SCENE X
Les mêmes, JACQUES REYNAUD
ALINE
Toi ! c'est toi, l’Attendu, le prince Charmant, M. le Bonheur ! C'est toi ? tu es revenu ? tu vas nous rester ?..
Ah ! si tu savais ce que j'ai souffert, ce que j'ai pleuré de ta souffrance d'abord, et puis de ce que je croyais être ton abandon ! Mais tu es nôtre désormais, tu es à 1noi, et je t'aime, Jacques, je t'aime !
REVOL (à part.) Mais elle est folle ! Qu'est-ce qu'elle dit donc ? JACQUES (étreignant Aline.)
Aline, mon adorée, ma femme ! Et moi qui venait te demander pardon de ce que tu as souffert. . .qui venait te prier de ne pas m'abandonner encore |! Quel miracle est donc arrivé ?
HENIER (à Madame Grandier.)
Vous voyez bien, madame, que c'est celui-là qu'elle
aime...
MADAME GRANDIER Hélas ! Il n'en a pas moins commis...
ARMAND Non, mère...pas lui! Jete dirai...
HENIER (vivement.)
Ah ! c'est vrai, vous ne savez pas ? Eh bien, c'était un chemineau qui avait fait le coup, madame, et par une suite de circonstances bizarres, et par un point d'honneur de Jacques qui ne voulait pas parler à Er 2 du secret profes-
, nous. . . Vous comprenez ? Enfin ! C'est quoi le docteur Reynaud est ici...(bas. à Armand) Drugs votre mère.
ARMAND
Mais...
HENIER
Chut ! (à Jacques) Mon ami ? Veux-tu venir un
instant ? (à Aline) Je vous le rends tout de suite... ALINE Ah ! oui, tout de suite, n'est-ce pas ?
REVOL Ah ! ça, mais c’est scandaleux ce qu’elle dit là ! HENIER (entraînant Jacques.)
Un instant. ..(bas) Armand Grandier est revenu. . Parfaitement. Ne dis rien et regarde. C'est lui qui est là, près de madame Grandier. Îl revient du Maroc après cinq ans de conduite héroïque. Il a souffert, il a pleuré. . A‘t-il expié suffisamment ? C'est à toi de le dire. . .Que vas-tu faire ?
JACQUES (avec intention.) Me venger !
HENIER (violemment surpris.) Hélas ! Tu es le maître...
JACQUES
Allons donc ! Croyez-vous qu'après avoir souffert pendant cinq années pour les sauver tous, je vais maintenant les condamner ? Venez voir ce que je vais faire... (il l'entraîne vers Armand. Grandier et Aline regardent
avec angoisse. À Armand) Je suis heureux de vous revoir, monsieur Grandier.. . (il lui tend la main.)
ARMAND (avec une émotion intense.) Monsieur. . .
MADAME GRANDIER Voulez-vous me donner la main, docteur Reynaud ? JACQUES Avec bonheur, madame.
GRANDIER (irès ému.) Et moi, Jacques ? Et moi, mon enfant, mon fils, veuxtu m'embrasse ?
JACQUES De tout mon coeur. ..papa !
HENIER Papa ? Eh bien, et moi ? Je ne suis donc plus ton papa, moi ? ; JACQUES Vous, vous êtes l’autre papa. . . J'en aurai deux maintenant ALINE (à Jacques.)
Venez...Viens !..,(elle l'entraîne vers une causeuse et lui parle avec animation.)
REVOL (à Hénier.) YŸ comprenez-vous quelque chose, vous ?
HENIER
Mais si, mais si! (il se dirige vers le groupe formé par madame Grandier et Armand.)