‹ L'enjoleuseChapitre 4 sur 111 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ALINE, MADAME GRANDIER

(Tant que le chant dure, Aline s'occupe à préparer la

table, tout en s’arrêtant, de temps à autre, pour écouter. Madame Grendi'er, elle, écoute sans bouger.)

ALINE

Bon ! Après les moissonneurs, voici les cloches qui chantent. . . C'est l’Angelus alors, et père, ainsi qu'Armand ne tarderont guère à rentrer maintenant. Pourvu qu'ils aient entendu tout de même. ..Ils sont si loin aujourd hui sur la ferme, et j'ai vu que père avait oublié sa montre ce matin.

MADAME GRANDIER Si tu sonnais du cor à tout hasard ?

ALINE

Ah ! c’est que je ne suis pas certaine de le faire sonner, tu sais ! Je veux bien essayer cependant. . . (prenant le porte-voix, elle va à la porte et fente de le faire résonner. Parlé.) Aucun son! (elle rit) Allons ! encore un effort ...Hà ! un cri... Penses-tu qu'ils ont pu m'entendre ?

MADAME GRANDIER (souriant).

Je n'en jurerais pas....

ALINE ( revenant).

Et pourtant il serait bien temps qu'ils reviennent. Ils doivent être fort fatigués, père surtout qui n’est plus jeune, et qui n’a pas l’habtude. . .Ce pauvre père |...

MADAME GRANDIER

Oui, les malheurs sont venus...Hélas ! vois-tu, ma chérie, la vie c’est comme les saisons : un moment elle est parfaite, ensoleillée, ple:ne de fleurs, de parfums et d'amour comme le printemps par exemple—et puis, tout à coup, ‘elle change, elle tombé de l'automne à l'hiver, et: arr

DEVOTION . SRE

ALINE (continuant).

Er de l'hiver au printemps !...Espérons que nous avons pasté l'hiver.

Oh ! toi, l'espérance est sur ton front !

ALINE

Parce que c'est encore l'été !... Mais oui, c'est l’étél Voyez donc comme le ciel sourit—nous sourit, ma mère— et cominc nous sommes tous heureux autour de toi.. .N'estil pas gai mon père, malgré tout ? Et ne dit-il nas tous les jours que ce changement dans sa vie lui sera salaire et bienfaisant ? Mais il est aussi content d’être ici que moi. . moi qui ne regrette rien. ..rien. . . que la France !

MADAME GRANDIER (émue).

Ma douce France !

ALINE

Mais que dis-je ? Ne sommes-nous pas en France encore ? Est-ce que tous le monde ne parle pas français autour de nous ?

MADAME GRANDIER (avec un sourire).

Même Pierre ?

ALINE (riant aussi).

Même Pierre—quand il ne fait pes des efforts pour le parler mieux......

fu exagères bien un peu en disant que tous le monde parle français autour de nous. . Mais s’il nous est diffic -

de nous croire à Paris, rien ne nous empêche de nous im:giner transportés en Normandie. . ...

ALINE

N'est-ce pas ? ...Toé, moé. .Ces gens-là sont charmants !

MADAME GRANDIER

Ce n'est pas l'avis de ton frère...

ALINE

Malheureusement.

MADAME GRANDIER

Et ce n'était pas l'avis de ton père non plus à venir jusqu’à cette année. . Lui aussi a eu ses préjugés, ses dédains, ses colères aussi, contre les Canadiens, leurs coutumes et leur langue ; mais il paraît que c'est fini maintenant. ... Il s’est aujourd'hui laissé prendre à la splendeur de la terre canadienne, à la sympath'e indéniable de ses fils, et cela tant et si bien que j'en suis presque étonnée parfois. . . C'est dommage que ton frère et lui ne s'entendent pas mieux à ce sujet.

ALINE

Bah ! Ils finiront bien par s'entendre ! Tenez, justement en voici un de ces braves gars d'ici. . . Bonsoir, Pierre.

ptet

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