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EEE ———
je n'étais pas venue depuis si longtemps, et puis prendre part à une conversation fort intéressante, sans doute, puisqu'elle dure depuis une heure...
ALINE (riant.) Oh ! une heure !
GRANDIER (de même.) Fichtre ! voilà une heure qui avait des ailes ! MADAME GRANDIER
Mettons dix minutes. ..Mais dix minutes, pour 91, c'est presqu’une heure—un siècle—et si je ne vous gêne
pas...
ALINE Oh ! peux-tu croire !
MADAME GRANDIER En ce cas, allez, causez !
GRANDIER
J'allais dire à Aline que je lui apportais une lettre, quand tu es entrée. Elle est de France.
ALINE (avec joie.)
Une lettre ! une lettre de France ! Si elle était d’Armand, cette fois ? Hein, maman, ce qu’elle en rerait jaillir une joie ici !
MADAME GRANDIER
Mon pauvre Armand ! Lis, Aline, lis vite... (à Grandier) Car elle est de lui, n'est-ce pas, cette lettre, dis!
Om —] GRANDIER (s'éloignant.) Je...non, je ne crois pas. ..De Marcel plutôt...
ALINE (avec indifférence.) MADAME GRANDIER
Mais enfin, on ne sait pas... Lis tout de même...
ALINE (regardant la lettre.)
Elle n’est pas d’Armand, en effet...Je reconnais l'écriture de Marcel. . . Mais enfin, pourquoi donc Armand ne nous écrit-il pas ? Est-il fâché > L’avez-vous chassé ? Vous savez, papa, et toi, maman, je n’ai jamais pu m'expliquer son départ si brusque, si mystérieux, si dramatique même, puisqu'il a si curieusement coïncidé avec ce. . .cette affaire d’attentat, d’arrestation. . . Vous m'avez toujours dit qu’Armand, dégoûté du travail de la ferme, et par un coup de tête étrange, s'était enfui le soir même de la scène malheureuse du souper, tu te souviens père ?
GRANDIER
Oh !
Oui, mais...
MADAME GRANDIER
Ïn'y a pas d’autres raisons pour expliquer sa dispariton que celles que nous t’avons données.
ALINE
Soit. Mais à plus ample raison, pourquoi ne nous écrit-il pas ? Semble-t-il nous oublier tout à fait ?
MADAME GRANDIER
Oh ! va ! il ne nous oublie pas. . .Il reviendra même quelque jour...
ALINE
Oh ! oui, car il sait bien que nous l’aimons toujours,
et que nous n’avons aucun ressentiment contre lui... MADAME GRANDIER
Et pourquoi aurions-nous du ressentiment contre lui ? Serait-ce à cause de cette misérable discussion que nous avons eue à propos des paysans canadiens ?
GRANDIER Qui sait ?
MADAME GRANDIER (avec chaleur.)
Armand était un bon fils, un homme de foi et d'honneur, et s’il s’est laissé emporter par une colère regrettable,
il n’a rien fait de vraiment indigne d’un gentilhomme.
ALINE
Je le crois.
MADAME GRANDIER
Revenons à la lettre que tu tiens ‘à, darsta main. Lis
donc...
ALINE
Ah ! Oui, je !’avais oubliée. . .( elle ouvre la lettre et dit tout de suite en y jetant les veux.) C'est de Marcel,
en effet.
MADAME GRANDIER
Ce brave garçon ! Peut-être nous donne-t-il des nou-
velles d’' Armand...
ALINE
Voulez-vous que je lise haut ?
TE MADAME GRANDIER
Si tu veux.
GRANDIER
Il n’est pas nécessaire ; que dit-il ?
ALINE
Oh ! à peu près les mêmes choses que dans ses pré-
cédentes . ..
GRANDIER C'est-à-dire rien...
MADAME GRANDIER
Encore une méchanceté à son adresse.
t'a-t-il donc fait pour que tu le détestes ainsi ?
GRANDIER Oh! ce n’est pas que je le déteste...
. MADAME GRANDIER Tu le hais, alors ?
GRANDIER Pas même... Voyons, que dit-il ?
ALINE (avec ironie.)
Comme d'habitude, il s'excuse d’abord d'être resté six mois sans donner de ses nouvelles, disant qu'il est eflroyablement occupé. ..Il est, à ce qu’il dit, le lion de la société “chic” en ce moment, et il semble au comble au bonheur. . Il s’informe de notre santé à tous, de nos affaires—naturellement—et finit par ce trait si délicat et si aristocratique;
(elle lit.) ‘Je regarde avec impatience au jour où, fortune faite et affamée de jouissances et de plaisirs, vous reviendrez au pays reprendre la place de reine qui vous appartient toujours. . . ( parlé.) Non! mais, nous voyezvous arriver en France, avec, pour toute fortune, notre mo-
deste rente !
MADAME GRANDIER
Mon Dieu ! les jeunes hommes, chez nous, ont toujours—et avec raison—cru à la nécessité de la dot, et je ne vois pas qu'il ait blessé vos délicatesses en vous souhaitant la fortune. Et puis, tu sais, Aline, il est assez épris de toi pour ne pas se montrer difficile sur la question d'argent...
