SCENE VIII ALINE, ARMAND, GRANDIER, HENIER GRANDIER
Abh ! ça, mais Aline... (apercevant Armand qu'il ne reconnaît pas.) Ah ! tu n'es pas seule...
ALINE (s'avançant.)
Non, père. Monsieur. est un officier français. ...
qui revient. . .qui rev.ent du Maroc...
GRANDIER (surpris)
Du Maroc ? Et vous êtes au Canada > Pardonnez ma surprise, mais nous ne sommes guère habitués à voir en ce pays, des officiers français—et en uniforme encore— venir nous rendre visite. ..
ALINE Monsieur a connu là-bas, mon frère Armand, ton fils, père. ..Il...
GRANDIER (s’avançant rapidement.)
Que dis-tu, Aline ? Monsieur a connu Armand ? Vous l’avez vu, monsieur ? En Afrique ? Dites >? Mais alors, il s'était engagé ?
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ARMAND
Dans la légion étrangère, oui mon...monsieur, et pendant cinq années il s’y est battu contre les Marocains presque sans interruption.
ALINE Il a même été décoré...
GRANDIER (à Armand.)
C'est vrai ?
ARMAND
Oui, monsieur.
Ah! (silence) Et à qui ai-je l'honneur de parler ?
ARMAND (tendant les bras.) Mon père !
ALINE (avec une gaïété forcée.)
Mais oui, c'est Armand, mon père ! Il est enfin revenu !
GRANDIER (après un violent mouvement de surprise.) Armand ? Armand ! lui! (C'est toi, Armand ?
toi le...(à Aline) Aline, laisse-nous, laisse-nous un instant... Va
ALINE (au bras de son père.)
Non, père ne m'éloigne pas de vous ! Par pitié! Je veux rester pour le défendre. . .pour...Ecoute-le, père, je t’en supplie, écoute-le avant de le condamner...
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DEVOTION 147 EEE
GRANDIER
Ah ! le défendre ! le défendre ! Mais sais-tu seulement ce qu'il a fait cet homme ?
Si, je le sais !.. . Mais il l’a expiée cette faute, il l'a lavée dans le sang, là-bas, au Maroc, il l’a effacée dans la gloire ! Regarde ! Tu ne vois donc pas qu'il est décoré? qu'il a la croix des braves ?
GRANDIER (avec éclat.)
La croix! Il a la croix ?...Alors il l’a volée et il n’a pas le droit de la porter !...(il la lui arrache) On ne mérite pas cet honneur quand on a été ce que tu es— un bandit et un lâche !...Ah ! tu croyais, n'est-ce pas que j'ignorais ton action vile de jadis ? que je n'avais à te reprocher qu'une altercation malheureuse, qu'une faute de jeunesse ? Et ce sont ces pécadilles, n'est-ce pas, Aline, qu'il t'a confessées ? Il ne t’a pas dit qu’un soir, tout comme le ferait le plus hardi bandit, 1l s’est embusqué sur la grand'route pour...
ALINE (afolée., Si, si, il l’a dit !...Il a tout dit...
GRANDIER
Et t’a-t-il confié aussi que, le coup fait, il est allé se refugier chez Jacques Reynaud, l’obligeant, le lâche, à se
sacrifier pour lui ?
ALINE
: Oui, il m'a dit cela, et cependant je lui ai pardonné, père. . Et si j'ai fait cela, moi, dont la douleur était, pour
le moins, aussi grande que la tienne, il faut que tu pardonnes aussi, il le faut, je t’en prie, je le veux !
GRANDIER (il rit nerveusement.)
