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26 DEVOTION A d'une fortune est difficile, mais eile est sûre aussi, et je la vois venir.
ARMAND (se promenant).
Admettons que je ne fasse pas fortune en France... J'y vivrai du moins selon mon rang, selon mes goûts et mes besoins, et cela me suffirait—pour le moment. I y a là l’armée, la fonction publique, que sais-je ? Mon Dieu, je ne demande pas l'impossible... Donnez-moi une petite
part de l’argent qui doit me revenir plus tard, afin de me permettre de retourner en Europe, et....
MADAME GRANDIER
Mais nous venons de te dire que c'est impossible . . . Impossible !
ARMAND
Bah ! Et pourquoi, impossible ?
GRANDIER (pâle mais toujours froid).
Il me semble que je t'ai expliqué. . . Je n’ai pas l'argent disponible et je ne peux pas m'en procurer, en ce MOment du moins. . . Je le regrette pour toi, maïs nous sommes condamnés—toi, moi, nous tous, à vivre comme des paysans et non comme des millionnaires. . . Il faut savoir en prendre son parti.
ARMAND (avec colère).
Cela vous est facile à dire... Mais enfin, ne pourriezvous pas recourir à un emprunt, à .
GRANDIER (avec force).
Jamais !
hop MADAME GRANDIER.
Oh ! l'odieuse scène !...Tenez, je vous en prie tous les deux, brisons là ce débat, et attendons les événements. . Je suis certaine que bientôt il nous sera possible de t'aider à retourner en France. ..Oui bientôt... (allant à son fils) Je t'en supplie, Armand, tais-toi, ne dis plus rien...
ARMAND (dur).
Je suis au désespoir, ma mère, mais, comme je le disais tout à l'heure, je ne veux pas une semaine de plus ici... Il faut que je parte et je partirai. ...
GRANDIER (avec une violence soudaine).
Eh bien, va-t'en !
MADAME GRANDIER (avec un cri).
Mais je ne veux pas, moi !...Je ne veux pas que tu le chasses ainsi !...C'est mon fils, mon fils !...Et il me restera, n'est-ce pas, Armand, dis ?...Tu vas rester ? Tu ne quitteras pas ta mère ?
ARMAND (se dégageant).
Non, je ne resterai point ! Mais je ne partirai pas, du moins, avant d’avoir réglé nos affaires et nos comptes. . J'ai des droïts—des droits que vous ne nierez point sans doute ? A défaut de la fortune que vous. . .que nous avons perdue en des spéculations. . .malheureuses. . .il me semble que j'ai le droit à une part de ce qui en reste... Je suis majeur... (brutalement) J'ai besoin d'argent : je demande
PU rt Ho ssmsasEs
ES MADAME GRANDIER
Est-ce toi qui parles, Armand ? Toi, mon fils (elle
pleure).
GRANDIER
C'est enfin “lui”, en effet....
ARMAND
C'est enfin moi, si vous voulez. . . Il faut à de certains moments agir et parler comme une brute, et j'en suis à un de ces moments-là...
GRANDIER
Cela dépend du personnage. . .Je le crois vrai de toi,
cependant, et c'est pourquoi je désire—je veux—que cette scène prenne fin. Brisons-là.
ARMAND (avec rage). |
Je n'ai pas encore fini...Je veux mon salaire, mes gages. ..Je peux revendiquer comme mien le dollar par jour que “gagne” Pierre, et les tâcherons cornme lui, n’estce pas, puisque je fais le même travail et partage la même vie ?... Comptez-moi ce salaire, et. . .et je vous abandonne le reste... (à part) Pour aujourd'hui. ...
GRANDIER (avec un geste las).
Soit ! Demain, si je vends mes fourrages.
ARMAND
Et si ces fourrages ne sont pas vendus demain ?
GRANDIER
‘Tu attendras.
ARMAND (il va pour prolesler avec colère quand to'rt à coup il aperçoit sa mère qui lui fait signe de se taire.)
C'est bien, j'attendrai....
GRANDIER (prenant son chapeau).
Et maintenant, pas un mot à Aline de ce qui vient de se passer. . . Et surtout ne revenons plus sur ce sujet. (allant vers la porte) Je vais faire une promenade. S'il vient quelqu'un tu leur diras que je rentrerai dans quelques
instants. (I sort.)