SCENE II
MADAME GRANDIER, ALINE, PI-RRE (à la fenêtre).
PIERRE (il est tête nue et une faulx brille sur son épaule).
Bonsoir, madame, bonsoir mamzelle ! M'sieu Grandier n’est pas encore r'venu des champs ?
ALINE (tout en continuant son travail).
Non, Pierre, pas encore. Mon père et mon frère sont à la “prairie neuve,” tu sais, au bout de la ferme ? Ils n’ont sans doute pas entendu l’Angelus car ils tardent... J'ai donné du cor—du porte-voie—mais je ne suis pas de la force de Roland, et je n’ai réussi qu’à me faire mal à la gorge.
PIERRE (naïvement)
Comme vous parlez ben, vous mamzelle !
MADAME GRANDIER (souriant.) N'est-ce pas ?
ALINE (de même).
Bon ! voyez-vous ce Pierre qui me fait des compliments !
C'pas un compliment, c’est une vérité. . .Il me semble que vous d’vez chanter comme le rossignol qui rôde autour de moé quand j’fauche aux champs...J'peux pas l'entendre sans penser à vous mamzelle Aline...
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MADAME GRANDIER (à Aline).
C'est qu'il s’y connaît, vois-tu...
ALINE (à Pierre).
Ah ! bien, en voilà une idée ! Comment le rossigrol peut-il te faire penser à moi ? Je n’ai jamais chanté devant toi, ce me semble, et d’ailleurs je ne chante pas mon ami.
PIERRE. (naturellement).
Vous parlez, comme on dirait la même langue... ALINE.
Tiens ! mais c'est joli comme tout ce compliment. .. Tu me gâtes, mon ami Pierre, tu me gâtes !
PIERRE
Oh ! y a pas d'danger, allez !
MADAME GRANDIER
Non...(changeant de ton)Et la moisson, Pierre ?
Elle est ben belle. Le foin a l'épaisseur d'un mer, et la faulx a d'la peine à y entrer... Maïs on touch: «à la fin à c't’heure : tout est fauché et y a pu qu’à l’r’entrer... Dame, il fait chaud, par exemple !
ALINE
Rien de nouveau au village, Pierre ? C'est toi, à qu’on dit, qui fait le journal dans le pays ?
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EL PIERRE
Ben, c'est p't'être vrai que j'aime un peu, à babiller, mais vous savez, c'pas pour faire du tort à personne... Y a pas grand chose de nouveau dans l’moment, si c’n'est qu'il y a un étranger d’arrivé dans l'village, un m'sieu ben riche, à c’q'on dit...Il a toujuurs une grosse valise pleine d'argent avec lui, et il achète les récoltes à qui veut les vendre. Justement il va venir voir m'sieu Grandier à c'sujet