‹ L'enjoleuseChapitre 46 sur 111 · SCENE IV GRANDIER, ALINE · texte numérisé non relu

SCENE IV GRANDIER, ALINE

GRANDIER (se levant et venant vers Aline.)

Je crois que ta mère est désormais gagnée à notre cause et qu’elle ne songera plus à retourner en France. . . Certes, nous lui avons fait mal, mais il fallait la convaincre et je suis contente maintenant que ce soit fait...

ALINE

Ce que je suis contente aussi ! (gaiement d'abord, puis avec une émotion grandissante) Nous allons nous créer, puisque nous sommes fixés, une vie de Pachz, tu vas voir... Nous avons déjà Pierre à la tête des garçons de ferme, et tu n’as même plus la peine de surveiller le service tant ce brae serviteur est actif et intéressé. Eh bien, nous aurons une bonne pour aider maman et nous ferons du luxe dans la maison, des folies. . .illuminant tout ça, jetant la note gaie —et nous passerons, l’un à côté de l’autre, des jours pleins de choses——des jours calmes, des jours heureux, peut-être, (se jetant au cou de son père) des jours heureux !

GRANDIER (la calmant.)

Pauvre petite ! tu parles de bonheur sans y croire et le coeur plein d’un deuil affreux...Mais tu as tort de souffrir, tort de pleurer...Le bonheur va revenir...va revenir ici. . . dans cette maison, à ce foyer, et c'est pourquoi je ne veux pas retourner en France. ..Là-bas il ne nous retrouverait peut-être pas, tandis qu'ici ! Je te dis qu'il va venir, qu'il vient, qu'il s’est déjà mis en chemin, et, comme

disait Jacques, jadis, peut-être est-il là qui se cache derrière la porte, et qu'il va entrer soudain en nous criant...

PIERRE (ouvrant brusquement la porte de droite en criant.) Le voilà !

Page 1