivée par le christianisme trouve en lui la satisfaction de ses besoins les plus profonds, la solution des doutes qui la fatiguaient le plus, elle y trouve, en un mot, sa restauration ; tandis que les esprits hostiles à la foi sont réduits à des systèmes de qualité inférieure, où les faits de l'ordre moral les plus essentiels et les plus manifestes sont travestis, sinon simplement passés sous silence.

» A mesure que le christianisme devient plus intime à l'âme et plus intelligible, l'incrédulité devient aussi plus brutale : elle commence par la négation du mystère ; elle aboutit à la négation de la conscience et au culte des passions. La lumière de l'Evangile et la lumière de la conscience unissent leurs clartés divines; il ne reste plus de

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