L' ÉVANGILE
tant pour le monde, l’Évangile est missionnaire; l’Évangile est propagateur. Je ne puis pas, moi le racheté du Christ et le disciple de l’Évangile, je ne puis pas garder la vérité pour moi seul.
« Allez et annoncez la bonne nouvelle du salut par toute la terre. »
L’expansion, voilà le fait évangélique. Christ est la vie; l’expansion, c’est la vie de Christ. Partout ou vous trouverez un chrétien vous aurez un missionnaire. Si le missionnaire n’y est pas, c’est que le chrétien n’y est pas non plus.
* Par là, par la puissance du Saint-Esprit, l’Evangile a changé la face de l’univers.
Par là, l’Évangile a prouvé sa divinité.
LES EFFETS DE L’ÉVANGILE
Je n’attribue rien au christianisme qui ne soit constaté par les faits,
Parmi les faits, n’oublions pas celui-ci : le christianisme, lorsqu’il commença d’agir sur la société païenne, altéré déjà, ayant perdu beaucoup de sa pureté primitive, avait perdu beaucoup de sa vigueur. Admirons les prodigieuses transformations qu’il a opérées, ne lui demandons pas la réalisation de l’absolu.
Tenons grand compte aussi de cet autre fait : le christianisme, lorsqu’il entreprit la réforme du monde païen, rencontrait devant lui non plus ces petits troupeaux, recrutés en partie au sein d’une nation que la Bible avait, durant des siècles, éclairée; non plus ces fortes croyances — exigeantes parce qu’elles sont affamées de perfection — que produit la con\er-
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sion personnelle; l’Évangile, à qui de grands coups de filet amenaient des populations au lieu d’individus, rencontrait devant lui toute une civilisation pourrie, tout un corps mort, sourd, inerte et résistant. Admirons les victoires remportées, saluons les progrès obtenus; toutefois n’exigeons de ces vastes sociétés à moitié plongées encore dans le bourbier des appréciations et des habitudes antiques, ni la sainteté ni les délicatesses du sens moral que nous présentent les premières Églises de Judée, par exemple, alors que la Parole de Dieu, dans toute l’énergie que lui conservait l’inviolable fidélité des apôtres, s’imposait à des cœurs mauvais, je l’accorde, mais qui n’ignoraient pas Dieu; alors qu’elle saisissait des consciences trop souvent désohéies, j’y consens, mais qui savaient pourtant ce que c’est que la sainteté de Dieu.
De toutes façons et quoi qu’il en soit, à travers bien des erreurs, renversant bien des obstacles, l’Évangile a régénéré les mœurs, il a redressé les lois.
Entrons dans le vii.
La polygamie ne résiste pas un instant à l’Évangile ; elle ne l’essaye même pas. En présence de celte déclaration : « 41s ne sont plus deux, mais un! », pas une hésitation n’est possible : dès qu’arrive l’Évangile, la polygamie s’en va.
L’HISTOIRE
Le concubinat, cette lèpre latine, ce dégoûtant simulacre de l’union conjugale qui s’étalait au plein jour avec des airs de légitimité, ne tient pas davantage. Honteux de lui-même et sentant bien qu’il est condamné,' le concubinat fléchit, recule, se cache, disparaît des lois à mesure que s’avance, austère et pur, le chaste mariage, le mariage chrétien.
Avec le divorce, il y a plus à faire; les racines en plongent plus avant dans le sol antique et païen. Le divorce affecte en certains cas des apparences de justice ; il affiche un respect du droit, une jalousie de l’honnêteté, des ménagements pour la liberté mutuelle, qui réussissent parfois à tromper la conscience tout en satisfaisant les pires instincts du cœur. La législation chrétienne, indécise, mal affermie, ne touche d’abord au divorce que d’un doigt timide ; elle l’arrache à moitié. Mais dès qu’il est maître, l’Évangile ne se contente ni de moitié ni d’à peu près ; il veut tout; et le divorce à son tour s’effacera des législations.
Le sol une fois déblayé, il s’agit de bâtir. Soyez tranquilles, l’Évangile n’y manquera point.
La femme mineure, assujettie, fdle du mari et non sa compagne, s’en va pour ne plus revenir. L’épouse l’a remplacée. Les lois impériales travailleront incessamment à réserver ses droits, à rétablir sa dignité*
Voici la mère. Des édits, l’un après l’autre, consa-
LES EFFETS DE L’ÉVANGILE. 4
crent son intervention dans l’éducation, dans le consentement au mariage, dans tous les actes essentiels de la vie des enfants.