Lui pardonner ! lui pardonner ! Tu parles déjà de pardonner, toi ? Mais tu n’as donc pas compris ce que je viens de te dire ? Pardonner ! Ah! non, ce serait trop facile pour lui de réparer le mal commis. ..Eh quoi ! il aurait anéanti les espérances de sa famille, la déshonorant, ne laissant derrière lui que des coeurs meurtris, brisés! Il aurait commis un crime infâme, et pour n’en être point puni, il aurait laissé un brave homme comme Jacques Reynaud, s'effondrer dans une nuit pire que la mort ; il aurait tout éclaboussé de boue, tout détruit, tout ravalé— paix, amour, bonheur—et il lui suffirait aujourd’hui de demander pardon pour que nous lui ouvrions les bras tout grands ! Allons donc !...
ARMAND (avec effort.)
Père...je souffre bien. ..Tout à l'heure, quand tu m'as arraché ma croix, j'ai cru tomber de douleur. ..Et cependant, tu vois, je n’ai fait que courber la tête. J'ai mérité tes reproches, tes injures, tes malédictions. . . Je les reçois avec respect parce que j'étais venu pour me les entendre jeter à la face, pour expier...Et pourtant j'avais déjà commencé l’expiation, là-bas, en Afrique. . .Ces cinq années d'engagement, je les ai passées au plus fort de la lutte contre les indigènes, bravant la mort, la cherchant, l'appelant de toute la force de mon âme, mais en m’en tirant toujours qu'avec de légères blessures. . . De ces blessures, j'en ai dix sur le corps, et c’est à cause d'elles que l’on m'a donné la croix—cette croix que tu viens de m'’enlever, et dont, en effet, je ne suis pas encore digne. . . Mais je suis
nan ntme m m É S à
EE venu pour réparer ma faute et non pour autre chose. Aline me dit qu'il n’y a pas eu mort d'homme, et que le docteur Reynaud est libre...J'ignorais cela. Mais j'étais prêt, oui mon père, prêt à subir toutes les conséquences mon acte... Je le suis toujours. Il n’y a rien de changé. Dès demain je me livre aux autorités, je fais proclamer l'innocence du docteur Reynaud. ..Mon père ! Maintenant que vous m'avez ôté ma croix...que j'ai souffert tout ce qu’un homme peut souffrir sans se tuer de désespoir et de rage; maintenant que me voilà, humble et sans colère vant vous, comme un petit enfant qui s’accuse, n'est-ce pas que vous me pardonnerez, vous aussi ? Dites ?
ALINE (se relevant.) Pardonne, père, pardonne !
HENIER(s’avançant.)
: Pardonnez, Grandier, pardonnez comme elle a pardonné, comme je pardonne, comme pardonnera celui qui a le plus souffert, Jacques Reynaud...
‘ ALINE (courant à lui.)
N'est-ce pas qu'il l'a mérité ce pardon ? qu'il a expié maintenant ?
HENIER
Je le crois...J'en suis sûr...Cette croix, Grandier, il faut la lui rendre...
GRANDIER (hésitant.)
Mon ami !
ALINE (indiquant Hénier à Armand.)
Ah! s'il a pardonné, lui, les autres pardonneront
aussi !
ARMAND Quel est donc ce monsieur ?
ALINE C'est vrai, tu ne sais pas. . . C'est M. Hénier... ARMAND (avec stupeur.) M. Hénier ! l’agent ? le voyageur ? Celui que... ALINE Oui ! Tu vois bien que tu es sauvé maintenant ! HENIER (allant à Grandier.)
Il a souffert, il a pleuré, il a expié ; ne soyez pas impitoyable. . . Allez lui remettre sa croix ; il l’a gagnée, elle est à lui...(Grandier ‘se dirige vers Armand, mais: Hénier l'arrêt.) Non, pas tout de suite. ..(il va à la porte du fond et appelle.) Madame Grandier ! M. Révol!
Venez voir !
GRANDIER (avec effroi.) Que faites-vous, Hénier ?
ARMAND (à Aline.) Que va-t-il arrivé ?
ALINE (avec conviction.)
J'ai confiance ! Attendons. (entre Madame Grandier suivie de Révol.)
RUE Mt IL Mélsnesee
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