ANNOTATION
E Roy, ne scachant a quoi se résoudre parmy les grands soings que le prince apportoit à empescher que Sa Maiesté ne peust voir ni aborder la princesse, la tenant toujours eslongnée de quelque costé que tournast la cour, le gourmanda tant vn matin , dans les Thuilleries, ou le prince l'estoit allé visiter, qu'au sortir d'auec Sa Maiesté, rencontrant messieurs le Chancellier et de Villeroy, et se plaignant a eux des propos et des colères du Roy, il leur dit qu'il voyoit bien que sa femme estoit cause qu'il estoit ainsy dans son indi-
gnation ; mais que si on le portoit aux extrémitez qu'il scauroit commeTit s'en déliurer, et qu'on le desmariast plustot; ce qu'estant rapporté par ces messieurs , Sa Maiesté , sur le soir, enuoya quérir Virey, auquel après auoir dit sage et merveilles des portemens du prince, il commanda de l'aller trouuer et luy dire que s'il vouloit entendi-e au desmariage duquel il auoit parlé auxdits sieuis, qu'il feroit en sorte que les parens de la princesse et elle mesme y consentiroient; Virey prend la poste, s'acquitte des commandemens de Sa Maiesté , apporte responce qu'il auoit portée , toute dressée , par le conseil de M. le président de Tliou au prince auquel il l'auoit fait escrire de sa main pour la garder en cas de desaueu ; le Roy l'escoute et veut le lendemain qu'il la répète en présence du sieur de Villeroy et de M. de Moncataire, et lors remarquant bien que la responce auoit été concertée, dit au portem* qu'elle estoit de droit canon, qu'il auoit appris chez le président ou il avait été nourry; a quoi Virey eust la hardiesse de repartir qu'il estoit vray qu'il auoit été nourry chez vn grand
président, duquel il n'auoit rien tant appris qu'a son exemple aymer les roys et à seruir fidellement les princes, et estre homme de bien; si que laditte response n'estant conforme a son intention, qui estoit que la princesse fust remise entre les mains de ses parens, pendant la procédure du desmariage, afïLn qu'il fust loisible a Sa Maiesté de la voir, sans vouloir autrement que le desmariage s'en suiuit, Sa Maiesté se mit a accuser les paroUes que le prince auoit eues avec messiem's le Chancelier et de Villeroy, iusqu'a s'emporter à dire que s'il n'estoit que Roy de Navarre, qu'il se battroit auec luy comme protecteur de la princesse de laquelle il auoit fait le mariage, et que s'il estoit si osé que d'attenter a sa vie , ou faire le moindre mal a sa personne, qu'il luy feroit mettre la teste sur vn eschaffaut; et vous, dit-il au porteur, ie vous ferois pendre et son Rochefort, si hault qu'on vous verroit d'vn des deux bouts de mon royaume iusqu'à l'autre; sur toutes lesquelles paroUes, et d'autres qui ne sont à dire , Virey repartit auec hardiesse et reuerence, le plus sagement qu'il peust, res-
pondant, s'il lepouuoit ainsydire, de la bonté de l'aine de son maistre , qu'il cognoissoit dedans et dehors ; nonobstant quoy, le Roy continuant ses menaces, luy dit que s'ils ne changeoient de conseil et le maistre et les seruiteurs, et n'en prenoient de meilleurs, pour faire que le maistre se rendit plus sutiect a demeurer près de sa personne, comme il estoit obligé par sa qualité et degré de son rang, qu'il les escarteroit si loing les vus des autres qu'il leur feroit sentir qu'il estoit le Roy et maistre de tout maistre ; qu'ils n'auoient encor esprouué que sa bonté, sans le respecter, croyans que leur maistre estoit leur Roy ; mais s'ils ne changeoient entièrement de notte, qu'ils fissent estât de gresser leurs bottes.
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Achevé d'imprimer pour la première fois
Chez A. Hérissey, à Evreux, pour A. Aubrt, libraire à Paris,
le XV juillet m dccc lix.