‹ L'enjoleuseChapitre 58 sur 111 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

ARMAND, ALINE ALINE (entrant sans voir Armand.)

Bien, mère, j'ai compris. Ta tabatière se trouve sur ton fauteuil quelque part ? Un instant et je te la rapporte. (elle prend la tabatière sur le siège, se retourne et reste immobile en apercevant Armand) Ab !

ARMAND (bas.)

Mademoiselle . . .

ALINE Qui êtes-vous, monsieur ? Que voulez-vous ?

ARMAND (tendant les bras.) Aline !

ALINE (avec saisissement.)

Aline ? Vous avez dit Aline ? Mais alors vous êtes...9 Mais parlez ! parlez donc !

ARMAND (s’approchant.)

Aline, ma bonne, ma chère petite soeur !

ALINE (avec un cri.)

Armand ! (elle se jette à son cou.)

ARMAND

Aline ! ma petite Aline, ma chère Aline! Ah!

laisse-moi le prononcer ce nom béni, ce nom délicieux, ainsi tout près de toi... Je l’ai redit si souvent là-bas dans la solitude, sans qu’un écho m'en ait jamais renvoyé l’harmonie aux oreilles ? Laisse-moi te regarder, reconnaître en tes traits la noblesse de mon père et l’amour de ma

mère !

ALINE

Mon cher Armand ! mon frère !

ARMAND

Dis-moi, Aline, notre père, notre mère ? Ils sont vivants, ils sont ici, n’est-ce pas ?

Mais oui ! Je crois bien !...Si tu penses que j'allais les laisser partir comme cela, avant ton retour ! Car je savais que tu reviendrais, Armand, et je le disais à papa et À maman tous les jours...Ah ! tu y a mis le temps toutefois !...Cinq ans! Mais tiens ! tu es militaire ? Je n'avais pas remarqué. ..Et tu es décoré ? Ça c'est gentil, par exemple. ..Tu t'es donc battu ?

ARMAND Un peu, au Maroc, oui...

ALINE Et tu n’as pas été blessé ? Tu n'as pas été malade ? ARMAND

Ni l’un ni l’autre, presque pas.

ALINE

J'ai tant prié pour toi !...Mais qu'est-ce que je fais? Tu es là, tu reviens, et je ne cours pas le crier à tous les êtres de la maison !...Viens.. .nous allons les surprendre ...Tu ne parleras pas tout d’abord, et comme ça, avec ta barbe. . .es-tu drôle avec ta barbe ! ils ne te reconnaitront pas...Viens...

ARMAND (Tu rêtant.)

Non, Aline, pas tout de suite...Vous avez du monde, n'est-ce pas ? J'ai vu tout à l'heure des hommes, des

étrangers...

ALINE

Des amis. Qu'est-ce que cela fait >? Un beau soldat comme toi ne doit pas craindre le monde ?

ARMAND (hésitant.)

Aline...(à part; avec douleur) Est-ce que je peux lui dire >? (haut) Ecoute, petite soeur : il faut que je te parle, que je te confie un secret avant de voir les autres. . . Aline, je vais te faire de la peine, beaucoup de

peine...

ALINE Que veux-tu dire ? Tu repars ?

ARMAND Je ne sais pas...Ce n’est pas de cela qu'il s’agit. ‘ ALINE Alors, dis... Je t’écoute—en te dévorant des yeux ! ARMAND

Tu te rappelles, n'est-ce pas, cette scène pénible que je provoquais avant mon départ de la ferme, voilà cinq ans?

ALINE Si je me rappelle !

ARMAND

Et sais-tu—savent-ils les vieux parents—pourquoi je suis parti si brusquement ?

ALINE Le dégoût, la colère, m'ont dit papa et maman... ARMAND

Eh bien, non, ce n’était ni par colère, ni par dégoût...

ALINE Comment ? Mais la cause alors ?

ARMAND

La cause !...Non ! je n'oserai jamais te la dire, Aline !...Ah ! si tu savais ! Si tu savais ce qu'il a fait ce soldat qui est devant toi, ce fils de famille, ce frère que tu admires et que tu reçois si bien !

ALINE (sérieuse maintenant.) Tu n'as rien fait que je ne puisse entendre : parle.. ARMAND Dis-moi, Aline, le docteur Reynaud, qu'’est-il devenu?

ALINE (surprise. )

Le docteur Reynaud ? Mais je ne vois pas le rapport...

ARMAND Dis, Aline !

ALINE

Ah! c'est une triste histoire, Armand, et bien cruelle

aussi |!

ARMAND (pensif.)

Oui, tu l’aimais. . .il t’aimait. ..

ALINE

Oui, je l’aimais. . . Eh bien, sais-tu ce qu'il a fait cet homme que j'aimais, que j'adorais dans mon coeur comme un dieu, que je voyais beau, grand et digne de tous les bonheurs ? Sais-tu ce qu'il a fait ?

ñ Fi mer |L RD A à + ER “4 CR Sd en amas à

Page 1