‹ L'enjoleuseChapitre 10 sur 111 · PR LAN EE · texte numérisé non relu

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ARMAND (avec une colère à peine dissimulée. )

Moissonneur aussi, c'est vrai ! Mais le diable sait que ce n'est pas de ma faute pourtant !

MADAME GRANDIER

Mon enfant !

GRANDIER (avec dégoût.) Laisse ! C’est sa culture qui perce...

ARMAND (se levant.)

Abh ! laissez-moi parler à la fin où ,: creverai de rage! Ah ! quoi? vous, elle, moi, derniers descendants d'une noble famille de France, nous en serions réduits à fouiller de nos mains une terre étrangère, à mouiller de nos sueurs ce carré de sable qui nous donnera à peine de quoi ‘subsister jusqu’à la saison nouvelle ?°” Et vous semblez vouloir vous accommoder de cela, vous ? Vous, mon père, vous parlez d'amour, de fiançailles, de mariage—comme si nous ét‘ons de ces Canad'ens-français qui se marient à vingt ans, sans le sou, sans place et sans avenir. . . Vraiment, je vous admire— si je ne vous comprends pas. ...

MADAME GRANDIER (efrayée).

Armand, Armand ! Je t'en prie, tais-toi !...Tu ne sais plus à qui tu parles !

ARMAND (avec violence).

Laisse-moi achever, mère...Je n'étais pas né, moi, pour traîner cette vie de gratteur de terreau, d'anachorète, d'“habitant” comme disent ces brutes de paysans, et je veux Paris! Je veux Paris! C'est là, et non ici, que

oo

DEVOTION 25 EE je referai notre fortune, et c'est là que j'irai vivre et mourir... (allant s'asseoir) Et maintenant, causons d'affaires: je retourne là-bas tout de suite.. .Je ne veux plus subir cette tâche de galérien plus longtemps. . . L'impatience, le dégoût, la fatigue, tout cela met en mon coeur un tel levain de colère que je n’y puis plus tenir... Je m'en vais. Mais comme je n’en ai pas les moyens, il s’agit de s'arranger, n'est-ce pas ?

GRANDIER (froidement).

Tu veux retourner à Paris ? À ton aise. Seulement, tu sais que tout l’argent que nous avions de disponible est placé sur cette ferme et dans son exploitation. . . Nous l'avons payée cinq mille dollars, comme tu sais, mais elle en vaut dix mille aujourd’hui, et ce n’est pas mal vraiment pour une galère. . . À ce compte-là, en effet, elle en vaudra vingt mille dans cinq ans, et ce n’est pas tout... Elle nous rapporte en ce moment au-dessus de mille dollars net par année en plus, et nous ne faisons que commencer. . . .

ARMAND (avec impatience).

Je sais....

MADAME GRANDIER

Non, tu ne sais pas. . . . Ecoute.

GRANDIER

Si tout savais tout cela, en effet, tu ne dirais pas. comme tu l'as dit tout à l’heure, que ta fortune est à Paris. Que peut te donner Paris ? Par quels moyens—j'entends par quels moyens honnêtes —feras-tu rapidement fortune làbas ? Ici, c'est vrai, le travail est ardu et l'édification

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