‹ L'enjoleuseChapitre 13 sur 111 · RE · texte numérisé non relu

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ce qui s'est passé, de l'explication que nous avons eue ensemble. .. Je vais retourner à Paris maintenant, et dans un mois je serai de nouveau dans mon élément, je jouirai du bien-être de la culture supérieure sans laquelle l'homme n'est qu'une brute, et quand je reviendrai—car je reviendrai— ce sera pour vous arracher d'ici à votre tour....

MADAME GRANDIER (s'essuyant les yeux).

Je comprends, oui je comprends qu'avec l'éducation que tu as reçue en France ; qu'avec tes goûts et ta nature hautaine et délicate, tu songes à retourner là-bas. . . Et je l'y aiderai, puisque c'est nécessaire. .. Mais ce que je ne comprendrai jamais cependant, c'est que tu aies parlé comme tu l’as fait tout à l'heure...

ARMAND

Je te l'ai dit, je...

MADAME GRANDIER

Non, n'en parlons plus...Je ne sais pas ce que ton père fera demain, et nous n’attendrons pas jusque là... Voyons, tu as besoin de combien pour ton voyage d'ici à

Paris ?

ARMAND (détaché).

Mais il n'y a pas que le voyage... .Il faudra que je me case là-bas, que je m'installe, que je subsiste. . . Je crois que vingt mille. . .oui, vingt mille francs...

MADAME GRANDIER

Vingt mille francs ! Mais je n'ai pas...je ne peux pas me procurer pareille somme en ce moment 1...Tu sais bien que je n’ai pas d'argent ; que ma dot a servi à l’achat

de cette ferme, et sert encore à s0n exploitation. . .Que disje >? Mais je n'ai pas dix mille francs à ma disposition !

ARMAND (avec dédain).

Dix mille francs ! Que ferai-je avec pareille somme ? Je ne peux pas tomber sur les boulevards et dans 1es salons de Paris avec l'allure et les habits d'un paysan canadien ? Allons ! ne me dis pas que tu ne pourrais pas, si tu le voulais absolument, me trouver vingt mille...quinze mille au moins !...Naturellement ce ne serait là qu'un prêt,

mn...

MADAME GRANDIER (s'essuyant les yeux).

Ecoute, j'ai des bagues en diamants. . .Je vais te les donner. . .Qu'ai-je besoin de bagues en diamants dans cette solitude ?...Oui, oui! je n'y pensais pas tout d'abord, mais je vois bien que c’est le seul moyen de nous tirer d'embarras. . . Tu les vendras sans doute très cher, car les diamants sont de tout premier ordre, et la somme qui t'en reviendra te suffira amplement, je crois, pour partir...

ARMAND (avec un geste de triomphe vite reprimé).

Les vendre >? Oh ! non !...Mais on pourrait—pour peu de temps sans doute—les mettre en gage...(avec un rire forcé) les porter chez ‘ma tante Fr

MADAME GRANDIER (lasse).

Comme tu voudras...Je vais te les chercher... | ARMAND (l'arrêtant).

Bien !...(s’approchant) Allons, mère, du nerf, du | courage. . . Je ne pars pas pour le bagne, ni pour la guerre

32 DEVOTION ... Je vais en France m'occuper selon mon rang—m'occuper à refaire pour. . .toi, pOur nous tous, une autre fortune dont tes diamants formeront le point d'appui initial. . .Et quand je serai riche, je reviendrai vous chercher. . . vous tirer de cette vie où vous vous ennuyez à mourir, de toutes ces misères. . . Allons ! tu es pâle, fati ...Veux-tu que ces Aline ? (Madame Grandier fait signe que non). on ?...Si tu allais te reposer, alors ?

MADAME GRANDIER (heureuse).

Et l'on dit que tu es méchant, toi, mon fils, que tu n'as

pas de coeur, Armand...

ARMAND (lentraîne doucement vers la porte).

Que veux-tu ! Père, ainsi qu'Aline sont aveuglés par Jeur toquade pour ce docteur Reynaud. ...

MADAME GRANDIER

Oh ! ce docteur ! Je n'oublierai jamais qu'il a été la cause de cette scène cffrrse.. .

ARMAND

11 n'en a été que le prétexte, mais qu'importe : il n’en épousera pas moins ine...

MADAME GRANDIER

Jamais! (elle sort).

(Fin du premuer acte.)

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