ET LA LUMIÈRE DE LA CONSCIENCE
ressource à la volonté rebelle que de les étouffer toutes les deux. Tel est le caractère intellectuel de notre époque. Un égal discrédit, une impuissance égale frappent et les doctrines rationalistes qui prétendent satisfaire aux besoins de la conscience et les dogmatiques autoritaires conçues en dehors de cette suprême autorité. L'inhumanité théologique trouvait son contrepoids dans la religion naturelle. L'une et l'autre appartiennent au passé. Il n'y a plus ni théologie ni philosophie : il n'y a que deux religions. Les âmes qui acceptent la loi du devoir sont conduites au christianisme par la repentance ; les âmes qui repoussent le christianisme repoussent aussi la loi du devoir. Il n'y a de conviction vraiment sérieuse au siècle où nous sommes que dans le christianisme individuel fondé sur le témoignage intérieur, et dans les doctrines qui mettent la force au service des appétits. Entre deux, je n'aperçois guère que des débris flottants sur l'océan du scepticisme, poussés ça et là par les préjugés et par les intérêts... »
« Au point de vue de la liberté, la distinction du naturel et du surnaturel ne saurait être qu'une apparence. Il sont confondus dans la réalité morale. L'œuvre du christianisme est toute morale... Plusieurs estiment que le christianisme ne serait
ao6 LA CONVERSION DE l'iNTELLIGENCE
plus divin si la raison parvenait à l'entendre. Je me demande si ces personnes, dont le sentiment est infiniment respectable à mes yeux, se font une juste idée de l'harmonie qui doit régner dans toutes les parties de l'homme régénéré, et de l'influence que le christianisme lui-même est appelé à exercer sur la pensée. Non, le divorce de la raison et de la foi ne peut pas être éternel...
JD... Si les titres que la religion présente à nos respects ne sont pas des titres faux, le moyen d'atteindre le but ne saurait être de rendre le christianisme raisonnable : la vraie méthode consisterait bien plutôt à rendre la raison chrétienne. Il s'agit donc d'une œuvre surnaturelle qui doit s'accomplir par des moyens naturels. On ne peut transformer la raison qu'en s'appuyant sur la raison, comme on ne peut changer la volonté qu'en employant la volonté. Science et foi, grâce et liberté, mensongères antithèses ! la vérité n'est pas entre deux, elle est dans le tout. . . L'humanité n'a-t-elle pas confessé sa corruption, et la raison son impuissance ? Ont-elles besoin qu'on leur prouve qu'elles sont malades et qu'il faut guérir ? Il y a dans la raison même quelque chose qui annonce la nécessité et la possibilité d'une métamorphose, puisqu'elle est constituée en vue d'un but qu'elle n'atteint point.