GRANDIER (avec ironie.) Lui ? Mais comment donc !
ALINE
N'insiste pas, maman...]je n'aime pas Marcel, et comme nous ne retournerons pas en r'rance—Car nous n'y retournerons plus, n'est-ce pas ?
GRANDIER (un peu ému.) Oh ! tu sais, moi, j'en avais déjà fait mon deuil... MADAME GRANDIER (avec ferveur.) Ne plus retourner là-bas ?
ALINE
Mais, mère, qu'irions-nous faire à présent ? Est-ce que nous pouvons, comme nous le soinmes, et avec notre nom, aller vivre là-bas, comme de petits bourgeois bien cages qui se sont retirés des affaires ?.. . Ah ! non, je ne
nd
nous y vois pas ! J'aime mieux rester ici, vivre de la vie pleine et féconde que nous offre cette terre nouvelle, la goùter, la passer à vos côtés en vous la faisant aimer de plus en plus. . . Où serions-nous plus heureux ? Quel roi dans son palais est plus libre que nous, mieux placé pour jouir pl-inement et largement de la vie, de tous ses fruits et de toutes ses beautés ?
MADAME GRANDIER Ah! si seulement il était ici !
ALINE
Mais il reviendra ! C’est toi qui le disais tout
l'heure...
TAADAME GRANDIER
Et puis, ce n'est pas ici, vraiment, que tu trouveras à te marier.
GRANDIER Qui sait ?
ALINE
Ne cherchons plus, en effet, j'ai trouvé...
MADAME GRANDIER (avec amertume.)
Ah oui ! toujours ce malheureux ! Toujours le docteur Reynaud !...Et pourtant il a commis un crime, cet homme, il a été pris, condamné et jeté en prison. . . Et pour quelle cause, mon Dieu ! Lâchement, ce parfait homme, ce poète, ce sage, s’est embusc-é sur la route atin de voler un agent de commerce qui venait de chez nous !...
GRANDIER (avec force.)
C'est faux !
; # AT et MT sut] f A DRE BL PORTE D NAT MS NES
JRRE ve FARPES PO PU te PAPE
De MADAME GRANDIER (avec passion. )
Allons donc ! Et puis il lui a tiré un coup de feu avant de s'enfuir. . . Histoire de couvrir son crime |
ALINE (avec douleur.)
Non, non ! ce n'est pas vrai ! ce n'est pas vrai! Îla été victime des circonstances, il s'est sacrifié, tout ce que vous voudrez, mais il est innocent ! il est innocent |
MADAME GRANDIER
[1 était si bien coupable que lui-même a avoué son crime, et que ses juges l'ont condamné. ..... Et puis, sa blessure au bras ? Quelle preuve terrible de sa culpabili- > S'il s'était sacrifié, comme ton père et toi ne cessez de le répéter, est-ce qu'il aurait été blessé au bras quand on l'a arrêté ? D'ailleurs, M. Hénier n’a-t-il pas dit lui-même à l'enquête qu'il avait blessé son agresseur d’un coup de feu au cours de sa lutte avec lui ? Ma pauvre enfant !
ALINE (avec énergie.)
Assez, mère ! Je sais tout cela. . . Je le sais, et pourtant je n’y crois pas. Laisse-moi parler. . .Il y a quelque chose d'’inexplicable et de douleureusement mystérieux dans cette terrible affaire, mais j'aime toujours Jacques, ma mère, et,—pourquoi m'en cacherai-je—je l’attendrai longtemps encore...longtemps—pour ne pas dire toujours. . . N'insiste pas, maman...
MADAME GRANDIER (se levant.)
Allons ! il arrivera ce qui pourra, alors.. .Je veux aller me reposer maintenant. Je suis lasse. ..très lasse...
A ALINE (vivement.)
Tu n'es pas fâchée, n'est-ce pas, maman ? Nous t’avons fait de la peine ?
MADAME GRANDIER
Mais non, je ne suis pas fâchée. . . Et si j'ai pris de le peine de ce vous disiez, c'est que j'ai le malheur d'en trouver où les autres n'en voient pas...Allons ! à tout à l'heure, n'est-ce pas ?
ALINE (Xembrassant.) J'irai te chercher pour le diner...
MADAME GRANDIER
C'est ça...Ah! ma chérie ! ma chérie ! Est-il possible que tant de grâce, de beauté, de bonté se cache à jamais dans cette solitude du Canada !
GRANDIER Elle est née violette. . .
ALINE (presque gaiement.)
Mais c'est par égoisme que je désire rester ici,—par goût, par amour de cette nature grandiose—tout ce que vous voudrez, mais pas par humilité, comme dit père...
Oh! non!
MADAME GRANDIER (sortant.)
Allons, tant pis! À tantôt.
Mt os terme mia
ie ee qe ne que ue que ne que eu que eue-qun-œue-ue eu] HIS, EEEEEEE——————————— —— —————