Les enfants à leur tour, cette chose que le père abandonnait, exposait, vendait, tuait, les enfants prennent leur place au soleil. Le despotisme paternel, tel que l’avait fait l’ancien droit romain, s’évanouira devant l’autorité paternelle comme l’Évangile l’a donnée. Içi, néanmoins, de même que lorsqu’il s’agissait du divorce, le mal, plus habilement dissimulé sous un semblant légitime; les tyrannies égoïstes, revêtues, on le dirait, de toute la majesté d’un principe divin, mettront plus de temps à finir. L’exposition des enfants, la vente des enfants, battues en brèche dès le début, persistent, et il faudra l’infatigable ténacité de l’Évangile, il faudra cette succession d’efforts produisant cette série d’adoucissements, chemin plein d’épines et de cailloux que connaissent tous les pionniers du Christ, pour arriver au but.
Que manque-t-il à la famille? Rien. Sitôt que l’Évangile a triomphé, vous trouvez la famille debout, ressuscitée. Elle vit dans les législations. Elle vit dans le gouvernement des affaires, distincte de la chose publique, lui prêtant son appui, mais ne se laissant ni dominer ni envahir. Elle vit dans les sociétés, qu’elle réforme. Elle vit dans les philosophies, qui sont forcées de compter avec son influence. Elle vit dans les littératures,
L’HISTOIRE
qu’elle pénètre d’une douceur, d’une émotion, d’un charme inconnu aux lettres antiques : si bien que les Pline, les Séncque, les Plutarque, les Marc-Aurèle, tant d’autres, idolâtres encore, ils se le figurent, ne spnt plus ni des auteurs anciens ni des auteurs païens.
L’esclavage, l’ennemi de la famille, qu’il soustrait
aux devoirs en la soustrayant au travail, dont il dé- * t • truit les liens, car il corrompt les cœurs; l’esclavage,
cette victime, ce tentateur, pourriture sans cesse en ébullition, foyer de toute pestilence, type de toute misère; l’esclavage cédera. L’Evangile en aura raison. A mesure que l’Évangile marchera, cette monstruosité d’un homme vendu, acheté, assassiné, conspué par un autre homme, yous ne la verrez plus. Et la famille, dégagée de son parasite, nettoyée de sa gangrène, guérie de ses torpeurs, réintégrée dans son beau droit au travail, la famille s’épanouira librement dans un air salubre imprégné de liberté.
Ainsi naît le monde moderne. La société moderne a commencé. Une éclosion d’idées nouvelles s’est produite. Un ensemble d’obligations et de sentiments ignorés jusque-là, tendresses profondes, éternelles et saintes, telles que n’en avait jamais éprouvé l’antiquité classique, est venu féconder l’àme humaine.
Qu’elle résiste ou qu’elle consente, l’âme humaine en vit.
LES EFFETS DE L’ÉVANGILE
C’est elle qui, étreinte par l’Évangile, régénérée par l’Evangile, saisissant à son tour les législations, — ce dur, cet implacable droit romain, — les adoucit, les pétrit, les transforme, et, de Constantin, qui a posé les fondations de l’édifice, jusqu’à Justinien, qui en a placé le couronnement, dresse, aux sentiments naturels, à la dignité de la femme, à l’excellence de la famille, à l’œuvre immortelle de Dieu, un monument qui verra périr les siècles, mais que les siècles ne verront jamais périr
1. Ces empereurs sont souvent méprisables, ces législateurs ne sont pas toujours dignes d’cslirne; on peut regretter dans la rédaction de ces lois le style magistral de l’ancien droit romain. Disons-lo cependant, l’œuvre, imparfaite et mélangée de mal (le christianisme lui*mèmc avait vite perdu sa pureté), l’œuvre telle quelle, avec ses défectuosités, n’en reste pas moins une des plus grandes que l’homme, éclairé par l’Évangile, ait accomplies ici-bas.
l’islamisme
Au reste, ne chantons pas trop victoire.
La famille chrétienne n’occupe aujourd’hui qu’une très-petite place ici-bas : très-petite parmi les chrétiens, infiniment chétive sur notre globe terrestre.
Laissons les païens. Nous avons vu le paganisme à l’œuvre dans l’antiquité.
Prenons les musulmans, prenons l’islamisme. Dérivé jusqu’à un certain point de la religion chrétienne, l’islamisme a été sa grande hérésie, son grand ennemi, la grande réaction contre la famille, son destructeur dans tout l’Orient. ’
Cette polygamie qui disparaissait devant l’Évangile, Mahomet l’a ressaisie, le Koran l’a recueillie, l’Islam l’a réinstallée triomphante partout où il a triomphé.